Le fermier heureux (16)


 (Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

On comprend maintenant le verset : « Qui montera sur la montagne de D-ieu ?». Qui réussira à atteindre son but, malgré la nécessité de s'arrêter parfois pour des haltes ?

Celui... « Qui se tiendra dans son Sanctuaire ! » Celui qui, bien qu'en arrêt provisoire et inévitable, se maintiendrait dans son état de valeur actuel. Momentanément incapable de poursuivre de l'avant, il veillera au moins à ne pas reculer. Il « calera sa charette », abreuvera sa bête, puis repartira gaiement vers la cime, lorsque l'étape aura pris fin.

Il peut arriver qu'une certaine fatigue nous empêche momentanément d'avancer. Ce qui compte, dans ces circonstances, c'est de bien garder sa place, ses limites, de ne pas se laisser abattre ni glisser en arrière. Le faux dicton « qui n'avance pas recule » a du être pondu par des amateurs/lutteurs ou des casseurs de moral. Il n'a pas sa place dans le cœur de ceux qui veulent vraiment monter ! Même si on devait faire du surplace toute une vie, ne pas avancer d'un cheveu, il faudrait être prêt à le faire, car en vérité, par le mérite de son endurance le piétineur avance par millions d'années lumières... mais toute son épreuve, c'est de l'ignnorer. Au bout du parcours, il verra combien il a réparé de choses et il délirera de joie de voir combien il avait raison !

Il nous reste à expliquer que signifie « Caler sa charrette ». En veillant à ne pas riper d'un doigt et ceci pour mieux poursuivre après. Passé la halte, on repartira régénéré, prêt à franchir la dernière partie du chemin.

Et que représente cette image de la « cale » ?

La tête dure, la tête de bois, celle de l'obstiné qui, sous aucun prétexte, n'abandonnerait sa place et pour rien au monde ne décramponnerait des étapes qu'il a déjà conquises.

12. Prisonniers de l'espoir

Voici la parole du moissonneur que nous devons à Rabbi Chim'on et suivant laquelle il affirma : « Israël ne descendra pas en enfer ! »

Il y avait une fois un roi qui ordonna à un fermier de cultiver un certain champ et de lui apporter, en fin de saison, le fruit de sa récolte.

Le cultivateur se mit à la tâche ; il défricha, ôta ronces et rocailles, sarcla, laboura, mais hélas, le terrain était si mauvais qu'après avoir dûment ensemencé le champ, il ne poussa guère que de quoi moudre quelques kilos de piteuse farine.

Ce produit fut néanmoins apporté au palais, comme convenu. Lorsque, apparemment mécontent, le roi demande des comptes à son métayer, ce dernier n'eût guère de peine à s'excuser : « Le terrain qui me fut confié, n'était-il pas des plus médiocres ? »

Et le roi, bien sûr, d'asquiescer.

Si l'on se sent entouré de ronces et de caillaisses, on peut exploiter ce fait pour renoncer à l'effort. À quoi bon peiner tant pour quelques misérables kilos de farine ?

Ce n'est pas la réaction d'Israël, qui de tout temps laboura sa terre, fût-elle apelée à retomber en friche.

N'aurais-je pour tout terrain qu'une vaste jachère, je la cultiverais quand même. Ma mission consiste à cultiver le terrain que j'ai reçu et non à en estimer la récolte ! Ce qui poussera, poussera ; moi, je ne m'occupe que de ma tâche et non du résultat !

Une telle opiniâtreté vaudra l'indulgence du Maître de moisson qui, mieux que nul autre connaissait l'état du terrain...

Grâce à cette attitude, l'Israël authentique, prisonnier de l'espoir, ne descendra sûrement pas en enfer ! Qu'aurait-il à y chercher ? Les gens en bonne santé n'ont rien à faire dans les hôpitaux ainsi qu'il est dit : « Elle ne craint nullement la neige, car toute sa maisonnée est équipée de pourpre! » Or pourpre, en hébreu, se dit « chanim », qui sous-entend « deux » (le fait de redoubler un acte.) Pas de glaciers éternels pour ceux qui auront revêtu leur âme et répéter encore : sans tenir aucun compte du rendement des produits ni du résultat.

*
Il y avait un propriétaire qui employa des ouvriers pour puiser de l'eau et en remplir ses récipients. Les journaliers se mirent à l’œuvre mais, voyant les heures passer et les urnes demeurer vides, ils en conclurent que celles-ci étaient percées et que ce travail n'était que pure perte de temps. Ils quittèrent leur poste, en colère, fort surpris de voir 'un des employés continuer à puiser :

« Insensé ! » lui lancèrent-ils. « Ne vois-tu pas que tu peines pour rien ? »

« Ce sont vous les insensés » rétorqua l'homme. « Nous fûmes employés pour remplir et non pour que les urnes soient pleines ! »

Même si l'on oublie vite et ne voit guère de résultat dans l'étude, persévérons coûte que coûte : D-ieu a demandé de puiser dans sa Tora pour en remplir nos récipients... sans tenir compte des résultats visibles !

Suite... 

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau