Le temps d'être heureux (17)

 
 (Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Le temps d'être heureux

« Qui récite la prière Ashré trois fois par jour est assuré du bonheur à perpétuité ! » (Talmud)

Ashré, c'est un Psaume bien connu, composé de 21 versets qui commencent par les lettres de l'alphabet sacré. Sa récitation peut prendre une minute ou deux. Dérisoire, semble-t-il, par rapport au résultat promis. Si cette recette vous semble trop facile, permettez-nous de la commenter.

Ce qui accable un pécheur, ce qui cause son malheur : c'est le poids moral de l'erreur. Cette culpabilité, souvent excessive, s'avère presque toujours stérile : elle empêche la réparation au lieu d'y conduire ! Pour éviter cette paralysie, dont la morale mal vécue accable le pécheur, il suffirait de revoir les choses avec un regard plus profond : celui de la Tora messianique, de la Kabbale.

Puisque cette science s'occupe de tout ce qui a trait à la réparation pratique des univers brisés, l'éthique ni l'esthétique ne sont pas ses propos essentiels. Le Bien et le Mal, le Beau et le Laid, sentimentalement perçus comme « positif/négatif », seront plutôt envisagés comme « juste » ou « faux. » Ainsi, un péché n'est pas vu tant comme une méchanceté ou une disgrâce que comme une méchanceté ou une disgrâce, que comme une bévue, une méprise presque technique. Sous cet éclairage, se « morfondre, s'angoisser, se culpabiliser, se châtier » seront vus comme les ennemis du progrès !

Expliquons cela : que se passe-t-il lorsque l'on commet une erreur ? Au lieu d'investir son énergie là où elle eut été profitable pour lui et pour le reste du monde, le pécheur l'a dilapidée dans des abîmes stériles et décevants. Il s'est trompé d'adresse, il a peiné pour rien. Or, puisque tout pouvoir se résume à des formules, des signes, la réparation d'un mauvais aiguillage d'énergie consistera tout simplement à récupérer ces signes égarés, ces lettres brisées.

C'est pour nous indiquer cette méthode et son impact, que le Prophète a enseigné : « Prenez avec vous des paroles et revenez vers D-ieu », ce que nos Sages ont traduit par : « Je n'attends de vous que de simples paroles ! »

La parole par laquelle le cœur d'un pécheur cherche à se réconcilier avec son Créateur, cette parole restitue les énergies détournées. Chacune de ses lettres devient le véhicule des énergies brisées qui, grâce à cela, peuvent être acheminées vers leur endroit idéal. Cette parole est d'un tel pouvoir qu'elle est désignée comme « cinquantième Porte », le plus haut des accès au divin.

Mais la course au profit qui est la « cinquantième porte négative » empêche les gens de réparer leurs torts dans la joie et la simplicité. Observez bien : plus une personne se rend esclave de l'argent, moins elle a de temps pour vous et pour elle-même. Elle se prive du privilège de réparer ses égarements et sombre, en conséquence, dans une grande amertume : quel dommage ! Dire qu'on aurait pu tout arranger en chantant ! Quel dommage de ne pas avoir le temps !

Mais puisque nous savons que rien n'est perdu, quel est donc l'amendement de l'angoissé financier, de celui ou de celle qui a sombré dans la course à l'argent ? Quel est donc, pour nous aujourd'hui et ici, cet hymne au bonheur, cet Ashré ? Où se trouve la cinquantième Porte positive ?

C'est la retraite personnelle et quotidienne. Il s'agit de s'isoler un moment chaque jour dans un coin tranquille pour « prendre quelques paroles », reformater ses alphabets. Et puis les adresser à D-ieu, gentiment, dans sa langue maternelle.

D'où prend-on ces paroles ? Dans les trésors de son propre cœur. Quand on a l'intention toute simple de réparer ses torts (sans s'accabler), ces trésors intérieurs ouvrent tous leurs coffres et il n'y a plus qu'à y puiser. Alors, les lettres égarées, à qui de nouveaux habits viennent d'être prêtés, retrouvent toute leur dignité. Elles s'élèvent dans la joie, libérant leur auteur du poids de la culpabilité : il a avoué, il se sent allégé, bientôt réconcilié.

Et que signifie donc ces « trois fois par jour » ?

Par temps clairs, par temps sombres comme par temps brumeux : ne vous occupez pas des états d'âme ! Oubliez pour un moment le cours de l'Euro, bloquez votre portable et lancez votre chant vers les Cieux. Égrenez, comme vous le pourrez, votre alphabet lumineux. Ce sont ces paroles spontanées adressées à la Divinité qui ressusciteront toutes vos énergies brisées. Il y aura tant de lumière autour de vous, que vos angoisses s'estomperont. Bon, on ne peut pas vous promettre un bonheur parfait dans un monde aussi détraqué, mais au moins, vous vous sentirez soulagé. Par rapport à l'état actuel, vous deviendrez tout simplement heureux.

*

À part la méditation, il existe quelques actions qui déclenchent un éclair d'Au-delà et permettent de prendre conscience de son état, sans s'en accabler. Voici quelques idées simples qui permettront à chacun, en cas de besoin, un tel branchement :

- L'immersion en miqvé, en mer ou en rivière dans l'intention de se réconcilier. L'eau vous régénère. Fermer les yeux, fermer la bouche et les oreilles, pour un moment de grève intégrale, pendant lequel nous nous attacherons à l'Infini et notre peine disparaîtra.

- S'attacher en pensée au Juste authentique dont la lumière diffuse sérénité : elle désangoisse même ceux qui sont tombés dans les compartiments étriqués de la bourse...

- Espérer, envers et contre tout. Accepter que même si nous ne méritions guère de miracles, le simple fait d'espérer plaira tant à D-ieu, qu'Il fera pour nous des prodiges.

- Chanter le chant du Chabath : cette mélodie qui descend jusqu'au fond des enfers, pour y repêcher les âmes oubliées.

- Parler positif, parler espoir, parler confiance. Qui parle lumineux, alimente sa Foi et se trouve inspiré. Brancher son discours sur l'Infini : là où il n'y a nulle misère. C'est le contraire de la calomnie : qui encomberait sa bouche de propos défaitistes, saperait son espérance et obstruerait son cœur ! La médisance décourage tout espoir d'un monde meilleur. Elle crée des distorsions, accentue les disproportions, en un mot, elle rend cinglé. Cacophonie, radiophonies, sornettes et pipelettes : ce sont les grands ennemis de la sérénité. Qui veut la vie ? Qu'il parle vie !

Suite...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau