Tomber ? Pour mieux me relever ! (19)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

À propos de tous sentiments de culpabilité, Rabbi Yits'haq Breiter (bâtisseur du mouvement Breslev en Pologne avant l'Holocauste), nous apprend une règle élémentaire qu'il a extrait du Likouté Moharan :

« Tout ce que nous pensons, disons ou faisons intentionnellement ou par accident est, en vérité, décrété par le Créateur. »

Régisseur de tous les univers, de la plus grandiose des galaxies, jusqu'à la molécule la plus microscopique, c'est Lui qui agence tout à sa guise et dans la perfection totale. Rien ne se fait ni ne se défait sans son pouvoir permanent et son contrôle absolu. Rien ne s'accommplit qu'Il ne le veuille et ne le décide ! Rien n'existe hormis Lui.

De ce fait, l'homme ou la femme qui pensaient avoir trahi ou démoli doivent savoir que D-ieu l'avait ainsi voulu, sinon la chose ne se serait jamais produite. Ceci ne contredit nullement le libre-arbitre car si l'homme refusait une tentation jusqu'au bout et que, malgré lui, la chose se passait tout de même, il n'en serait nullement tenu coupable !

Il se peut, par contre, qu'il y ait consenti et en ait même tiré profit : ce sont là sentiments qui dégradent la beauté de son âme et requièrent, à ce titre, réparation. Mais pour ce qui est de l'action, elle découla d'un Décret divin.

Pour quelle raison D-ieu nous amènerait-Il à faire des choses qu'Il déteste ?

Il se peut qu'une faute soit provoquée pour le bien de cette personne. Dans l'état où elle se trouve actuellement, il n'existe pas de meilleur moyen de rapprocher cette personne. Le Juge parfait sait ne pouvoir l'aider qu'en lui faisant emprunter ce chemin et tout ce qu'il entraîne.

Ce principe est une des grandes règles de hassidouth et figure en toute lettres dans la leçon 261 du Likouté Moharan rapportée plus haut ; le refuser conduirait à porter le plein poids de notre faute, ce qui nous enfermerait dans l'une des prisons de l'esprit : celle de l'imputation excessive.

Sachez que, mérite et inversement péché, sont deux sortes d'itinéraires tous deux voulus par D-ieu, bien que la voie positive soit de loin plus souhaitable.

Il nous dirige cependant vers l'une ou l'autre des voies suivant des critères qui nous échappent mais dont le but à long terme est le rétablissement de notre âme. Si, pour briser notre orgueil par exemple, ce qui nous convient présentement n'est que la mauvaise voie, rien ne nous l'épargnera, car tel des le Décret divin, pour notre bien.

Que faire dans un tel cas ? Se résigner ? Se révolter ? S'accabler ? Sombrer dans l'insouciance ? Se culpabiliser ? S'en moquer ? Non ! Sept fois non ! Si nous avons péché, c'est parce que D-ieu a décidé de nous faire passer par cette vexante expérience : nous ne méritons pas mieux pour l'instant.

Et pour éviter ce déplaisant traitement, ainsi que les revers qui en découlent, si tel est notre sincère désir, il ne nous reste qu'à implorer pitié, car la vraie raison de notre chute, c'était de nous amener à nous tourner vers D-ieu.

C'était pour que nous nous tournions enfin vers Lui que notre Père nous avait fait tomber par terre ! En nous tournant de tout cœur vers Celui qui a causé notre revers, nous établissons un lien de vérité. Ce lien servira bientôt de pont entre les zones d'égarement où nous nous trouvons actuellement et la Lumière Infinie qui aspire si ardemment, si tendrement à nous en faire sortir, pourvu que nous implorions : à l'aide ! Au secours !

Se tourner vers la Cause des causes, demeurant l'unique option valable, c'est cela notre seul choix et si nous le faisons, cela se nome réparer l'univers, notre part d'univers.

Nous sommes bien conscients, chers lecteurs, que ce principe risque de choquer certains. Mais si vous l'abordez le plus simplement du monde, vous verrez poindre du fond de ces mots, une lumière resplendissante qui vous consolera de bien des peines et nous permettra de progresser. Loin de vous induire vers la complaisance, vous sentirez croître en vous un désir de mieux faire, renforcé à présent par une saine patience.

La raison pour laquelle Israël, malgré ses immenses mérites, sa grandeur incroyable, sa fidélité à toutes épreuves, malgré cela le Peuple subit encore le poids de l'exil : c'est parce que nous ne parvenons pas à juger favorablement notre prochain (ni nous-mêmes). De cela découle les vraies causes de l'exil : la haine, la rancœur, les ragots, desquels découle la séparation des cœurs et leur incapacité de communiquer entre aide et solidarité. Car l'indulgence demeure bien le seul moyen d'établir et de maintenir un lien fort d'une âme à l'autre.

Or, il ne sera possible de juger avec indulgence que si nous pensons du pécheur : « Est-ce vraiment de sa faute si D-ieu Lui-même l'a ainsi conduit ? Qu'y peut le malheureux ? »

S'il ignore tout bonnement ou s'il a oublié la vraie raison de sa chute, à moi de la lui rappeler : profiter de son malheur pour se rapprocher de son Père car tel était bien le but des épreuves et de toutes les misères !

Lorsque les plus motivés comprendront cela et le répandront à la ronde, ils recréeront une merveilleuse chaîne d'espoir : ils sauveront le monde.

À suivre...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau