Le dernier repas avant Tich'a beAv


Voici les conditions dans lesquelles doit être consommée la « séouda hamafseqet », le repas qui sépare la veille de la destruction du Temple de Jérusalem – il y a près de 2 000 années – du jour de la destruction (le jour qui est appelé « Tich'a beAv ») :

« Un morceau de pain sec ; un œuf dur trempé dans la cendre ; assis par terre, à même le sol ; consommé seul. »

Ce repas porte le même nom (séouda hamafseqet ) que le repas que nous prenons la veille de Yom Kippour (le jour du Grand Pardon) ; pourtant, sa nature est très différent. De fait, la veille de Yom Kippour, manger représente une véritable mitswa (commandement) : prendre des forces afin de nous préparer au jour de prières du jour le plus solennel de l'année juive. Le repas est copieux, les mets succulents et l'abondance de mise.

En parallèle, que signifie le repas très austère que nous consommons quelques heures avant le début de Tich'a beAv : du pain sec, un œuf dur trempé dans la cendre, assis par terre... ? Pourtant le deuil de Tich'a beAv n'a pas encore commencé lorsque nous consommons ce repas !

La réponse à cette question se trouve dans l'aspect souvent symbolique que représentent les aliments dans la religion juive.

De fait, le repas de la fête de Pâque (le Seder de Pessa'h) est rempli d'aliments que nous consommons pour leur valeur symbolique. Le plus connu est sans doute la galette de pain azyme (la matza) qui représente le « pain du pauvre. » Également, nous consommons le « marror » (la laitue) qui nous rappelle la cruauté et la méchanceté des Égyptiens envers nos ancêtres lorsque ceux-ci étaient esclaves ; l’âpreté de cette vie est symbolisée par le goût amer de la laitue.

Cependant, le Seder de Pessa'h est consommé tandis que nous sommes assis à table – comme nous le faisons généralement pour tous les repas – et que nous partageons le savoir de nos Sages sur nos Écritures saintes et plus particulièrement sur les différents aspects de la sortie d'Égypte. Le repas de Pâque est également marqué par les chants que nous y prononçons et la joie qui est commune à tous les participants. Le repas de la veille de Tich'a beAv est l'exact opposé de tout cela.

Le pain dur : il représente notre étude « sèche » (sans vie) de la Tora. Lorsque notre étude devrait être remplie de joie, d'enthousiasme et de volonté réelle, nous étudions le plus souvent par obligation plutôt que par plaisir. Nos pensées ne sont pas toujours en harmonie avec ce que nous étudions et bien des fois, nous préfèrerions être à la plage, au restaurant ou entre amis plutôt qu'en train d'étudier.

L’œuf dur trempé dans la cendre : dans la langue araméenne (dans laquelle une partie importante du Talmud a été rédigée), le mot « œuf » est similaire au mot « prière » («béey »). Ainsi, l’œuf représente nos prières que nous prononçons souvent trop vite, pour nous en débarrasser en quelque sorte. L’œuf est également le symbole du deuil, qui est le thème central du jour de Tich'a beAv.

Si nous trempons l’œuf – nos prières – dans la cendre, c'est pour nous aider à comprendre la valeur de nos prières : réduite à peu de chose, à de la cendre, elles ne peuvent pas nous servir d'une grande source de satisfaction.

Assis par terre : le repas de la veille de Tich'a beAv n'est pas un repas de fête. Plutôt, nous ne nous asseyons pas à table car tout au long de l'année, notre comportement et notre attitude – envers Hachem et notre Service divin – n'est pas véritablement digne de celle qu'un être humain devrait avoir.

Nous essayons trop souvent de nous soustraire à nos obligations et à nos responsabilités. Nous avons tendance à penser à nous – à nos envies, nos intérêts, notre volonté – avant de penser au Créateur. Cette situation doit être la raison essentielle pour laquelle nous consommons humblement ce repas en étant assis à même la terre.

Assis seul : nous sommes le plus souvent tellement éloignés de la vérité et du chemin du rapprochement avec D-ieu qu'il serait prétentieux de penser que notre compagnie pourrait être une source de joie pour une tierce personne.

Ainsi, nous mangeons en étant isolé et en pensant aux nombreux écarts qui ont marqué chaque jour de l'année. Notre prise de conscience nous rapproche de la modestie et d'un état d'esprit humble qui ne sont guère propice à la grande compagnie.

Les forces que nous rassemblons pendant le repas de la veille de Tich'a beAv doivent nous servir à réfléchir à notre propre responsabilité sur la destruction du Temple de Jérusalem, sur la longueur interminable de notre exil et sur les actions que nous devons mener afin de changer le cours de l'histoire. Ces sujets sont suffisamment graves pour justifier l'austérité et l'aspect de deuil de la séouda hamafseqet de la veille de Tich'a beAv.

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