Manger la tête dans le ciel


Ceci est surprenant: Hachem nous a crées avec un besoin incontournable, celui de manger. Qu'on y pense : n'aurait-il pas été possible et même préférable de pouvoir éviter les nombreuses heures passées à table ? Cela aurait été autant d'heures gagnées pour mieux servir D-ieu en Le priant, en étudiant la Tora... Pourtant, la réalité est autre et c'est une activité que nous partageons tous : manger, plusieurs fois par jour (et le plus souvent : trop.)

Une raison à chaque chose

Si nous devons manger, c'est que le Créateur l'a souhaité ainsi et pour une seule raison : nous permettre de nous rapprocher de Lui aussi souvent que nous le pouvons. Dans la mesure où nous mangeons plusieurs fois par jour, nous pouvons nous rapprocher du Divin à pas de géant, si nous y prenons gare. À l'opposé, un acte de manger auquel il manque la pensée appropriée s'apparente à un acte dénué de Sainteté ; en d'autres termes, il symbolise une occasion ratée de nous élever spirituellement.

Voici la raison pour laquelle le juif mange kacher : signifier au Maître du monde sa volonté de se séparer du monde animal – qui mange en l'absence de pensée sainte – et saisir les gestes de son quotidien pour déclarer son amour à son égard. Si nous mangeons selon cette perspective, se mettre à table devient grandiose ; de plus, la bonté sans fin d'Hachem nous permet de conserver à cet acte un grand plaisir. Il est intéressant d'en prendre conscience lorsqu'un si grand nombre d'en nous pensons que nos obligations de juifs ne sont pas toujours marquées par la joie.

En entrant dans l'épicerie de notre quartier et en ne choisissant que des aliments kachers, nous marquons de la sorte notre privilège : c'est dotés d'intelligence que nous avons été créés et nous sommes bien décidés à nous en servir. Si la personne non juive possède ses raisons de préférer une boîte de petits pois plutôt qu'une autre (le goût, le coût...), nous possédons la nôtre : tendre la main vers la boîte (kachère) pour nous rapprocher du Ciel. Pour de bon, faire les courses n'est pas anodin au sein du peuple juif !

Nous ne possédons pas toujours les qualités nécessaires pour marquer d'un signe durable notre génération. Cependant, entre le rayon des boîtes de conserves et celui des produits surgelés de notre supermarché préféré, nous pouvons envoyer un signe fort en direction des sphères célestes : nous existons en ce monde en tant qu'être humain, c'est-à-dire en tant que « machine à penser. » En envoyant la main pour nous saisir d'un aliment (vision superficielle), nous saisissons la perche de notre survie spirituelle (vision profonde).

Notre aventure existentielle ne se termine pas là ! De fait, il existe un niveau encore plus élevé que celui qui consiste à choisir le bon aliment. Se servant de ce niveau comme d'un escabeau obligatoire pour poursuivre notre élévation, nos Sages nous ont ordonné de prononcer une courte bénédiction avant de consommer chaque aliment. La raison est que le Service divin qui nécessite la parole est plus élevé que celui qui se contente du geste (Sanhédrin 99b).

En prononçant la bénédiction adéquate à chaque occasion, nous disons à Hachem que nous séparer du monde animal ne nous suffit pas. Certes, il est bon de savoir que nous ne mangeons pas à l'image d'un bovin ; cependant, il est encore plus gratifiant de savoir que notre façon de manger peut nous élever plus haut que les anges. Dans la mesure où servir D-ieu par la parole est la forme la plus élevée qu'il existe, nous l'atteignons en prononçant les mots des bénédictions avant (et après) avoir consommé un aliment. Les anges n'ont pas ce privilège : ils ne mangent pas !

Hachem ne nous demande pas l'impossible. Les aliments kachers délicieux existent par légion et les repas gastronomiques ne sont pas réservés aux âmes non juives. Ainsi, nous pouvons nous réserver des moments inoubliables autour de notre table : succulents et spirituels en même temps. Pour les individus septiques, je propose de consulter la rubrique « La cuisine juive » de La Pause-Café ; ils pourront constater que notre cuisine est remplie de trésors. Je profite d'ailleurs de cette occasion pour remercier madame Mylène Younes Attal (responsable de cette rubrique) qui nous permet de vivre autant de moments exquis.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Benhamou ben Linda.