Le retraité spirituel


David est heureux : il est retraité.

Tous les mois, il rend visite à l'agence de sa banque afin d'y retirer le montant de sa retraite. Ce n'est pas que le montant soit mirobolant, mais l'un dans l'autre cela lui suffit pour joindre les bouts. La retraite de David ne promet rien d'extraordinaire; de nos jours, il faut tellement d'argent pour faire si peu de choses ! Cependant, David tient fermement à son statut de retraité; rien au monde ne l'en fera changer.

De fait, un ancien ami de David est venu lui rendre visite il y a quelques jours. Cet ami avait une proposition alléchante à faire à son ancien compagnon de travail : un poste crée pour David et qui tenait compte de ses compétences spécifiques. Cet emploi avait un autre avantage : son salaire élevé. L'ami était certain que David allait accepter. Après tout, David est encore au mieux de sa forme et s'il le désire, le nombre de projets qu'il pourrait mettre en chantier est important.

Ainsi, l'ami fut surpris du refus de David. Celui-ci lui en a expliqué la raison : il se contente de sa maigre retraite et attend que le temps passe.

Dans le domaine spirituel, nous sommes tous des David.

D-ieu nous accorde la durée qu'Il désire pour nous laisser sur le marché du travail; cela s'appelle la durée de vie.

Pendant notre vie, nous avons tous la possibilité d'être des travailleurs performants. D-ieu n'a que faire de notre âge et du fait que notre santé physique décline le plus souvent en vieillissant. Aussi longtemps que nous le désirons, nous ne risquons pas le licenciement.

Pourtant, il nous arrive de nous considérer comme des retraités. L'ambition spirituelle nous manque et nous nous contentons du minimum. Quel dommage !

D-ieu attend notre volonté de Le servir de toutes nos forces, de tout notre désir. Si nous Lui faisons comprendre que notre “service minimum” est la seule chose que nous pouvons Lui accorder, en retour, Il nous accordera Son service minimum.

Cela ressemble à un père qui perd (a perdu ?) espoir sur la possibilité de voir son fils arrêter se comporter d'une façon désastreuse. Le père aime toujours autant son fils, mais il attend de moins en moins de sa part et – ne le voyant pas faire les efforts qu'il faut pour s'améliorer – lui offre de moins en moins son assistance lorsque le fils en aurait pourtant bien besoin.

Ce qui peut nous arriver de pire est de voir D-ieu s'éloigner de nous. Nous avons besoin de la Présence divine autant que nous avons besoin de l'air pour vivre. Si D-ieu se retire de notre vie – même que d'une façon provisoire – nous perdons automatiquement notre véritable vitalité, celle qui nous sépare des animaux.

Si nous désirons élever un tant soit peu nos désirs d'être humain, nous devons commencer par nous comporter comme tel. Le spirituel est d'ordre humain, pas animal, ni végétal. Si nous plaçons notre vie en dehors de cette sphère, nous nous rapprochons de l'état animal.

Ne soyons pas des retraités spirituels. Demandons à D-ieu de nous aider à L'aimer, de nous rapprocher de Lui.