Il est interdit d'être vieux ! (11)


(Ceci est la suite du livre "Le Renouveau" du Rav Besançon. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Passionné des heures sublimes qui relient minuit au matin, le Ben Ish Haï écrivit à profusion pour encourager cette expérience. C'est lui qui conseilla aux femmes de remettre si possible leurs tâches aux petites heures nocturnes, sachant que ces temps sont bénis et que nos œuvres y sont éclairées... De ces moments de recherche, jailliront des éclats inattendus, des sortes de visions surnaturelles, plus qu'encourageantes...

***

Mon Bien-Aimé est descendu dans son enclos, 
Pour paître parmi les jardins, 
Pour s'y délecter ; 
Et puis cueillir des roses... 
(Rabbi Haïm de Safed)

D'après le Zohar et par voie d'allusion étymologique, ces jardins (Gan) symbolisent l'avilissement (Gnaï) que nos âmes ont pu subir en exil ; mais les roses représentent les beaux gestes que nous avons réussis à y faire pousser, malgré les flétrissures du moment...

Ainsi, chaque soir à minuit, le Créateur, en compagnie d'anges et de saints, descendent jusqu'ici-bas pour se délecter parmi ces roses, qu'ils trouvent combien plus merveilleuses que toutes les fleurs du Paradis !

Réveille-toi, ô ma lumière ! Dans ce jardin des roses, à minuit, lance ta plus belle chanson pour la gloire de ton Père. Aime Jérusalem, souviens-toi d'elle ! Souviens-toi que la crainte parfaite demeure la meilleure résidence de l'amour.

Comme ce serait beau, ne serait-ce que de temps à autre ! Tout comme les roses du Chabath qui ne semblent si Divines que parce qu'elles sont vraiment réelles. En se revivifiant en pleine nuit, en se hissant hors des ténèbres pour chanter, pour sangloter, pour quérir et pour exulter.

Il y aura de la lumière dans ta vie, non pas de rayons de pacotille ni des éclairs décevants, de la vraie lumière. Si céleste et si noble, si durable et si sereine que tu l'aimeras plus que tout autre !

Voici le secret tout simple mais profond de la valeur accordée à la méditation de minuit : rien n'appartient plus à l'homme que son propre lit. Lorsqu'il le quitte délibérément, au moment même où cela lui coûte le plus, il fait ainsi offrande du plus précieux. Il rectifie de la sorte sa parcelle de pouvoir et d'ego, valeurs si périssables et se relatives ; elles se métamorphosent en existence éternelle.
S'étant libéré, c'est maintenant le sommet de son Âme divine qui émerge, cette lumière cachée depuis l'aube de la création.

9. Il est interdit d'être vieux !

La mouche et l'araignée, un conte de Rabbi Na'hman

… Il vit comment on conduisait son âme à travers tous les mondes tandis qu'on annonçait : « Qui a de quoi contester cette âme, qu'il se présente ! »

Mais personne n'avait d'accusation. Entre temps, voici quelqu'un qui accourt et hurle : « Maître de l'univers, écoute ma prière : si cette âme descendait sur terre, qu'aurais-je encore à y faire ? Pourquoi m'as-tu donc créé ? »

C'était le diable en personne ; on lui répondit : « Cette âme doit absolument descendre sur terre et toi, débrouille-toi ! »

Il quitta les lieux et l'âme fut introduite à travers les mondes, jusqu'à ce qu'on l'amène au Tribunal céleste pour lui faire prêter serment, afin qu'elle descende sur terre ; or le diable n'était pas encore revenu ; on l'envoya chercher et il revint accompagné d'un vieillard tout voûté que le diable connaissait depuis très longtemps ; il se mit à rire en disant : «  J'ai trouvé une bonne solution ! Cette âme peut déjà descendre sur terre ! »

Commentaire : À un niveau cosmique, l'âme en question représente la lumière messianique qui est acheminée vers ce monde pour le sauver mais rencontre l'opposition de Satan dont elle est l'antithèse. La solution que trouve ce dernier est « un vieillard voûté », symbole du vieux monde qui croule sous le poids de sa propre lourdeur. En se réfugiant derrière l'habitude, le système rejette toute tentative de progrès.

Au niveau historique, c'est l'âme de Rabbi Na'hman qui détient les clés de nos énigmes contemporaines, tandis que le vieux n'est autre que l'establishment sclérosé et personnalisé par l'ancêtre de Spola.

Au niveau individuel, enfin, c'est l'étincelle messianique qui émane du Juste et demande à se révéler en chacun. Si cela se produisait, la personne serait sauvée ; c'est pourquoi une réaction négative ne manquera jamais de se produire : la vieillerie. En y résistant, en s'interdisant d'être vieux, docte, qualifié mais en rajeunissant, on neutralisera la réaction diabolique et verre verra surgir l'aspect messianique qui couvait en soi...

Suite..

Rav Israël Yits'haq Besançon, Le Renouveau