Paracha Metsora : la parole sous surveillance


Dédiée à la réfoua chéléma de Shlomo Naftali ben Guila

Le thème essentiel de la paracha de la semaine dernière: le lépreux (metsorah), personne affectée par la lèpre (tsaraat), continue à être traité dans notre paracha de cette semaine.

En résumé, une personne qui voyait une tache blanchâtre apparaître sur sa peau devait la montrer au prêtre (kohen). Après un processus de vérification, le kohen pouvait constater s’il s’agissait ou pas de la tsaraat. Le metsorah devait alors s’isoler à l’extérieur du camp avec une écharpe recouvrant sa bouche et devait crier « impur, impur » aux personnes qu’il croisait afin qu’elles ne soient pas rendues elles-mêmes impures en s’approchant trop près de lui.

En vérité, traduire la tsaraat par lèpre est une erreur. En voici quelques preuves.

Premièrement, lorsqu’un individu était infecté, le kohen faisait sortir de sa maison tous les vêtements et ustensiles et ensuite le déclarait impur (tamé) afin que les vêtements et ustensiles ne deviennent pas eux-mêmes impurs car s’ils étaient restés à l’intérieur de la maison durant la déclaration ils le seraient devenus. Deuxièmement, pendant les trois fêtes de Pessa’h, Chavouot et Souccot, le kohen évitait de venir vérifier la tache afin de ne pas avoir à le déclarer impur lors d’un moment de joie.

Mais s’il était lépreux, comment retarder son isolement ? Et pourquoi les vêtements et les ustensiles évacués de la maison restaient-ils purs alors qu’ils avaient été de fait en contact avec le metsorah ?

Réponse : le lépreux ne devenait impur que lorsque le kohen le déclarait oralement, pas avant.

Telle était la première leçon du metsorah : le pouvoir de la parole. La tsaraat n’était pas une maladie normale mais essentiellement le résultat d’une faute concernant la parole: la médisance (lachone ara), il devait comprendre à quel point on pouvait détruire avec des mots et à quel point il aurait du se taire. C’est la raison pour laquelle il portait une écharpe devant la bouche durant son isolement.

Le ‘Hafets ‘Haïm enseigne que D-ieu déteste le lachone ara. En effet lorsqu’on dit du mal sur quelqu’un, il est accusé devant D-ieu avec les propres mots de notre lachone ara. D’où l’expression al tifta’h pé (le satan) n’ouvre pas la bouche de l’accusateur. Et D-ieu est obligé d’écouter cette accusation et de punir celui sur qui on a dit du mal. Le Créateur connait bien évidemment toutes les actions de l’homme mais Il préfère lui donner une chance et attendre qu’il se repente. Néanmoins il ne peut plus faire semblant de ne pas voir lorsqu’on Le confronte avec les fautes d’autrui et Il devient, si l’on peut dire, obligé de punir le fauteur. C’est la raison pour laquelle D-ieu déteste le lachone ara.

Cette faute est tellement importante que le deuxième temple a été détruit à cause d’elle et qu’il n’est toujours pas reconstruit aussi à cause d’elle. Et pour bien la cerner il faut savoir qu’elle consiste à dire LA VERITE sur quelqu’un, sinon il est bien évident que l’accusateur ne pourrait accuser devant D-ieu sur la base de mensonges.

En d’autres termes nous ne sommes pas en exil à cause du mensonge mais à cause de LA VERITE. Et non seulement l’exil collectif mais aussi l’exil individuel de chacun. L’exil personnel, c'est-à-dire l’éloignement de D-ieu, est du à la vérité d’un lachone ara qui nous donne de « bonnes raisons » de ne pas changer : tu es tellement loin, tu as tellement fauté, les autres vont se moquer de toi etc. De vrais arguments…

La vérité du lachone ara est basée sur l’aspect extérieur de la réalité. On ne juge l’autre que sur ce qu’il fait et pas sur ce qu’il est. La plupart d’entre nous avons déjà triché et menti en nous donnant de bonnes raisons. Est-ce pour autant qu’on puisse nous définir comme des tricheurs et des menteurs ? Ce qui est vrai pour moi est aussi vrai pour les autres. Et sans justifier le mal fait par autrui, on se doit de rechercher des circonstances atténuantes comme le disent nos sages : tu jugeras ton prochain favorablement. Et si on n’en est pas capable parce que ses fautes nous semblent trop importantes alors retenons-nous de juger, de médire et de haïr, comme l’ont aussi dit nos sages : ne juges personne tant que tu n’es pas capable de te mettre à sa place.

Rabbi Na’hman enseigne: « L’homme d’Israël doit toujours regarder et s’attacher personnellement à l’intelligence et à la sagesse de chaque chose afin d’être éclairé par l’intelligence contenue dans cette chose et s’approcher de Dieu grâce à elle. Car l’intelligence est une grande lumière qui éclaire l’homme dans tous ses chemins ainsi qu’il est écrit :la sagesse de l’homme éclairera sonvisage » (Liqouté Moharan 1, premier tome ). En d’autres termes la vie n’a pas de véritable sens lorsqu’on s’arrête à l’aspect extérieur de la réalité (le corps), ce sens n’apparait que lorsqu’on recherche la raison d’être divine (l’âme) de chaque chose.

Le lachone ara provient d’une analyse superficielle de la réalité, c’est la raison pour laquelle le metsorah est touché sur la partie superficielle de son être : la peau. Et parce qu’il n’a pas su rechercher l’intériorité positive propre à autrui, il se voit repoussé à l’extérieur du camp en attendant qu’il médite et se repente.

Une fois une personne se présenta devant Rabbi Na’hman en se plaignant de ne pas avoir d’enthousiasme pour étudier la Torah. Rabénou lui répondit :

Il y a 600 000 âmes essentielles dans le peuple d’Israël et il y a 600 000 lettres dans la Torah. Lorsqu’une lettre du séfer Torah est mal écrite, c’est tout le séfer Torah qui est disqualifié. De la même manière, lorsqu’on dit du mal sur un juif, c’est tout le peuple juif qu’on disqualifie (cette personne devait comprendre par là qu’elle ne pouvait pas avoir envie d’étudier si elle disait du lachone ara).

Arrêtons une fois pour toute de dire du mal sur les autres, même si c’est la vérité, surtout lorsque c’est la vérité. Et si une personne nous dit du mal d’autrui répondons-lui que nous n’acceptons pas le lachone ara. Ainsi l’accusateur pourra accuser tant qu’il voudra, D-ieu lui répondra avec nos propres mots qu’Il n’accepte pas Lui non plus le lachone ara.

Liqouté 'Etsoth : Hit'hazqouth - Se renforcer

La grandeur essentielle de D-ieu est constituée par le fait que les juifs extrêmement éloignés se rapprochent de Lui et commencent à Le servir. Grâce à cela le nom de D-ieu est élevé et valorisé en haut et en bas. Par conséquent il n’y a pas de raison de se décourager de s’approcher de D-ieu, même si l’on faute énormément et que nos péchés soient innombrables. Au contraire, c’est précisément grâce aux juifs éloignés que la gloire divine est la plus élevée, encensée et grandie. Et il faut aussi savoir que le rapprochement vers Hashem a essentiellement lieu grâce aux tsadiqim de la génération.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Michaël ben Rivqa.