Paracha Devarim - Rabbi Na'hman de Breslev


Nous sommes souvent dans des situations où faire des réprimandes est tentant. Pourtant, combien de fois nous sommes-nous aperçus-es que non seulement nos paroles n'ont servies à rien, mais qu'elles ont aggravé la situation. Il nous reste souvent un sentiment amer de ces situations : devions-nous parler ? Était-il préférable de ne rien dire ?

Rabbi Na'hman de Breslev explique les raisons pour lesquelles tout le monde ne peut pas faire la morale à d'autres personnes :

“Ce sont là les paroles que Moïse adressa à tout Israël en deçà du Jourdain, dans le désert…” (Devarim 1:1)

Faire des reproches est un concept élevé et il incombe à chaque personne juive de réprimander un compatriote si elle constate qu'il ne se comporte pas d'une façon correcte. Ceci correspond à ce qui est écrit (Vayiqra 19:17) : “Reprends ton prochain et tu n'assumeras pas de péché à cause de lui.” Cependant, toutes les personnes ne sont pas capables de faire des reproches.

De fait, il est écrit dans la Guémara ('Arakhin 16b) que Rabbi 'Aqiva a dit : “Je serais surpris s'il existe une seule personne dans cette génération qui pourrait en réprimander une autre.” Maintenant, si Rabbi 'Aqiva a dit cela en ce qui concerne la génération dans laquelle il vivait, cela est encore plus vrai pour notre génération.

Si une personne qui n'est pas capable d'en réprimander d'autres exprime néanmoins des reproches, tout ce qu'elle dira ne servira à rien. De plus – et cela est encore plus grave – son intervention développera, chez les âmes qui étaient supposées l'écouter, une odeur infecte.

Cela s'explique par le fait que ses reproches réveillent la “mauvaise odeur” des mauvaises actions et des traits de caractères négatifs des personnes vers lesquelles elle dirige ses réprimandes. Cela ressemble à une chose qui ne possède pas une bonne odeur : aussi longtemps que personne ne touche cette chose, sa mauvaise odeur n'est pas perceptible. Cependant, lorsqu'on commence à la bouger, la mauvaise odeur commence à se faire sentir.

C'est ce qui arrive lorsqu'une personne qui n'est pas capable de formuler des reproches le fait néanmoins. Ses paroles attisent et réveillent la mauvaise odeur des mauvaises actions et des traits de caractères négatifs des personnes qu'elle réprimande. À cause d'elles, ces personnes “sentent mauvais.” (…)

Cependant, lorsqu'une personne possède les capacités pour en réprimander d'autres, l'opposé se produit. Grâce à ses réprimandes, elle donne plus de force à la bonne odeur des âmes à qui elle s'adresse.

C'est pour cela que les reproches doivent posséder un aspect de ceux que Moché Rabbénou (Moïse notre Maître) a formulés à l'encontre du peuple d'Israël lors du péché du veau d'or. De fait, grâce à ses reproches, il a transmis une bonne odeur, tel qu'il est dit (Cantique des Cantiques 1:12) : “Mon nard exhale son arôme.” Il n'est pas écrit que l'arôme du peuple d'Israël s'en alla (lorsque Moché le réprimanda) ; plutôt – comme Rachi l'explique à propos de ce verset – les réprimandes de Moché à propos du veau d'or ont procuré au peuple juif un bon “arôme.”

(Likouté Moharan II, 8:1)