Le véganisme s'oppose à la Torah

 
Par le Rav David-Yits'haq Trauttman

Dans le monde perturbé dans lequel nous vivons, nous sommes souvent exposés à des faits, idées ou idéologies nouveaux qui peuvent nous surprendre. Dans certains cas, cela peut nous amener à réfléchir sur l'opportunité de modifier, légèrement ou fondamentalement, notre façon de vivre et celle de considérer notre avenir.

Une de ces idéologies récentes est le véganisme. Même si le terme « végan » est apparu au milieu des années quarante, l'importance du mouvement végan a pris de l'essor plus récemment, depuis les années soixante-dix.

Principes fondamentaux du véganisme

Le véganisme est régulièrement confondu avec le végétarisme même si dans les faits, ce concept possède très peu de points communs avec le simple désir de ne pas vouloir consommer de la viande.

Lorsque une personne végétarienne décide de ne pas manger de viande, la raison est le sentiment de gêne que ressent cette personne à l'idée qu'on tue un animal pour qu'elle puisse en consommer sa viande. À l'exception de la consommation de viande qu'il s'interdit, le végétarien consomme tous les autres produits issus des animaux tels que le lait, les œufs, le miel...

Le véganisme ne correspond pas à un sentiment mais à une idéologie qui remet en cause la classification verticale des quatre espèces fondamentales : humaine, animale, végétale et minérale. Selon cette classification, l'espèce au-dessus d'une autre utilise à ses fins la seconde. Ainsi, la plante se sert de la terre pour croître, l'animal mange la plante et l'homme utilise l'animal pour en consommer sa viande et pour toutes sortes de travaux.

Selon le véganisme, les espèces humaine et animale sont confondues et mises au même niveau. De fait, l'homme est un animal et afin de le distinguer des animaux sauvages ou domestiques, il est appelé « animal humain » à la différence des animaux qui sont appelés « animaux non-humains ». Selon la « Vegan Society », la définition du véganisme est la suivante :

« Une philosophie et un mode de vie qui visent à exclure – dans la mesure du possible et d'une façon pratique – toutes les formes d'exploitation et de cruauté envers les animaux à des fins alimentaires, vestimentaires ou à toute autre fin ; par extension, (le véganisme) favorise le développement et l'utilisation d'alternatives sans (l'utilisation) d'animaux et pour le bénéfice des animaux, des êtres humains et de l'environnement. En termes alimentaires, (le véganisme) désigne la pratique d'utiliser aucun produit dérivé entièrement ou partiellement d'animaux. »

Ainsi, et d'une façon logique, l'homme n'a aucun droit de tuer un animal (pour en consommer la viande, se vêtir de sa peau...), de s'en servir pour des travaux (labourage, transport de marchandises...) ou même de le garder en sa compagnie (chat, chien...). Au même titre qu'il est interdit de tuer un autre être humain pour le manger, expérimenter des médicaments ou encore l'enfermer chez soi dans une cage, il devient interdit d'adopter de tels comportements à l'égard des animaux.

Cette logique est poussée à son extrême dans le cas théorique où une personne serait dans une situation où elle pourrait sauver de la mort un être humain handicapé ou un animal, mais pas les deux (par manque de temps, de place...). Dans ce cas, les végans estiment qu'il nous revient de sauver l'animal qui est en pleine santé, plutôt que l'être humain qui est handicapé et donc diminué (Peter Singer dans l'ouvrage « Animal Liberation »).

L'objectif de cet article n'est certainement pas de détailler le véganisme dans ces nombreuses facettes et les différences qui peuvent exister entre les mouvements végans d'un pays à l'autre. Pourtant, l'idée commune à tous ces mouvements est que la primauté de l'homme face à l'animal est inexistante. Au-delà des multiples définitions que l'on peut attribuer au véganisme, cette particularité est sans aucun doute la plus importante.

Principes fondamentaux de la Torah

Dans un registre entièrement différent, la Torah a porté l'homme au pinacle de la Création et toutes les autres créatures (animales, végétales et minérales) ont été créées afin de le servir. Ainsi, le verset nous apprend que « Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail ; enfin sur toute la terre et sur tous les êtres qui s'y meuvent". » (Genèse 1:26).

Le Maître du monde a accordé une telle importance à l'homme qu'il s'agit de la seule créature qu'Il a formé « de ses mains » (Rachi sur le verset 27). Même si cette expression ne peut pas être comprise d'une façon littérale – Hachem n'étant pas une entité physique et ne possédant donc pas de mains – le message qu'elle transmet est clair : l'homme tient une place suffisamment à part dans la Création pour qu'il justifie une attention particulière du Maître du monde. À l'opposé, toutes les autres créatures virent le jour seulement par « une déclaration verbale d'Hachem » (Rachi, idem.).

