Auschwitz : "Au milieu de nulle part." (2)


(Ceci est la deuxième partie d'un texte à propos du camp d'Auschwitz. Pour lire la première partie, cliquez ici.)

Auschwitz pour ceux qui ne s’y sont pas rendus est « au milieu de nulle part ». Un peu sur une autre planète.

Pourtant une ville existe. Elle a existé avant. Une petite ville comme tant d’autres. Si une caserne de l’armée polonaise n’avait pas existé, si les liaisons de voies ferrées n’avaient été si bien organisées, le Kl aurait pu se trouver ailleurs.

Cela devait se situer dans cette partie de l’Europe. Les nazis considéraient cette partie de la Pologne comme territoire volé aux Allemands. Ensuite leur haine des slaves justifiait ce choix. Il fallait montrer ce qui attendait à ce peuple d’esclaves.

Pourquoi commémorer? 
Petit à petit, le temps passant, on oublie !

« En créant un champ contextuel dans la mémoire, on rend inutile le fait d’en créer un dans l’instant présent ». En déclarant « plus Jamais », on utilise les moments de disgrâce pour créer des moments de grâce.

On estime à 30% de Polonais ayant risqué leur vie pour sauver des juifs, 30% étaient favorables à leur disparition, quand à l’autre 30% restant, ils étaient « indifférents. »

Un Polonais offrant un morceau de pain à un juif était exécuté, ainsi que sa famille. Le risque était énorme.

La Pologne compte aussi plus de 5 000 Justes des nations reconnus à cette heure par Yad Vashem, soit le plus grand nombre en Europe.

Les relations judéo-polonais ont été faites de violence, de méconnaissance, de peurs. Exploitées par les Pouvoirs successifs.

Il est simple de manipuler une population pauvre, affamée et inculte. Il fallait trouver un bouc émissaire. Ce fut le Juif.

Aujourd’hui le monde change. Lors de la seconde guerre, pour la première fois les Polonais exploités, affamés ont vu les Juifs, présentés comme des riches, souffrir. Cela crée un sentiment d’empathie.

Encore faut il accepter une main tendue. Les relations judéo-polonaise restent compliquées et une « conciliation » plus qu’une réconciliation est difficile et fragile.

Durant six années j’ai vécu dans la ville d’Oswiecim, seule juive parmi des polonais. J’ai dialoguer, réfléchi et …accepter la main tendue.

Au début des années 2000, lors de la Marche annuelle des Vivants, les Polonais ne pouvaient pas y participer. Petit à petit la Marche s’est ouverte à eux. Un moment fort.

Lorsqu’on lit certains écrits, on le déplore car cela met à mal le travail de fraternité. Un exemple paru dans le journal the Independant dont voici un court extrait :

« Quant à savoir pourquoi Auschwitz et Birkenau ont été conservés, ainsi, si vous apprenez rien d'autre de la visite de ces lieux, c'est que la majorité des polonais veulent que l'on sache que si leur pays avait sans aucun doute (et a) sa part d'antisémites, les atrocités commises ici n'ont rien à voir avec eux. »

« En fait, il y a un effort déterminé de la part de nombreux jeunes Polonais pour célébrer le patrimoine juif de leur pays. Il y a le festival de klezmer (la musique juive) organisé presqu'entièrement par les catholiques romains. Il y a un musée récemment ouvert de l'histoire des Juifs polonais. Le gouvernement polonais continue à financer le musée d'Auschwitz et est déterminé à garder les visiteurs à venir (en nombre record) pour en apprendre davantage sur les maux des envahisseurs nazis dans leur pays. »

Chantal Maas

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