Croire en nos rêves (13)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Il est interdit d'être vieux ! Quel que soit notre âge tant que nous respirons, tout est encore possible. Tout comme la signature apposée sur un chèque lui donne toute sa valeur, la conclusion d'une vie la valide. Il se peut que malgré des tonnes de ratures, tous nos efforts se coalisent enfin pour nous permette une fin glorieuse.

Il est interdit d'être vieux ! La plupart des gens ratent la première partie de leur vie et passent la seconde à se lamenter sur ce fait... Mieux vaudra employer la seconde moitié pour réparer la première, car c'est bien pour cela qu'elle nous est accordée !

Il est interdit d'être vieux ! Les petits enfants sont surnommés des « Messies » par notre Tradition. Plus proches de leurs racines que les grands, ils ont de si merveilles paroles, des attitudes si inspirées, beaucoup de grâce et de lumière.

Hélas, combien de chérubins ont été assassinés à coup de moqueries ou d'intimidations, parce qu'ils avaient osé exprimer quelque chose d'original ! Le monde des vieux se charge de froisser leur innocence et l'académie des décatis fut créée pour faner leur fraîcheur...

Combien d'audace faudrait-il à l'enfant pour passer le barrage des grandes personnes !

La vraie éducation consisterait à aider l'enfant à croire en ses rêves, à rester jeune, tout en l'équipant de moyens de se préserver...

Si nous fûmes, nous aussi, victimes du cynisme et de l'aigreur, même si notre petite fleur secrète fut souvent bafouée, piétinée, il est interdit d'être vieux !

Il faut faire revivre son enfance car rêves et espérances sont les plus puissants moteurs de l'existence.

En une fraction de seconde, notre cœur pourra retrouver sa fraîcheur et retourner en enfance, équipé maintenant d'un petit bagage d'expérience.

Emboîtant ses pas lumineux, Rabbi Na'hman nota que si quelqu'un prétend savoir, c'est là la preuve qu'il ne sait rien.

Si les Enfants d'Israël avaient prêté l'oreille aux doctes historiens et aux vieux théoriciens, ils auraient depuis longtemps renoncé à leurs rêves... et cessé d'exister.

Contrairement aux Maîtres de sa génération qui ne purent arriver jusqu'en Terre Sainte, Rabbi Na'hman y parvint parce qu'il sut se faire extrêmement simple. Extrêmement petit.

Il fit tant l'enfant, qu'il s'immergea, à Istanbul dans un degré spirituel nommé « petitesse de petitesse. » Or paradoxalement, cette attitude est la seule qui puisse former un récipient pour la « grandeur de grandeur » que représente la Terre d'Israël.

Les élèves de Rabbi Na'hman en conclurent : si nous voulons, nous aussi, former un récipient pour y accueillir la lumière du Juste, mieux vaut se mettre à la petitesse de petitesse. Il est interdit d'être vieux !

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La simplicité est la qualité qui caractérise le Juif authentique. Parce que le Peuple d'Israël possède collectivement ce trait, il a pu recevoir la Tora : sans chercher de complications.

Tout au long des siècles, les hauts et les bas de son périple se mesureront par rapport à cette qualité : lorsqu'elle sera présente, le Peupe sera fort ; lorsqu'elle faiblira, la situation deviendra critique. Jusqu'à la fin des temps où la sophistication sera telle, qu'elle recouvrira la face du monde. Alors, ce sera un déluge d'hérésie dont les seuls survivants seront... ceux qui auront su rester simples ! Puisqu'il en est ainsi, pourquoi donc s'affairer à l'étude ? Pourquoi ne pas délaisser carrément l'intellect au profit d'activités plus simples ?

La réponse se trouve dans une lette que Rabbi Israël Odesser adressa à Zalman Shazar, où il lui écrivit : « L'essentiel de la sagesse, c'est d'abandonner toutes ses conceptions et de mobiliser sa sagsse et sa raison pour servir D-ieu et toute simplicité ! »

À suivre...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau