Je suis noble et fort ! (15)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Un élève de Rabbi Na'hman glissa un jour dans une flaque de boue. Un opposant malveillant qui passait par-là, lança au 'hassid : « Tu es tombé dans cette flaque parce que tu es Breslev ! » Ce à quoi le 'hassid répliqua : Je suis tombé à cause de mes propres fautes. Mais si j'ai une chance de me relever, ce sera bien parce que je suis attaché à Rabbi Na'hman ! »

Voici encore ce qu'il enseigna à ce sujet :

« Tel que vous me voyez, même si je commettais un grave péché, la minute d'après je serais le même fidèle intègre qu'avant la transgression. Et le moment venu, je chercherai à réparer ma faute. »

Et si l'on avait cédé, faudrait-il l'avouer aux autres ? Sûrement pas :

Contrairement à ce que disent les gens : « Si tu as mangé du porc au moins que ça coule dans ta barbe ! » Moi, je dis au contraire : si tu as mangé du porc, au moins que ça ne coule pas dans ta barbe ! »

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Le léopard

« Aies donc l'audace du léopard ! » (Pirqé Avoth 5).

Dans le texte original, ce léopard est en fait nommé le Némère.

Selon Rabbi Obadia, c'est plutôt le bâtard du sanglier et de la lionne.

Cette nature « mixte » pourrait empêcher le Némère de prétendre à la noblesse du fauve. Parmi les lions il ne fait pas très belle figure. Malgré sa carence et peut-être à cause d'elle, il agit cependant avec une bravoure unique, par compensation. Du fait de ses origines, la vaillance du Némère est qualifiée d'audace. Il ose quitter le rang des faibles et des défavorisés pour adopter des attitudes nobles.

Naturellement, cette audace appelle certaines critiques : on le pique sur le contraste, sur la contradiction que son état représente. Mais aussi logiques que sembleront ces critiques, sire Némère les ignore. Il redouble au contraire de cran et se rie de tous les railleurs.

C'est cette audace que le Talmud nous enjoint d'imiter. De fait de nos tendances et tant que nous ne les avons pas surmontées, nous appartenons à la catégorie des mitigés. Que, malgré ses manques et ses faiblesse, notre âme, forte de son aspect de noblesse, ose sans relâche, ose encore – en dépit des milliers d'échecs. Alors sa grandeur prendra le dessus.

Que la morale talmudique préconise l'audace est déjà encourageant en soi mais quand on sait que le texte cité n'est pas moins qu'un Michna (il a force de loi) l'idée d'oser prend un nouveau relief : ce conseil se transforme en arrêt. La force « légale », autrement dit, le devoir et le droit de vivre sa contradiction Némère – sans être abattu. Bien au contraire, il tirera parti de sa faibless, puisque c'est elle qui l'aure amené à un surcroît d'audace, de force et de courage !

Malgré toutes nos défaites, le pire est déjà passé. Alors, Frères et Soeurs, courage ! Savez-vous que vous êtes formidables ?

Tête de bois

Un homme peut piétiner, stationner pendant des années et même parfois avoir l'impression de reculer. Et puis soudain, un jour, le déclic se produit. Les obstacles qui lui semblaient hier aussi imposants que des montagnes, lui apparaissent, après ce clic, d'une simplicité enfantine...

En fait, l'Éternel recrée sans cesse le monde. Il le renouvelle à chaque instant. Qui sait si la minute qui suit ne sera pas celle qui amène mon salut ? Seule l'obstination absolue l'entêtement coûte que coûte, permettent d'attendre et d'atteindre cette minute. Pour illustrer cela, voici un commentaire enrichi d'une parabole :

« Qui montera sur la montagne de D-ieu et qui se tiendra dans son Sanctuaire ? » Expliquant ce verset des Psaumes, Rabbi Yechiel Michel, enseigna une parabole.

« Un cocher gravissait une côte avec une charrette lourdement chargée de troncs d'arbres. À mi-chemin, les chevaux s'essouflèrent : plus moyen de les faire avancer ! Il fallait leur donner du repos. Or, en laissant stopper ses bourrins, le cocher perdait tout : la calèche retomberait au bas de la côte et tout le bois se répandrait sur la route. En revanche, s'il frappait les bêtes pour les forcer à avancer, peut-être succomberaient-elles sous les coups et sous la charge...

Que ferait l'homme avisé ? Il prendrait vite un gros morceau de bois et calerait les roues de sa charrette pour qu'elle ne recule pas pendant la halte. Il détacherait l'attelage et le ferait paître. Quand les bêtes se seraient reposées – un bon coup de fouet et en avant ! Jusqu'au sommet de la côte ! »

Suite...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau