La Pâques juive : la fête du Savoir saint

Les personnes qui n'ont pas vu les familles juives à l'œuvre quelques jours ou semaines avant la fête de Pessa'h (la Pâques juive) ne possèdent aucune idée du concept de “véritable ménage.” L'ironie est que les juifs – pendant ces journées où l'aspirateur et le balai semblent ne pas devoir quitter leurs mains – ne cherchent pas à rendre leur maison moins poussiéreuse. De fait, les grains de poussière sont le dernier des soucis des juifs ! Ce qu'ils cherchent est bien plus grave : les miettes de pain.

La chasse est ouverte !

Cette recherche frénétique s'apparente à une véritable chasse ouverte au levain. Chaque morceau de pâte – qu'il s'agisse de pain, de gâteau ou autres friandises – qui se trouve dans le domaine d'une famille juive possède une espérance de vie extrêmement courte à l'approche des jours de Pâques. La raison est simple : une seule miette trouvée dans un plat cuisiné rend celui-ci impropre à la consommation. Une seule particule de pain dans un plat de bœuf bourguignon préparé pour un car entier de touristes rend les dizaines de kilos de viande bons pour la poubelle ! Dans ce cas, qui a dit que les miettes de pain sont inoffensives ?

Le fait est que le levain ne s'annule pas face au reste des aliments auquel il est confronté. Cela est un des cas uniques des lois de kachroute qui – le plus souvent – reconnaît le concept d'annulation (dans le ratio de 1/60 ou de la majorité, selon les cas). Ainsi, la question se pose : que possède de si extraordinaire le levain pour ne pas s'annuler ?

La réponse est donnée à la lecture de la kabbale : le levain représente l'imperfection du véritable Savoir, celui qui concerne le Divin. S'il n'y a rien de mal à apprendre un savoir spécifique dans le cadre d'une formation professionnelle, le principal savoir qui s'oppose au Divin – la philosophie – est celui dont il faut s'éloigner le plus. Contrairement aux idées fausses répandues par les auteurs et partisans de ce mouvement intellectuel, les philosophes ne cherchent pas la vérité, mais à détruire le Divin.

Leurs idées s'instillent en nous – à l'image du levain – en faisant pénétrer dans nos têtes des idées qui semblent anodines et des questions qui possèdent l'apparence du savoir. Au fil du temps, ces questions commencent à nous déranger, à prendre de plus en plus de place en nous et, finalement, à être des obstacles à notre rapprochement avec D-ieu. C'est pour cela que le savoir imparfait est comparé au levain.

Un tel savoir ne peut aller de pair avec le Savoir divin. De la même façon qu'il est impossible de faire tenir ensemble un peu d'eau avec un peu de feu, il est illusoire de croire qu'un peu d'hérésie peut aller avec une notion spirituelle de la vie. La moindre trace de philosophie antireligieuse commencera un jour ou l'autre à s'attaquer à nos envies de spirituel.

De fait, l'aspect principal de notre relation avec D-ieu est celui qui se tient en notre cœur. En cette place, la présence de mauvaises pensées, de désirs malsains… sont autant d'obstacles à franchir. Or, tous viennent d'une imperfection du Savoir. Cette imperfection atteint notre cœur et l'empêche de se réchauffer à l'idée de D-ieu.

Cette imperfection est tellement pernicieuse qu'il faut la combattre avec toute notre énergie… jusqu'à s'en débarrasser complètement. Cela s'apparent à un véritable rejet de ces idées et de tout ce qui y ressemble. Lorsqu'on désire se débarrasser de quelque chose, on le brûle. C'est pour cela que nous brûlons le levain – le faux savoir, l'imperfection – la veille de la Pâques.

(Adapté du Liqouté Halakhoth de Rabbi Nathan de Breslev, Halakha Pessa'h, Halakha 1)