La douleur dans le monde et nous



Il serait bon d'avoir un appareil de mesure qui nous ferait connaître le degré de notre rapprochement – ou de notre éloignement, selon le cas – par rapport à D-ieu. Avec un tel instrument, nous en aurions fini avec les fausses prétendues, les vaines espérances. Chaque personne saurait où elle se trouve, qu'elle est sa place exacte et partant, saurait qui elle est vraiment. En fait, c'est sans doute pour cette raison que cet appareil de mesure n'a pas encore été inventé : il serait trop déprimant de voir notre réelle image en face de nous !

Même si une connaissance parfaite de notre niveau reste de l'illusoire, il existe plusieurs critères que nous pouvons utiliser afin d'avoir une idée plus ou moins précise de notre situation personnelle. Un de ces critères est notre façon de nous sentir concernés par la souffrance des autres.

Se sentir concerné

Bien sûr, nous ne parlons pas de notre réaction attristée en apprenant qu'un tremblement de terre à l'autre bout du monde a tués plusieurs milliers de personnes, que D-ieu nous préserve. Le plus souvent, nous n'avons pas encore fini de prononcer notre phrase que nous pensons déjà au prochain verre de vin que nous dégusterons.

Plutôt, nous parlons de sentir au fond de nous-mêmes la véritable douleur vécue par une tierce personne. Une petite histoire nous permet de mieux comprendre ce dont il est question :

Une femme dans sa cuisine entend un enfant crier dans la cage d'escaliers de son immeuble. Celle-ci sort de sa cuisine afin de voir ce qui se passe. Elle constate – du haut de son cinquième étage – qu'un enfant est tombé au rez-de-chaussée. Elle crie à l'enfant de se taire, les bruits la dérangeant. Quelques secondes plus tard, elle entend un homme l'appeler pour lui dire qu'en fin de compte, l'enfant qu'elle avait à peine vu… était le sien ! De suite, la mère se met à crier et à descendre à toute vitesse les escaliers.

On l'aura compris : la douleur de la mère a été touchée au vif lorsqu'elle a appris que l'enfant était le sien. Tandis qu'il s'agissait de l'enfant d'une autre personne…

Afin de connaître la distance qui nous sépare du Créateur, il faut se demander pour quelles personnes sommes-nous prêts à crier et pleurer réellement. Untel sentira en son for intérieur la douleur de ses enfants, ainsi que celle de sa femme. Une autre se sentira vraiment touchée par la souffrance de son voisin. Une troisième éprouvera de la douleur lorsque sa ville entière souffre. Enfin, une autre prendra sur elle-même la douleur du monde entier.

Faisons le point et réfléchissons sur notre sentiment de fraternité envers nos contemporains à deux pattes. Il y a de fortes chances que nous en tirions une leçon d'humilité.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Nathaniel ben Carole.