Torah et végan : soyons honnêtes !

 
 
Par le Rav David-Yits'haq Trauttman

Dans un article précédent, nous avons expliqué les raisons pour lesquels le véganisme s'oppose à la Torah. Pour résumer, il suffit de dire que selon la « Vegan Society », la définition du véganisme est la suivante :

« Une philosophie et un mode de vie qui visent à exclure – dans la mesure du possible et d'une façon pratique – toutes les formes d'exploitation et de cruauté envers les animaux à des fins alimentaires, vestimentaires ou à toute autre fin (…) En termes alimentaires, (le véganisme) désigne la pratique d'utiliser aucun produit dérivé entièrement ou partiellement d'animaux. »

Nous avons relevé qu'il est écrit dans la Torah :

« Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail ; enfin sur toute la terre et sur tous les êtres qui s'y meuvent". » (Genèse 1:26).

La contradiction est évidente : lorsque le véganisme interdit l'utilisation des animaux et des produits qui en sont dérivés, la Torah met les animaux à la disposition de l'homme (notamment pour en consommer leur chair) et autorise l'usage de tous les produits qui en sont dérivés (lait, œufs, miel...)

L'objectif de cet article est de répondre à quelques questions qui sont souvent posées pour justifier la pratique du véganisme :

Adam était végan

Une opinion largement répandue chez les partisans du véganisme est que « Selon la tradition juive, les êtres humains ont été autorisés à consommer des animaux qu'après le déluge dans la génération de Noé (…) ; pendant les 1500 premières années environ après la création d'Adam et Eve, les êtres humains sur la planète Terre étaient végans. »

Ceci est faux. Selon le commentateur Rachi (Sanhedrin 57a, l'michré bassar hou d'ata), Adam avait tout à fait le droit de consommer de la viande. Ce qui lui était interdit était de tuer un animal pour en consommer sa chair ; ce droit fut donné à Noé. Cependant, si Adam trouvait un animal déjà mort, il pouvait en manger la viande. De plus, nulle part – ni dans la Torah, ni dans le Talmud, ni dans aucun autre texte – nous ne trouvons qu'Adam n'avait pas le droit de boire du lait ou de manger des œufs et du miel. Il est donc faux de dire qu'Adam était certainement un végétarien et encore plus d'affirmer qu'il était végan.

Les conditions actuelles d'élevage sont cruelles pour les animaux

Cet argument avancé par les végans est étonnant car même si vous éleviez un veau dans votre salon en le dorlotant, les végans n'en mangeraient pas. La raison est simple : les végans ne consomment pas de viande, en aucun cas. Selon eux, l'homme ne doit pas tuer un animal pour le simple plaisir de le manger. Tel qu'il a été dit précédemment dans le véganisme « exclut (…) toutes les formes d'exploitation (…) envers les animaux à des fins alimentaires. »

Il semble donc qu'avancer l'argument de la piètre qualité des élevages industriels n'a aucun rapport avec notre sujet, mais il est pourtant régulièrement mis de l'avant par les végans. On peut se poser la question sur l'honnêteté d'utiliser cette sensiblerie qui prétend parler en faveur du véganisme alors qu'elle pourrait servir une autre catégorie de personnes : les végétariens.

La viande que nous mangeons de nos jours n'est pas saine

Personne pourra nier cela. Cependant, cet argument ressemble au précédent : il est complètement étranger à la motivation des végans de proscrire la consommation de viande. Même si la viande industrielle était saine ils n'en mangeraient pas, par principe. Dans ce cas également, on peut s'interroger sur la motivation de présenter un argument qui n'a pas de rapport avec les principes fondamentaux du véganisme.

Défendre une idée ou un style de vie ne pose pas de problème, aussi longtemps qu'on ne cherche pas à tromper le public, ni à lui mentir. Les végans ne sont pas intéressés à contrôler leur taux de cholestérol en mangeant moins de viande ou de meilleure qualité. Pour eux, la consommation de la viande devrait être interdite, tout simplement.

Le judaïsme a imposé de nombreuses règles sur la consommation de viande dans l'intention d'arrêter complètement la pratique

Ceci est faux. Les règles de l'abattage rituel sont décrites avec précision dans le Talmud et leur intention est de permettre au peuple juif de consommer de la viande, lorsqu'il en a envie et aussi souvent qu'il le désire. Il n'existe aucun texte qui prétend que la volonté du Créateur consiste à ce que les juifs ne consomment pas de viande. De plus, il existe aucune autorité rabbinique de renom qui a décrété que nous devions arrêter de consommer de la viande.

