Écouter... certains conseils ! (18)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

L'exception

Un adolescent qui cherchait sa voie vers les racines de la Tora éprouva ses premières rechutes.

Handicapé par des éléments de base plus que brumeux, le pauvre novice n'y arrivait plus guère. Il n'en pouvait plus.

Il alla confier sa peine à un érudit, confessant ses déboires et périples, ce à quoi le maître horrifié répondit: « Tu es bien le pire garçon de toute la ville ! »

Peu après cela, cet adolescent s'éloigna de la Tradition.

Après des années d'errance, il se releva et fit un revirement remarquable. Il se maria, construisit une famille, puis éleva ses enfants dans l'ardeur qu'il avait su retrouver.

Or, curieux retour des choses, envore quelques années plus tard, il alla inscrire ses enfants en Yéchiva... dans la ville de ses errances de jeunesse : là où le critiqueur l'avait si durement torpillé ! Empli de saine revanche et de vrai bonheur, il se souvint de la remarque à laquelle il avait accordé bien trop d'importance en son temps, et souriant au fond de lui-même, il se dit : « Si j'avais su à l'époque... »

Ainsi, la soumission au Maître représente la condition première à tout progrès spirituel. Mais, pour aussi méritoire que soit cette qualité, il demeure un domaine où l'émule devra pousser l'audace jusqu'à la rébellion : dans le cas oû le Maître repousserait cet élève ! La Tora elle-même fixe les limites : « Tout ce que te dira le maître de maison, tu devrais le faire, sauf s'il te disait : '' Sors !'' »(Talmud).

Ainsi, Shela nous révèle-t-il comment ce principe, apparemment énoncé comme une simple règle de savoir-vivre, contient une idée formidable :

Le Maître de maison, c'est le Créateur.

Tout ce qu'il te dira, c'est la Tora, la révélation...

Tu devras le faire : puisque le Patron se révéla, ses créatures lui doivent soumission...

Sauf s'il te dit : ''Sors !'' Toutefois, si tu voyais dans la Tora un passage qui semble t'exclure et te dire de ''sortir'', de t'éloigner, tu n'aurais pas à lui obéir !

Tente ta chance, malgré ce passage. Ignore les rebuffades et sache que le Maître ne veut pas du tout que tu sortes. Ce n'était qu'une épreuve pour voir si tu aurais la bonne idée de rester malgré tout, coûte que coûte ! Je dois à D-ieu l'obéissance, mais à l'ordre de ''Sors !'' je ne souscrirais pas, c'est là l'exception ! J'emploierai, au contraire, tout mon courage... pour désobéir !

Un diction américain affirme que « le maillon le plus faible d'une chaîne détermine la force réelle de toute cette chaîne. » Ainsi, la période la plus basse d'une vie décide de la réussite générale. Tout dépendra de la manière dont on vivra cette phase ! A-t-on passé le cap et surmonté l'épreuve ? Les deux autres bouts de la chaîne tiendront ferme.

Ce que nous apprend cette maxime, c'est que ce jour le plus bas, ce maillon chétif et précaire, c'est en fait le plus important. Il peut se prévoir, s'anticiper et le moment venu s'apprécier : au lieu de la vivre à rebours et à contre cœur, on pourra l'affronter vaillamment, presque joyeusement, pleinement conscient de ce qui s'y joue !

Tout est pour le Bien

Tout est pour le Bien... Y compris le mal ?

C'est le thème très délicat que nous allons aborder, ce qui nous fait demander au Lecteur d'ouvrir bien grand son cœur : il pourra être très fortement inspiré. Mais avant de l'approcher, il nous faut citer textuellement l'une des plus courtes leçons du Likouté Moharan qui résume si parfaitement ce thème :

« Lorsqu'une personne tombe de son rang, qu'elle sache que cela provient du Ciel car le rejet est le début du rapprochement. Cette personne est tombée dans le but de s'éveiller de plus belle et de se rapprocher de Dieu. La solution pour cette personne : de recommencer à nouveau à servir l'Éternel comme s'il n'avait jamais commencé de sa vie. Voici une grande règle dans le service sacré : il faut chaque jour recommencer à nouveau ! » (Likouté Moharan I, 261)

L'un des fardeaux moraux les plus difficiles à supporter, c'est celui causé par l'exagération de nos responsabilités. Cela engendre la culpabilité et sape les gens, plus ou moins consciemment.

Exemple : nous avons commis une faute, bénigne ou grave, et nous en sommes navrés. Peut-être nous sommes-nous laissés emporter sans préméditation, peut-être étions-nous plus ou moins consentants, peut-être s'agissait-il d'un pur accident ou bien d'une révolte... Toujours est-il que, nous nous sentons coupables, notre paix intérieure se trouve perturbée : suivant la gravité que nous accordons aux faits, nous voici désemparés.

Or ce sentiment paralyse et empêche le progrès plus que l'erreur elle-même. Il mine littéralement cœurs et esprits, et prive de toute possibilité d'améliorer la situation.

Pour nous délivrer de cette réaction néfaste, à nous qui pensons avoir de sérieux reproches à nous faire, nous allons projeter quelques rayons de la conscience qui règnera demain, lorsque la sagesse inondera l'univers. Cette anticipation aura le pouvoirde minimiser nos peines, pour peu que nous l'accueillions d'une façon simple et confiante. (Il n'est pas recommandé de ne pas trop spéculer sur ces idées – il s'agit plutôt de « capter », comme on saisit une mélodie au vol, comme une intuition que l'on ne saurait trop exprimer dans des mots ni des formes.)

À suivre...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau