Folie ou sagesse ? (8)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

6. Raison et Folie 

La poudre des Justes-fous 

(Extrait des Contes de Rabbi Na'hman, II, L'Infirme)

« Il s'en alla et prit de la poudre de tous les chemins et en fit des ensembles, recueillant la poudre des Justes à part puis les poudres d'autres chemins à part et il les prit avec lui. »

« Il décida d'aller dans la forêt où il avait été dévalisé. Lorsqu'il arriva là-bas, il choisit un grand arbre, proche du chemin par lequel les bandits sortaient pour aller piller ; il prit alors de la poudre des Justes et de celle des fous et les mélangea ensemble, puis les répandit sur ce chemin et monta sur son arbre, s'y installant pour voir ce qui allait se passer... »

« Les brigands que leur chef envoyait piller sortirent. Lorsqu'ils arrivèrent à ce chemin, dès qu'ils marchèrent sur la poudre , ils se transformèrent en Justes et se mirent à se lamenter : comment avaient-ils pu voler et tuer tellement de gens ?! Mais comme la poudre était mélangée avec celle des fous, ils devinrent des justes-fous. Ils commencèrent à se quereller : "C'est à cause de toi que nous avons volé !" À quoi l'autre répondait : "Non, c'est à cause de toi !" Jusqu'à ce qu'ils s'entretuèrent tous... »

Comment survivre à un déluge de folie ! 

Un grand roi confia un jour à son conseiller : "Puisque je lis dans les étoiles, je prédis que toute la moisson qui poussera cette année empoisonnera celui qui en mangera et il deviendra fou. Or, sauver suffisamment de bon blé pour tout le monde, c'est impossible... Que conseilles-tu ?"

"Réservons-nous des rations de blé," répondit le second, "ainsi, nous n'aurons pas à consommer de la moisson empoisonnée et nous serons ainsi épargnés."

"Mais alors," répondit le roi, "si nous restons les seuls à ne pas être fous et que le reste du monde a perdu la raison, alors, ce sera le contraire : nous serons considérés comme des fous ! Nous serons donc contraints à manger de la moisson empoisonnée, comme tout le monde. Mais avant cela, marquons un signe sur notre front pour qu'après avoir consommé, nous puissions au moins nous rappeler que nous sommes fous. Lorsque je regarderai ton front, et de même, lorsque tu verras mon front, nous saurons, grâce au signe, que nous sommes fous !"

*** 

Comment guérir un prince qui se prend pour un dindon :

Il y avait un certain prince qui avait complètement perdu la tête : il se prenait pour un dindon. Il avait jeté ses habits et piaillait sous la table, grattant des restes et des os que jetaient les gens – comme le font les dindons.

Au roi désespéré, un sage proposa : « Mettez sur une chaise des habits que vous me lancerez lorsque je vous ferais signe, et laissez-moi faire ! »

Le sage se dévêtit à son tour et descendit sous la table pour rejoindre le « dindon. »

« Qui es-tu ? » Demanda ce dernier à l'intrus.

« Un dindon, comme toi ! » Répondit le sage.

« Ah ! »

Et ils picorèrent de concert.

Soudain, le sage lança : « N'est-il pas scandaleux que nous autres les dindons, n'ayont point de pantalon ! »

« Infâme, certes ! » Acquiesça le prince.

À ces mots, le sage fit un signe et des caleçons leur furent lancés. Puis des tricots, des chemises etc. Jusqu'à ce que les deux se relèvent et que le prince fut enfin guéri.

Nous savons que chaque image de Rabbi Na'hman contient des mystères et que jusque dans les moindres dtails, il y a matière à réflexion. Arrêtons-nous sur l'image du dindon : pourquoi pas un canard ou un coq ?

C'est que le mot « Indik » - qui signifie « dindon » en ukrainien, indique les Indes (coome la dinde= d'Inde en français!) Allusion au grand mouvement de recherche qui, deux siècles plus tard, emportera des milliers de jeunes israéliens, américains, européeens, vers des recherches très lointaines... Comme dans la parabole et sous les dguisements adéquats, le Juste atteint ces âmes et leur transmet ainsi une étincelle qui les guérira.

Suite...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau