Quelle était la question ? (1)


Il y a quelques jours, j'ai publié la lettre de madame Patricia Guedj. Ce texte est d'une beauté émouvante par sa sincérité et la réflexion qu'il suscite. Je ne suis certainement pas à un niveau de connaissance et de sagesse suffisant pour y répondre d'une façon adéquate. Pourtant, ce qui suit est ma réponse, avec toutes ses imperfections.

Nos questions : l'essence de notre vie

Certaines personnes sont mal à l'aise face aux questions. D'une part, les enseignants peuvent craindre celles de leurs élèves car elles ont le risque de révéler leur manque de connaissances ; d'autre part, les élèves peuvent les suspecter de révéler les failles dans leur savoir. Dans les deux cas, le sentiment de gêne s'explique par un manque de confiance en soi et de volonté évidente de recherche de la vérité. Ces deux aspects ont le pouvoir de détruire une personne et ils doivent être combattus avec nos plus grandes forces.

Madame Guedj révèle l'essence de la célébration de Pessa'h : nous séparer de ce monde et aspirer au Monde à venir. En d'autres termes : nous séparer le plus possible de l'aspect matériel de notre vie afin de laisser notre âme s'exprimer pleinement. La puissance de ce message est telle qu'elle peut nous permettre de vivre l'année entière à son ombre. Heureuses sont les personnes qui ne l'oublient pas dans leur quotidien ; pour elles, la petitesse du monde présent est évidente et l'intérêt qu'elles lui portent nulle ! Puissions-nous essayer de nous rapprocher de ces individus rares.

Madame Guedj pose deux questions : 1) qu'elle est donc la particularité de la fête de Pessa'h et 2) pour quelle raison restons-nous souvent avec un goût d'inachevé et de ne pas réussir ce que nous devrions. Si madame Guedj a répondu (sans s'en apercevoir ?) en partie à la première question dans son texte, elle ne répond pas à la seconde. Ces deux questions – et les réponses qu'elles impliquent – sont les véritables trésors de l'âme juive. Se les poser et y répondre est une obligation pour chacun d'entre nous.

Se séparer pour mieux appartenir

La sortie de l'Égypte ne doit pas être perçue uniquement comme le privilège de nos ancêtres. Certes, ceux-ci sont bel et bien sortis de ce pays cruel ; cependant, nous aussi devons sortir de notre Égypte. Celle-ci est le monde dans lequel nous risquons de vivre si nous n'y prenons pas garde : le monde de la matérialité, du temporaire, des désirs dits « naturels » et des autres pièges qui nous sont tendus. À la mesure de notre dépendance par rapport à ces aspects de ce monde, nous sommes plus ou moins en exil. Compris de cette façon, nous devons admettre que nous tous en exil : à un degré ou à un autre.

Madame Guedj le dit avec une justesse parfaite : notre monde nous entraîne dans une spirale sans fin du « toujours plus de matérialité », tandis que nos efforts doivent nous aider à nous éloigner le plus possible de cette course vers la mort. C'est pour cela que nous célébrons Pessa'h : nous faisons exploser notre joie de vouloir sortir de ce monde afin de nous diriger vers la lumière spirituelle que représentent nos racines.

Tout notre travail consiste à nous séparer : de l'interdit dans un premier temps, puis du permis dans un second temps. Hashem nous l'a appris dans Sa Tora : nous sommes Ses créatures et nous devons suivre Ses mitswoth (commandements). Ceci consiste à nous séparer de l'interdit et doit être le premier objectif de chacun d'entre nous. Cependant, il s'agit seulement de la première étape de notre rapprochement avec le Divin.

Lors d'un prochain article, j'expliquerai l'importance de nous séparer de ce qui n'est pas interdit. Même si cela peut surprendre, il s'agit là d'un 'Avodath Hachem (Service divin) supérieur au premier et il mérite toute notre attention.

À suivre...

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Michel ben Esther.