Jeûner pour la bonne raison

Jeûner pour la bonne raison

Aujourd'hui – mardi 15 juillet 2014 – nous jeûnons. À partir de 3h47 et jusqu'à 22h26 (heure pour Paris ; pour les autres villes, consultez votre rabbin ou envoyez-moi un message), nous ne devons ni boire ni manger. La raison est connue : c'est à cette date que les deux Temples Jérusalem furent détruits. Je vais être franc : j'aurais beaucoup de difficultés à jeûner si je devais le faire uniquement en mémoire d'un bâtiment qui a été ravagé il y a plusieurs milliers d'années.

Savoir pour quoi nous jeûnons

Je sais très bien que nous devons pleurer la destruction du Temple de Jérusalem, mais entre ma femme qui attend toujours de rencontrer l'homme parfait, mes enfants qui aimeraient bien avoir un père plus jeune et mon banquier qui me persécute à cause de mon découvert, je ne parviens pas à faire de la démolition du Temple ma priorité. J'aurais sans doute à expliquer cette attitude aux sphères célestes en temps voulu, mais il y a tellement de choses que j'aurai à leur expliquer...

Si aujourd'hui je jeûne, c'est plutôt à propos de ma propre destruction. L'état spirituel dans lequel je suis ressemble à une ruine et si je comprends ce que l'on me dit, c'est notre génération entière qui se trouve dans cet état lamentable. Lorsque je me regarde – et que je m'attarde un peu sur l'état spirituel de mes contemporains – je n'ai pas de mal à sentir mes larmes monter ; dans ces moments, j'ai envie de pousser un cri en direction du Ciel : « Maître du monde ! Qu'attends-Tu pour envoyer Machia'h ? Doit-on tomber encore plus bas pour être délivrés ? Jusqu'à quand durera la souffrance de cet exil ? »

Voici la véritable destruction que nous vivons chaque jour : celle de notre éloignement de l'émouna (la foi) simple et parfaite en Hachem. Nous mesurons cet éloignement à l'importance que nous accordons aux valeurs des autres nations : notre mode pensée, notre façon de manger, ainsi que celle de nous habiller... nous avons tout emprunté aux non juifs. Le plus souvent, ce qui nous reste ressemble à une peau de chagrin : notre âme juive. Désolée, affamée et incapable de se faire entendre, notre âme reste le dernier vestige d'une gloire d'une autre époque et d'une joie d'un autre monde.

La plupart d'entre nous sommes à des milliers des kilomètres de pleurer à propos de notre état spirituel. Nous avons été élevés d'une telle façon – et nous vivons dans un tel monde – qu'il serait surprenant qu'il en fut autrement. Ne nous désolons donc pas sur cette incapacité à nous sentir éloignés. Le Créateur est le premier à le comprendre et c'est à cette fin qu'Il nous donne la possibilité de faire un geste plus simple dans la bonne direction : jeûner.

Jeûner, signifie ne pas manger, ni boire. Qui ne le sait pas ? Cependant, jeûner pour perdre quelques kilos superflus ou jeûner parce que D-ieu nous le demande sont deux choses incomparables. Dans le premier cas, nous prenons sans doute soin de notre corps, tandis que dans le second, nous élevons l'émouna (la foi). De fait, ne pas manger parce qu'Hachem nous le demande n'est-il pas une superbe preuve de foi en le Maître du monde ?

Lorsque nous montrons à D-ieu que tout espoir n'est pas perdu et que nous avons malgré tout un brin d'émouna en nous, nous redirigeons l'importance et le primordial à la place où ils appartiennent : au Ciel. Conséquemment, nous diminuons la primauté que nous accordons généralement à ce monde et aux valeurs qui appartiennent aux autres peuples. Cette attitude est cruciale car c'est son absence qui explique notre exil actuel.

Si le jeûne est important, c'est qu'il représente une barrière à mettre entre l'aspect matériel de la vie et nous. Le fait que nous devons mettre cette barrière entre nos bons plats et notre estomac – plutôt que dans un autre domaine – n'est pas un hasard : les plaisirs de la table possèdent  une force extraordinaire à nous faire oublier le Divin. C'est sans doute parce que nous l'oublions fréquemment à l'heure des repas que nous devons jeûner pendant un jour entier !

Cependant, ne nous trompons pas à propos de l'aspect essentiel du jeûne : celui de nous rapprocher d'Hachem. Si ne pas manger et ne pas boire est obligatoire, cela ne représente pas l'essence du jeûne. C'est le cœur blessé que nous devons déclarer notre envie de nous rapprocher du Créateur, un jour de jeûne encore plus que les autres jours de l'année. Cette envie de téchouva (de repentir) peut ouvrir les portes du Ciel et nous faire avancer à grands pas en direction de nos racines. Ne pas saisir l'occasion serait regrettable.

Bon jeûne à toutes et à tous !