Des actes, de la pensée et de la tristesse


Qui pourrait penser sérieusement qu'une simple pensée puisse avoir des conséquences plus graves qu'un véritable acte ? Encore plus étrange, serait de croire que la tristesse est plus sérieuse qu'une action concrète. Si nous mettons de l'avant les actions, c'est que nous accordons beaucoup d'importance au monde physique et à ce que nos yeux voient. D'autre part, ce qui se trouve dans notre esprit ou notre cœur ne semble pas concerner les autres et partant, avoir un poids significatif. Pourtant, notre vision est tronquée et les ramifications de notre myopie sont chargées de sens.

Entre pensée et action

Certes, un acte revêt une importance indéniable, principalement lorsqu'il implique une tierce personne. Ainsi, il est ridicule de faire croire à votre voisin que d'avoir cassé sa belle table de salon style Louis XV est un acte bénin ! De fait, aussi longtemps que vous ne paierez pas la valeur de sa table à votre voisin, le repentir sera impossible.

C'est précisément pour cette raison qu'une pensée possède – le plus souvent – des conséquences plus graves qu'un acte. Toute personne dotée de bon sens sait pertinemment qu'elle doit réparer ses fautes envers autrui. Cependant, lorsque nous pensons – que D-ieu nous préserve – à une certaine chose interdite ou immorale, nous avons l'impression qu'en fin de compte, nous n'avons rien fait de si terrible. Ainsi, nous ne pensons pas toujours à nous repentir de cette mauvaise pensée et celle-ci risque de rester accrochée longtemps à notre “casier judiciaire spirituel.”

La vision qui nous manque est celle du Divin. Nous accordons beaucoup d'importance à paraître propres et honorables aux yeux de nos contemporains, mais nous oublions d'avoir la même rigueur envers D-ieu. Le Créateur ne connaît-Il pas toutes nos pensées ? Un écart – même par la pensée – représente une faute envers le Maître du monde et nous devons tout faire pour nous en excuser. Au même titre que nous ne ménagerions pas nos efforts pour nous excuser auprès de notre voisin si nous lui avions cassé sa table, nous devons nous efforcer de réparer nos fautes envers D-ieu.

La tristesse entre dans une logique similaire. En étant triste, une personne perd l'énergie nécessaire à fournir les efforts indispensables au rachat. “Je n'en vaux pas la peine”, dira-t-elle. Quelle erreur funeste ! Nous devons être capables de décerner la démarche sournoise du mauvais penchant : c'est lui qui désire nous voir affaiblis, tristes et sans espoir. C'est dans cette situation que nous considérons le repentir inaccessible et sans réel intérêt.

On le voit, la tristesse sert à nous faire tomber dans les griffes des forces du mal. Celles-ci ne désirent qu'une seule chose : nous éloigner de D-ieu. En étant tristes, nous sommes amorphes et l'idée même d'efforts nous semble lointaine.

Résumons-nous : faire un acte répréhensible est une chose grave, mais le plus souvent, nous pensons et pouvons réparer notre faute. D'autre part, il ne faut pas commettre l'erreur de croire que les pensées et la tristesse sont anodines. Au contraire, nous devons faire encore plus attention à nous détacher des mauvaises pensées et à les regretter sincèrement. Quant à la tristesse, nous devons la considérer comme un véritable poison et nous en éloigner immédiatement si nous la sentons nous attaquer.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Chlomo ben Sylvie.