On peut ne pas vouloir manger de la viande ; cela ne contredit pas la halakha (loi juive). Il ne faut cependant pas prétendre qu'il s'agit d'une obligation car cela serait mentir. Encore une fois : aucun texte de halakha n'a émis cet avis. Il ne revient pas à chaque individu d'écrire la loi juive ; il est encore moins conseillé de vouloir enseigner une loi qui n'existe pas. La recherche de la vérité doit être une attitude constante dans le développement d'un argument.

Les produits d'origine animale dans la production alimentaire industrielle sont contraires à l'enseignement juif et aux lois de l'abattage

Qu'il s'agisse de la viande ou des produits dérivés des animaux (lait, œufs, miel...), tous doivent porter un signe qui atteste de leur niveau de kachroute. En Israël et dans le reste du monde, les plus hautes autorités rabbiniques apposent leur nom sur ces produits. Les Rav Moché Landau, Chlomo Mahfoud, Ovadiah Yossef... ont garanti et garantissent encore que ces produits respectent les standards les plus stricts de la halakha.

Dire que la viande et que les produits dérivés des animaux sont contraires à la kachroute revient à couvrir d'opprobre ces autorités. Le respect des leaders spirituels (emounas 'hakhamim) est un principe fondamental dans le judaïsme. Transgresser ce principe est une faute grave que rien ne peut justifier et certainement pas l'envie de vouloir devenir végan.

Ne plus manger de viande permet de nous rapprocher de l'idéal messianique

Il est difficile de savoir à quelle époque précise de « l'idéal messianique » cette réflexion fait référence. Il est pourtant certain que nous ne mangerons effectivement pas de viande dans le Monde à venir. Mais il serait pourtant erroné de croire que nous deviendrons tous végans car ce n'est pas seulement la viande qui ne sera pas consommée. De fait, il est dit dans la Guemara que « dans le Monde à venir, personne mangera, ni boira » (Berakhoth 17a). À cette époque, les âmes se seront débarrassées de leur aspect physique – représenté par le corps – et il n'y aura donc aucun besoin de nourriture, ni de boisson.

Une fois de plus, l'argument présenté en faveur du véganisme qui serait censé nous rapprocher de l'idéal messianique se base sur une démarche intellectuelle biaisée qui consiste à ne pas dire l'entière réalité. Dans la mesure où un demi-mensonge est un mensonge complet, on ne peut que regretter ce types d'arguments. Si les raisons de devenir végan étaient aussi importantes, fondamentales et en accord avec la Tora, il n'y aurait sans doute aucun intérêt à tordre le cou à la vérité.

Pour conclure

Présenter le véganisme comme étant une déduction logique des enseignements de la Torah revient à s'écarter des textes fondamentaux du judaïsme : la Torah, le Talmud, les décisions halakhiques (le Choul'han 'Aroukh en premier). Si l'on peut trouver une certaine logique et des raisons valables à devenir végétarien – sans pour autant prétendre qu'il s'agisse d'une obligation biblique ou rabbinique – les arguments présentés en faveur du véganisme sont faibles, contredisent la réalité des textes et en fin de compte... la Volonté divine.

Il est une chose de vouloir défendre les droits des animaux, il en est une autre de vouloir les imposer à la Torah. En fait, c'est la Torah qui définit avec précision les douleurs indues que nous ne pouvons pas infliger à la gente animale et c'est notamment en respectant les règles de l'abattage rituel que nous nous assurons que ces animaux ne souffrent pas d'une façon interdite par la Torah.

Ainsi, notre intérêt pour les animaux doit être guidé par la Torah et les textes de lois. Nous devons faire extrêmement attention à ne pas agir afin que cette réalité soit inversée. En d'autres termes : c'est à la Torah et aux textes de lois de nous apprendre à nous comporter plutôt que l'inverse.

Chaque matin, nous prononçons ces mots dans la prière : « Nous sommes l'argile et Toi, Tu es le potier qui nous pétrit » (Isaïe 64:7). Le message est clair : c'est la Volonté divine qui nous forme et chaque individu est un vecteur de cette volonté. Notre cœur, nos pensées et nos actions doivent correspondre dans les plus petits détails au désir du Créateur. Afin de découvrir la nature de ce désir, la première chose à faire consiste à annuler notre volonté : de vouloir que les choses aillent dans une direction précise, s'accordent à ce que nous désirons...

Dans cette démarche pour la vérité ultime, nous sommes notre plus dangereux adversaire. Notre ego et notre fierté sont nos plus mauvais compagnons pour nous rapprocher d'Hachem. Rabbi Na'hman de Breslev a dit (Likouté Moharan I 122) : « Il est connu que l'attitude (qui consiste à toujours vouloir) l'emporter ne s'accorde pas avec la vérité ». Prenons garde à ne pas faire dire à la Torah ce qu'elle ne dit pas.