Si nous ne poursuivions pas notre article, nous pourrions cependant déjà comprendre la différence fondamentale qui existe entre la Tora et le véganisme. Non seulement l'homme est distinct de l'espèce animale, mais c'est pour lui que le monde a été créé et pour le servir que les autres espèces existent. Rien ne peut être plus dissymétrique que la vision du monde selon la Torah et selon l'idéologie végane.

Pourtant, il manquerait un élément essentiel à notre présentation si nous ne cherchions pas la raison pour laquelle l'homme a été créé. De fait, en découvrant cette raison, toute la différence qui existe entre l'homme et l'espèce animale se révèle et devient évidente.

C'est sans doute le roi Chlomo (Salomon) qui a défini de la plus belle façon la raison de la création de l'homme et sa véritable raison d'être. Selon le roi Chlomo, « la conclusion de tout le discours, écoutons-la : "Crains Dieu et observe Ses commandements ; car c'est là tout l'homme. » (Écclésiaste 12:13). Le commentateur Rachi apporte les précisions suivantes : Crains Dieu : cela signifie que l'homme doit faire ce qu'il peut et offrir son cœur au Ciel (c'est-à-dire : à Dieu). Observe Ses commandements : c'est pour cette raison que l'homme a été créé.

Nous apprenons donc que notre existence sur terre a comme objectif le respect de la Volonté divine, ni plus, ni moins. Le Créateur nous a donné six-cents treize commandements à respecter et c'est à cette fin qu'Il a créé l'univers. Ni pour la vache, ni pour la rose, ni pour l'argile : c'est pour l'homme seulement que la Création a eu lieu.

Si nous désirons pousser encore plus loin notre raisonnement, nous pouvons nous interroger sur l'essence de ces nombreux commandements. Quelle idée maîtresse et fondamentale pourrait les rassembler tous ? À cette question, la Guemara Makkos (24a) répond que c'est le verset suivant qui permet de résumer tous les commandements de la Tora : « Homme, on t'a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi : rien que de pratiquer la justice, d'aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu ! » (Michée 6:8).

Que signifie « pratiquer la justice » ? Choisir le bien et laisser le mauvais (Rachi). En d'autres termes : faire preuve d'intelligence et utiliser à bon escient notre libre-arbitre pour prendre les décisions qui nous rapprochent d'Hachem et nous séparer des actions qui nous en éloigneraient. Ce libre-arbitre, dont seul l'homme est doté (voir les commentaires sur le verset de la Genèse 2:19), est l'empreinte définitive de ce qui distingue l'homme du monde animal : la capacité à choisir entre le bien et le mal.

Si le bon usage du libre-arbitre résume à lui seul l'essence de l'homme, il existe un commandement dont la pratique équivaut à celle de tous les autres. Selon la Guemara Qiddouchin (35a), il s'agit du commandement des tefilines. Constituées de deux boîtes en cuir remplies de parchemins – également en peau d'animal – sur lesquels des versets ont été écrits, voilà le commandement que le prophète Ezéchiel qualifie de « splendeur » du peuple juif (Ezéchiel 24:17).

Voilà également l’incompatibilité entre la Torah et le véganisme : s'interdire d'utiliser les animaux pour nos besoins rend impossible la pratique d'un certain nombre de commandement bibliques et rabbiniques.

Pour conclure

Non seulement les animaux ont été créés pour servir l'homme, mais c'est également grâce à eux et à l'usage qu'il en fait que l'homme peut se rapprocher du Maître du monde.

Qu'il s'agisse de consommer de la viande – tel qu'il est écrit dans le Choul'han 'Aroukh – le jour de Chabbath, d'utiliser la peau d'un bovin pour y écrire un Sefer Torah ou d'offrir des sacrifices – à l'époque où le Temple de Jérusalem se dressait – dont les règles ont été décrites dans la Torah, les animaux servent l'homme et l'aident à réaliser ses tâches.

Le véganisme est la négation de l'objectif final de la Création en mettant l'homme au niveau de l'animal, en interdisant l'homme de se servir de l'animal et, en fin de compte, en se subtilisant à la Volonté divine. Si le fait d'être végétarien ne contredit pas la Torah, être végan doit être tenu comme contraire à la pensée d'une personne qui craint le Ciel.

David-Yits'haq Trauttman