Paracha Tetsavé : des vêtements pour nous réparer


Cette section de la Tora est consacrée aux vêtements du Cohen gadol, le grand prêtre. J’en profite donc pour vous donner quelques idées sur le concept de vêtement.

C’est pas tes oignons

Ma mère a récemment acheté des oignons. De drôles de légumes : en les coupant par la tranche, on y voit toute une série de couches concentriques, celle supérieure entourant celle qui lui est immédiatement en dessous. Et ainsi de suite...

Si on part de la base de l’oignon, son coeur en quelque sorte, on peut dire que chaque élément concentrique sert de vêtement au précédent.

Oignons et Création

De la même façon, la Tradition enseigne que le Créateur créa le monde en dissimulant progressivement Sa lumière. Elle était si intense qu’aucune créature n’aurait pu la recevoir et exister. Il fallait donc diminuer l’intensité de la lumière pour qu’elle soit supportable par les créatures. Un peu comme l’indispensable paire de lunettes sous un soleil de plomb, en plein été...

Par rapport à notre oignon, plus on s’éloigne de la base (source de la lumière), plus la lumière est cachée et plus difficilement perceptible. En périphérie, les voiles sont plus abondants, et donc plus obscurs.

Vers le sens du vêtement

Ainsi la fonction première du vêtement est de cacher, dissimuler. Dans le jardin d’Eden, Adam et ‘Hava firent les premiers l’expérience du vêtement. C’était après la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.Dans un premier temps, « alé téénah », des feuilles de figuier, puis par la suite, Hachem leur fit des « cotenoth ‘or », des tuniques de peau.

Lumière ou Peau ?

Rabbi Méir disait que dans son séfer, il était écrit peau, ‘or, avec un aleph et non un ‘aïn. Dans ce cas, « cotenoth ‘or » des tuniques de peau, devient alors « cotenoth or », des vêtements de lumière. Cet enseignement important nous révèle que la lumière or est cachée, enfouie sous la peau, ‘or.

Autrement dit, l’unité aleph contenue dans le mot or, lumière, se retrouve dissimulée sous la lettre ’aïn, lettre de la multiplicité, lettre du mot ‘or, la peau. On passe du 1 aleph au 70 ’aïn. Un peu comme si la lumière unique était cachée sous ... 70 vêtements !

Des vêtements pour se réparer !

Après la chute, Adam et ‘Hava se couvrent, comme s’ils voulaient réparer ce qu’ils venaient de perdre : leurs vêtements de lumière. Ainsi, on voit apparaître la notion de réparation, Tiqoun en hébreu. Clin d’oeil : l’expression « ’alé téénah » feuille de figuier, a la même valeur numérique que « hatiqoun » la réparation.

Les vêtements du Cohen Gadol

Bien plus tard, les vêtements du Cohen gadol serviront aussi à réparer certains manquements comme indiqué :

1) ’hochen mishpat le pectoral du jugement : perversion de la justice,

2) l’éphod sorte de tablier : idolâtrie,

3) le mé’il sorte de robe : atteinte au niveau du langage,

4) kétonet la tunique : meurtre,

5) mitsnéfet le turban : orgueil,

6) avnét la ceinture : pensées étrangères,

7) mikhnasaïm le pantalon : immoralité,

8) tsits plaque frontale : insolence.

Garde tes yeux : garde ton âme !!!

À propos de la pudeur, toute la force d’'Amaleq notre ennemi juré est centré sur le regard. Car les lettres de ‘Amaleq forment les mots maleq-’aïn, rompre (maleq) l’oeil ('aïn). Les vêtements s’offrent les premiers au regard d’autrui. Toucher à la pureté du regard, c’est attenter à l’âme elle-même, et lui faire perdre de sa vitalité.

La grande récompense

À l’inverse, notre Tradition nous enseigne que celui qui préserve ses yeux d’une vision inconvenante est appelé Juste, Tsadiq, et une partie de son âme est introduite au gan Eden !

Voir la lumière dans l’obscurité : la pureté du regard

Ainsi, voir la lumière au sein des ténèbres, dépend de la sanctification de notre regard.

Car bien souvent, de notre regard, dépendent nos pensées et de nos pensées... tout dépend ! Car celui qui corrige ses pensées transforme tout en positif, et remporte la victoire contre ‘Amaleq.

L’Histoire : un immense vêtement

Sur un autre registre, Hachem habille sa main dans les événements qui nous adviennent. Ce qui fait penser à la méguilath Esther, dans laquelle n’apparaît pas le Nom divin. Et pourtant... L’histoire miraculeuse du sauvetage de nos ancêtres des mains du perfide Haman est clairement guidée depuis le Ciel ! Ainsi, on peut se permettre de dire que toute la méguilath Esther est un vêtement tout entier tissé pour abriter, tel un écrin somptueux, le Nom d’Hachem

Clin d’oeil : Esther l’héroïne principale de l’histoire peut se lire Aleph- Siter : le Aleph est caché. Et nous avons vu plus haut que le Aleph était relié à la lumière...

D-ieu est là, près de toi 

L’exil nous force à soulever le voile des événements et d’apprendre, à travers les prétendus aléas de l’Histoire, tant collective que personnelle, qu’une main dirige le monde entier.

Le mot de la fin : Ne t’arrête pas à l’apparence, vois au-delà !


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Julien ben Patricia.