Paracha Michpatim : de l'idée à la naissance

Toscane, le blé en gerbes

« Quand un feu jaillit et trouve des épines et dévore une meule de blé ou la moisson ou le champ d’autrui l’auteur de l’incendie sera tenu de payer.» (Exode 22:5)

Pour dynamiser une entreprise par exemple, il faut partir d’une idée. Et avec cette idée se développe un projet qui finit avec succès par se concrétiser dans la réalité.

Quand les idées font penser à une grossesse

Cette expansion de l’idée initiale fait penser à une grossesse. La jeune femme enceinte porte en quelque sorte un projet commun, qui se développe dans un premier temps à l’abri des regards et puis, neuf mois plus tard, bébé vient au monde. Auparavant, durant les mois de grossesse, le futur enfant était en gestation, à l’état d’ébauche. Puis petit à petit, mois après mois, l’embryon se construit et finit par atteindre de par sa taille et sa maturation un état où il devient impératif de poursuivre le processus ... à l’extérieur ! C’est la naissance.

Début des soucis pour papa et maman et découverte du monde pour notre jeune bambin ... qui grandit, grandit, grandit, en taille, force, et maturité , tant bien qu’il finit lui aussi par créer un projet commun, et ainsi de suite, ...

Enfanter des idées

Avec les idées, c’est la même chose. Tout démarre d’un « eurêka ! » Une petite étincelle traverse notre esprit et se retrouve retenue par notre intellect. Ceci est comparable au gamète mâle qui vient trouver l’ovule pour le féconder.

Du point de vue de la terminologie classique, l’étincelle se nomme ‘hokhma ( sagesse - masculin) et l’intellect qui la retient se nomme bina ( intelligence - féminin). À partir de là, il faut effectuer un travail de maturation et d’embellissement (tiféret) de l’idée : y apporter des éléments nouveaux, la comparer à d’autres travaux, y déceler les implications. C’est la grossesse de l’idée : elle prend du poids ! Mais elle n’est encore que dans la tête de celui qui l’a conçu, potentiellement, mais pas encore en acte. Grossesse de l’idée, mais pas encore naissance.

Enfin la naissance !

Car avec la naissance s’ouvre une nouvelle perspective : celle de concrétiser l’idée. Et c’est là qu’intervient la relation à autrui. Ne pas jouer « perso », mais au contraire partager des idées. Les idées pour vivre et s’épanouir, ont besoin d’échanges, de communication. Sans dialogue, sans parole, l’idée ne fait pas... long feu !

Enfin, quand l’idée, par des échanges incessants, grandit, grandit, grandit, elle devient un concept, comme un arbre géant aux multiples bras (malkhouth), qui régnerait sur une forêt d’idées plus petites. C’est alors qu’elle devient mature pour rencontrer une autre idée qui lui ressemble, et , par leurs étincelles mises en commun, redonner... de nouvelles idées !

Il était une fois un champ de blé

Tout ce qui a été dit plus haut est inscrit allusivement dans le verset précité. Épines, Meule de blé, Moisson, Champ, ces 4 éléments représentent les étapes de développement de l’idée. Pour comprendre ceci, il faut se représenter une seule lettre : la lettre Youd י ») Son nom, Youd , s’épelle : Youd Vav Daleth. Elle ressemble à un petit point, avec une sorte de pointe à l’extrémité. La Tradition la perçoit comme le symbole de la Sagesse, et aussi comme la petite goutte à l’origine du futur enfant.

Quand les idées prennent forme

Voilà donc le commentaire : une pointe en hébreu se dit Kotz, et c’est le même terme que la Tora emploie ici pour parler d’épine. Il représente l’étincelle de l’idée. La meule de blé est ronde, comme la lettre youd qui a la forme d’un point. Les épis en gerbe de la moisson se disent Kama, car ils sont dressés, comme la forme de la lettre vav, qui ressemble à un épi debout. Enfin, le champ représente une surface, tout comme la lettre daleth qui forme un angle droit. Ainsi, on assiste dans ce verset au déploiement de la lettre youd : d’abord pointe, puis point circulaire, puis ligne, puis surface.

L’aspect « biologique » des idées

Côté bio, la pointe représente le début de la fécondation, la meule de blé, c’est la grossesse, où la maman a le ventre bien rond, ... comme une meule de blé. Les épis quand le petit est déjà né et qu’il se tient debout, enfin le champ, quand il est près à fonder un foyer et à s’étendre en « surface », en fondant une famille.

Le parcours d’une idée

Côté idée, la pointe, c’est l’étincelle, le fameux « eurêka », tandis que la meule représente la grossesse de l’idée, encore en potentielle. Les épis sont reliés à une idée qui commence à se concrétiser dans la vie réelle: elle tient la route.

Enfin, le champ correspond à un développement dans l’espace de l’idée : elle devient concept et de plus, est productrice d’idées neuves à venir, comme le champ produit des céréales variées.

Les idées ne meurent jamais !

Quand un feu jaillit : c’est l’énergie de la pensée, ce « quelque chose » qui est à l’origine de l’idée elle-même.

L’auteur de l’incendie : celui qui a fait se développer cette idée.

Devra payer : en hébreu chalem yéchalem. Ce qui signifie littéralement « compléter il complétera », car tant bien même que l’idée se serait étendue, il lui faudra revenir, et encore revenir sur cette idée, pour la rendre plus belle et plus vraie.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Alexandra bath Sara.