Tolérance : une définition (5)

Tolérance : une définition (5)

Nous concluons aujourd'hui notre série d'articles à propos de la tolérance. Nous avons précédemment défini celle-ci comme une volonté de modifier une attitude ou un comportement dans notre vie pour répondre d'une façon favorable aux besoins d'une tierce personne.

Inversement, en l'absence d'un tel besoin et en cas de refus de notre part d'accéder à la demande qui nous est faite, nous faisons preuve d'intolérance. Partant, interdire le port du foulard ou penser à interdire celui de la burqua pour les femmes musulmanes fait preuve d'un manque flagrant de tolérance.

Une intolérance basée sur une mauvaise idée

Les contradictions sont trop nombreuses pour conserver longtemps le discours de la tolérance comme paravent d'un sentiment plus profond : celui de vouloir freiner l'influence de l'islam. Notre refus de faire face à cette réalité est une source d'exploits étonnants de l'utilisation du langage. Un de ces exploits est de ne pas lire une seule fois les mots “islam” ou “musulmanes” dans le texte de loi qui interdit le port du foulard. Peu importe si lors du débat à l'Assemblée nationale tous les députés les utilisaient, ils n'apparaissent pas dans le texte officiel ! Je me demande la définition qu'on peut donner à l'hypocrisie.

Ce refus d'ouvrir les yeux s'explique par un mauvais concept : celui de l'égalité des peuples et des nations. Les textes émouvants de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et d'autres proclamations dont l'objectif est de s'appliquer à toute l'humanité sont nés de la culture occidentale moderne et de la philosophie héritée du siècle des Lumières. L'intention était noble, mais elle a oublié une chose : la nature humaine.

Les différences existent entre les peuples et il est tout à fait légitime pour une nation de vouloir se protéger lorsqu'elle se sent en danger. De plus, il ne devrait pas y avoir de problème à citer d'une façon explicite la nature du danger : religion ou nation spécifiques. C'est uniquement notre vision du “politically correct” qui déforme la vision exacte du monde dans lequel nous vivons.

Ainsi, il me semble hautement hypocrite de se réfugier derrière la protection des femmes pour vouloir interdire la burqua (un nombre important d'arguments cités – port imposé, absence de liberté, vêtement ostentatoire, etc. – s'appliquent également aux sœurs catholiques. Pourtant, celles-ci semblent faire preuve d'une impunité totale en comparaison des femmes musulmanes).

Je donne le mot de la vérité à Nicolas Sarkozy qui a écrit récemment que “la civilisation chrétienne a laissé une trace profonde” en France. Voilà des paroles qui ont au moins le mérite de décrire la situation dans laquelle nous vivons, plutôt qu'un monde imaginaire. Le voile et la burqua nous dérangent parce qu'ils ne font pas partie de notre culture.

De plus, si certains vêtements auxquels nous n'étions habitués n'ont pas été l'objet d'une telle opposition – je pense par exemple aux vêtements traditionnels d'Afrique que nous pouvons voir à l'occasion dans nos rues – c'est qu'ils ne portent pas avec eux l'image de terreur qui est liée aux vêtements identifiés avec l'islam. De nos jours, si nous pensons au terrorisme international, nous pensons immédiatement à l'islam.

Le type de société tel qu'il est décrit dans la Tora admet les différences. En Terre sainte, les comportements et croyances liés à l'idolâtrie n'étaient pas tolérés à l'époque du Temple de Jérusalem. La raison en est simple : une société a le droit de choisir les pratiques qu'elle désire et celles qu'elle refuse en son sein. Il est honnête de le dire et il est salutaire d'appliquer ce principe.

Selon la Tora, une personne non juive avait le loisir de vivre en Terre sainte aussi longtemps qu'elle n'était pas identifiée avec une croyance ou un mouvement qui aurait pu mettre en danger le peuple juif. Les français devraient le dire ouvertement : un musulman peut vivre parmi nous aussi longtemps qu'il ne s'identifie pas à une frange dangereuse de cette croyance. L'honnêteté intellectuelle possède de nombreuses vertus ; c'est parce que nous l'avons oublié depuis longtemps que nous n'hésitons pas à tordre régulièrement le sens fondamental des mots de notre vocabulaire.