Le secret des fruits (6)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Les Fruits de la Terre

Lorsque la Tora fait l'éloge de la Terre promise, elle nous vante ses sept plus beaux fruits : grenades, dattes, olives, raisins, figues, blé et orge. Elle nous parle aussi du lait et du miel qui y coulent et des ruisseaux qui y abondent...

Compte tenu du niveau très élevé de Moché, comment pouvons-nous imaginer que ce qu'il convoitait, suppliant par cinq cent quinze fois d'entrer en Terre promise, était tout simplement pour habiter un pays prospère, riche en rivières et où l'on déguste de bons agrumes ?

Mais ces fruits cachent un secret que la Kabbale nous dévoile : chaque aliment recèle, sous son apparence matérielle, une âme spirituelle nommée « étincelle. » Lorsque nous mangeons, si nous le faisons avec de nobles intentions, puisque nous intégrons les énergies contenues dans cette nourriture à notre propre spiritualité, nous « élevons » cet aliment. Puisqu'il s'est à présent intégré (ou réintégré) dans l'humain doué de conscience et de parole, l'aliment a franchi plusieurs degrés.

Il n'est pas nécessaire pour cela d'être un érudit ; il suffit de suivre les indications rituelles qui présélectionnent notre nutrition : elles se nomment globalement de « kacher » (ces indications sont établies en fonction des opérations jugées « possibles » ou « impossibles » par la Conscience divine.) Ensuite, lorsque l'aliment choisi se trouve enfin entre nos mains, il faut concentrer notre cœur, entamer joyeusement une brève méditation : la bénédiction.

Prononcée attentivement, elle opère une véritable métamorphose : d'abord sur nous-même, dans la mesure où elle éveille notre présence d'esprit. Puis sur la particule d'énergie qui était contenue dans la matière et se trouve sublimée. Se joignant à notre esprit, l'étincelle le recharge de forces, au point de nous permettre de véritables exploits.

Tel est la noblesse de la Terre promise et l'importance de son agriculture : produire des fruits chargés de Vitamines divines.

Pour mesurer la force de ce principe, relevons que deux mille ans d'exil dans des conditions horribles, n'ont pas réussi à éteindre la flamme et l'inspiration, que les fruits de notre Terre nous avaient jadis communiquées... C'est bien cela que Moché convoitait.

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4. Du Cran ! 

Mon ami, mon frère, courage ! Toi qui cherche à mieux faire, qui y parviens parfois mais qui retombes aussitôt de plus belle... même s'il t'arrivait des milliers de rechutes, elles sont toutes pour ton bien, toutes pour ton progrès.

Aussi, n'abandonne pas ta place, c'est-à-dire le peu ou beaucoup de bien que tu as déjà réussi à faire. Ton bâtiment s'effondre ? Essaye de rester ferme. Attends que passe la bourrasque, sans t'accabler et tu pourras te remettre à l’œuvre, enrichi, fortifié, renouvelé ! Du cran, frérot, jusqu'au bout !

Quoi de plus décevant que de retomber : nous rêvions de perfection et nous voilà de nouveau dans la boue... Mais ces sentiments de dépit, même s'ils sont inspirés par des remords, ne sont pas constructifs. Utilisés au bon moment, au cours d'un examen de conscience ou d'une prière, les regrets sont les ferments du progrès, Mais ressentis à la suite immédiate d'une faute, ils paralysent, culpabilisent et brisent le cœur du pécheur – ce qui l'entraîne souvent à commettre d'autres fautes ! 

Que faut-il faire en cas de chute ? Se remonter tout de suite ! Rafistolez, vite-fait, un semblant d'équilibre. Sans s'occuper, sans compter les coups ni les vexations. Remettre les remords à plus tard et la réparation à un moment où notre esprit sera plus serein, moins accablé, plus lucide. C'est le meilleur moyen de remonter les pentes et c'est le secret de tous les lutteurs.

Ce secret, notre Rabbi l'appliqua à l'avenir de l'âme : qui, après le pire des écarts, aura le cran de tourner tout de suite la page, quitte à repousser les règlements de comptes à plus tard, celui-ci réussira certainement !

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En droit hébraïque, la répétition d'une action par trois reprises donne force de loi et de propriété : 'Hazaqa. Par exemple : trois ans de jouissance d'un terrain sans contestation d'un tiers ou bien d'acte attenant produit par un contestataire, donnent d'office la 'Hazaqa, le droit d'acquisition à l'occupant. 

Partant de cela, Rabbi Na'hman nous assure que toute personne qui s'élève, retombe, s'élève, retombe pour enfin s'élever une troisième fois ; cette personne ayant conquis sa place par son courage et sa persévérance, elle aura acquis 'Hazaqa, elle sera assurée de ne plus jamais retomber...

Suite...

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau