Paracha Béhar - Rabbi Nathan de Breslev

Paracha Béhar - Rabbi Nathan de Breslev

« Si tu fais une vente à ton prochain ou si tu acquiers de sa main quelque chose... » (Vayiqra 25:14)

S'il existe bien des endroits où il est difficile de sentir auprès de nous la Présence divine, il s'agit de ceux où nous achetons ou vendons les biens dont nous avons besoin. De fait, le supermarché, l'épicerie de notre quartier ou la boulangerie de notre village ne sont pas les lieux où nous allons en pensant à D-ieu, pour Le rencontrer ou pour nous en rapprocher.

Pourtant, la terre est remplie de la gloire d'Hachem et peu importe ce que nous faisons et l'endroit où nous nous trouvons, le Créateur est à nos côtés et Il n'attend qu'une chose : que nous faisions appel à Lui, que nous Le prions et que nous tenions compte de Sa volonté. Dans la paracha de cette semaine, Rabbi Nathan de Breslev explique ce concept.

La préférence nationale

Devant les déficits budgétaires auxquels doivent faire face la plupart des pays de la planète, on entend souvent l'argument de « la préférence nationale », à savoir : « Achetez les produits fabriqués dans notre pays ! » En donnant la priorité à nos concitoyens, c'est l'ensemble de notre communauté que nous avantageons. En d'autres termes, plutôt que de faire travailler l'économie d'un pays lointain, nous avons tout intérêt à faire travailler celle du nôtre.

Cela pourra sans doute surprendre beaucoup de lecteurs, mais cette idée trouve son origine dans la Tora. Selon Rachi, l'interprétation exégétique du verset « Si tu fais une vente à ton prochain ou si tu acquiers de sa main quelque chose... » nous apprend que pour vendre ou pour acheter, nous devons donner la préférence aux transactions entre personnes juives. Cette recommandation biblique peut être comprise au premier niveau : le Maître du monde sachant très bien que Son peuple passerait de longues années en exil, il avait un intérêt vital à renforcer ses propres liens économiques et sociaux. Cependant, ceci n'est certainement pas l'essentiel à retenir.

Rabbi Nathan nous rappelle une vérité que nous oublions régulièrement. Chaque fois que nous sommes engagés dans une activité commerciale, nous devons la conduire avec un objectif (inconscient ou pas) principal : celui de relever l'aspect Saint qui la caractérise. Cela se réalise avant tout en pensant à D-ieu au moment où la transaction se déroule. Ceci correspond à ce qui écrit dans le verset (Deutéronome 8:18) : « C'est de l'Éternel, ton D-ieu, que tu dois te souvenir, car c'est Lui qui t'aura donné le moyen d'arriver à cette prospérité... »

Ainsi, une transaction parfaite est celle dans laquelle les personnes concernées se souviennent du Créateur et s'assurent de suivre Sa volonté. Ceci est la raison pour laquelle une transaction parfaite est celle qui a lieu entre deux personnes juives. De fait, il semble difficile de demander à une personne non juive de suivre à la lettre la Volonté divine lorsqu'elle fait ses achats !

Une transaction commerciale qui respecte la volonté d'Hachem (contre le profit indu, le mensonge...) est une façon puissante de Lui rendre hommage à un moment où tant de personnes pensent seulement à obtenir le plus grand profit qu'elles peuvent, même si cela se fait aux dépends de l'autre partie. Considéré sous cet aspect, l'achat (ou la vente) devient un moyen fort de nous rapprocher de D-ieu, précisément à un instant où tant de personnes s'en éloignent !

Évidemment, savoir que le vendeur à qui nous parlons est juif n'est pas une garantie absolue de rapprochement avec le Divin. Faut-il encore que cette personne soit kachère (c'est-à-dire honnête), respectable, qu'elle étudie aussi souvent que possible la Tora, qu'elle cherche réellement à respecter la volonté du Ciel... C'est seulement dans ce cas qu'une transaction commerciale peut atteindre sa plénitude spirituelle.

S'il est impossible de trouver une telle personne et que nous soyons donc forcer à faire du commerce avec une personne non juive, nous devons faire attention à ne pas oublier pour autant D-ieu. De fait, même lors d'une vente entre Yaa'qov et Marcel, le Créateur se trouve présent ! Cette transaction est également l'occasion – pour l'âme juive – de déclarer son envie ardente du Divin, son désir perpétuel de suivre la volonté d'Hachem...

En conclusion, disons que ce type de comportement correspond exactement à ce que veut le Maître du monde : qu'à chaque instant de notre vie nous pensions à Lui, même lors des moments où tout nous incite à L'oublier. Lorsque nous plaçons sincèrement en notre cœur Hachem et que nous Le mettons en avant lors de nos échanges commerciaux avec nos semblables, nous avançons à grands pas vers le but ultime de notre passage ici-bas : le rapprochement avec le Divin.

(Inspiré du Liqouté Halakhoth de Rabbi Nathan de Breslev, Ora'h 'Haïm, Hilkhtoh Beith Haknesseth, 6:24)