Tolérance : une définition (2)

La tolérance : une définition (2)

Lors d'un article précédent, nous avons défini que le comportement de chaque personne peut être qualifié de : 1) tolérant, 2) neutre ou 3) intolérant. Nous avons également dit que conserver seulement les catégories de tolérant et d'intolérant est simpliste et donc déficient. Pour en expliquer les raisons, nous nous servirons d'un des exemples cités dans l'article précédent, à savoir :

“Une personne de couleur noire est embauchée dans une entreprise et le personnel de cette entreprise n'affiche aucune animosité envers ce nouvel employé.”

Imaginons qu'un des employés de cette entreprise affiche son opposition à cette embauche, en proclamant qu'il ne peut pas travailler avec une personne de couleur noire. Dans ce cas, il est bien évident que cet individu est intolérant. La raison en est que la présence de la personne noire ne représentait aucun changement dans sa façon de faire et d'organiser son travail. Refuser de travailler avec une personne à cause de la couleur de sa peau est définitivement une preuve d'intolérance.

D'autre part, si l'employé collabore sans difficultés avec la personne noire, doit-on l'appeler “tolérant” ? Quel effort cela représente-t-il réellement pour lui ? L'aspect crucial de la question réside ici : la tolérance est mesurée selon nos efforts à accepter un changement quelconque dans notre vie.

Ainsi, accepter un employé de couleur noire n'est pas une preuve de tolérance. Cela prouve que nous ne sommes pas intolérants. Cependant, dans la mesure où n'avons rien à changer à notre façon de faire, nous n'avons pas encore prouvé que nous soyons tolérants.

Une demande spécifique

Cela est différent si nous sommes dans une situation dans laquelle nous devons apporter un changement à notre façon habituelle de fonctionner. Par exemple : une personne allergique à la viande demande à ses collègues de travail s'ils peuvent ne plus amener des sandwichs à la viande pour leur lunch car leur odeur l'indispose.

Nous sommes ici en présence d'un changement à apporter suite à une demande spécifique. Si nous accédons à la demande, nous faisons définitivement preuve de tolérance. Il est tout aussi important de dire que si nous refusons, nous ne faisons pas preuve d'intolérance. La raison en est que nous avons une raison pour refuser : notre désir de manger de la viande pour notre lunch !

Pour résumer l'ensemble des situations possibles, nous pouvons dresser le tableau suivant :

Changement Pas de changement
Refuse Neutre Intolérant
Accepte Tolérant Neutre

De la sorte, nous pouvons conclure qu'il existe une seule situation dans laquelle nous pouvons faire preuve de tolérance : celle où nous acceptons de modifier quelque chose dans notre vie pour une tierce personne. En même temps, il existe une seule situation dans laquelle nous faisons preuve d'intolérance : celle où nous refusons une tierce personne – ou son comportement – sans que cela ait à modifier quelque chose dans notre vie.

Cependant, dans les autres cas – c'est-à-dire lorsque nous refusons de changer quelque chose dans notre vie pour une tierce personne ou lorsque nous acceptons une tierce personne ou son comportement sans que cela ait à modifier quelque chose dans notre vie – nous ne faisons preuve ni de tolérance (pour quelle raison aurions-nous dû refuser ?), ni d'intolérance (après tout, nous ne sommes pas obligés d'accepter toutes les demandes qui nous demande certains efforts.)

Dans un prochain article, nous essayerons d'appliquer cette règle au débat actuel qui se tient en France à propos de l'identité nationale.

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