Paracha Qora'h - Rabbi Na'hman de Breslev

Paracha Qora'h - Rabbi Na'hman de Breslev

« Le nom d'Aaron, tu l'écriras sur le bâton de Lévi, car il faut un seul bâton par chef de famille paternelle. » (Nombres 17:18)

Nous savons tous qu'après avoir été privé d'une chose spécifique, nous avons tendance à en abuser, dès que nous pouvons y avoir de nouveau accès. Ainsi, la plupart des personnes qui se sont pliées à un régime alimentaire strict pendant une certaine période sont difficilement contrôlables lorsqu'elles décident d'y mettre fin (croyez-moi, je parle en connaissance de cause !). Ne mettez surtout pas un gâteau ou une glace devant ces personnes : elles l'auront terminé avant que vous ayez le temps de vous retourner !

Une certaine mesure

Une personne qui a vécu de longues années loin d'Hachem et qui décide soudainement de s'en rapprocher fait face au même problème. Après avoir été sevrée du bien céleste aussi longtemps, il lui semble pouvoir en recevoir des tonnes. La vérité est autre et si on l'ignore, les conséquences peuvent être dramatiques, qu'à D-ieu ne plaise.

Rabbi Na'hman de Breslev se sert de l'épisode dans lequel toute la communauté d'Israël s'était opposée à Moché Rabbénou pour nous enseigner une leçon cruciale dans notre Service divin. Peu importe la situation dans laquelle nous sommes : dès l'instant où nous nous réveillons et où nous désirons faire le premier pas vers le Divin, le plus important à ne pas oublier est d'être patient et de savoir faire preuve d'une certaine mesure. La gourmandise – dans le domaine spirituel également – n'est jamais bonne conseillère.

Au lendemain de la fin terrible de Qora'h (qui mourut – par décision céleste – en étant englouti par la terre), le peuple juif aurait du apprendre sa leçon. De fait, n'est-ce pas Hachem Lui-même qui a toujours choisi les leaders d'Israël ? Partant, qui sommes-nous pour mettre en question leur autorité ? Au contraire, ne devrions-nous pas faire preuve de la plus grande attention imaginable afin de suivre leurs conseils et leurs recommandations dans tous leurs détails ?

Ne pas connaître ses limites est dangereux et le risque est grand de nous retrouver dans des situations périlleuses si nous désirons enfiler des chaussures qui ne sont pas les nôtres. C'est pour éviter une catastrophe de ce type que D-ieu ordonna à chaque tribu du peuple juif de se munir d'un bâton et de le placer dans la Tente d'assignation. Sur chaque bâton, on devait inscrire le nom d'une tribu. Le lendemain, le peuple avait rendez-vous devant la Tente pour constater qui étaient réellement ses leaders.

« Le lendemain, Moïse entra dans la Tente du Statut et voici qu'avait fleuri le bâton d'Aaron » (id. 17:23). Grâce à ce bâton fleurissant, le Créateur voulait nous enseigner que Sa bonté doit être reçue par un container – une sorte de tuyau spirituel – et selon Son bon désir. C'est pour ne pas avoir tenu compte de cette règle que le peuple entier s'écria : « Sommes-nous tous destinés à périr ? » (id. 17 28).

Certes, Hachem désire que nous nous rapprochions de Lui. En même temps, Il nous prépare le chemin qui nous permet d'avancer continuellement, selon nos propres capacités et sans épuiser d'un seul coup toutes nos forces. Chaque personne possède son « bâton d'Aaron » : si l'un est large, l'autre est étroit. Le plus important est de tenir compte des signes envoyés par le Ciel qui nous permettent de comprendre que nous forçons trop la dose et que nous désirons en fait utiliser bâton qui n'est pas le nôtre.

Notre conjointe est-elle à la peine avec notre nouveau zèle vertueux ? Tenons-en compte et ralentissons la marche ! Nos parents possèdent-ils des standards de kacheroute qui ne sont plus à notre hauteur ? Réfléchissons bien avant de leur annoncer que nous ne pouvons plus manger chez eux ! Quant à nous : sommes-nous vraiment à l'aise avec les nombreux changements que nous avons amenés dans notre vie ? Dans tous ces cas pourquoi ne pas demander conseil à une personne de confiance (le plus souvent, un Rav) ?

Si nous aussi désirons que notre bâton fleurisse – c'est-à-dire que notre démarche spirituelle soit récompensée par le succès – nous devons nous assurer de ne pas faire le plein trop vite. Le conduit spirituel qui nous est proposé du Ciel correspond exactement à ce que nous pouvons endurer, nous ainsi que les personnes de notre entourage. Empruntons-le dans la joie et le bonheur, mais sans vouloir ignorer ses limites. Un bâton mort n'est certainement pas agréable à regarder.

(Traduit et adapté du Liqouté Moharan de Rabbi Na'hman de Breslev, II, 5)