Paracha Bo : une réflexion sur l'éducation

seder plate

''Tu le raconteras à ton fils et à ton petit fils...'' (Exode, 10:2)

Qui n’a pas été intrigué, depuis son enfance, par ce rite étrange et fascinant ? Des ingrédients spéciaux, un plateau qu’on couvre et qu’on découvre, qu’on retire de la table puis qu’on ramène ?

Un morceau de matsa caché puis dévoilé et consommé en fin de repas... Beaucoup d’interrogations...

L’homme : une drôle de question !

L’éducation dans la Tora commence par le questionnement :

''Ma zé ?'' (''Qu’est-ce que c’est ?'') Nos Sages nous disent que les lettres du mot, Adam, l’homme, ont la même valeur numérique (45), que le mot Ma, (quoi ?). Clin d’oeil pour nous dire que l’homme est avant tout une question. Question très difficile, tellement difficile que de nombreuses lunes sont déjà passées et qu’il y en a encore qui y réfléchissent...

Se questionner pour se construire

Mais l’homme-question se construit lui-même par les interrogations qu’il ose se poser sur le monde environnant et sur lui-même, son monde intérieur, si riche et pourtant si méconnu.

La Tora agit comme miroir du questionnement, tout en donnant un semblant de réponse, qui renvoie et réfléchit une autre question, et encore une autre, à l’infini.

À l’image d’un rayon lumineux qui irait frapper un prisme et qui se réfléchirait, à l’infini.

Il n’existerait alors qu’une seule question, un peu comme la lumière qui contient bien des nuances colorées, les fameuses 7 couleurs de l’arc en ciel.

Une seule question, mais des centaines de nuances...

Et l’éducation dans tout ça ?

En manière d’éducation, il n’existe pas - hélas - de recette miracle. La Tora nous dit simplement d’éduquer l’enfant selon sa voie. La sienne, pas la nôtre. Pas ce que nous imaginons être le meilleur pour lui. Je connais des personnes qui se sont pleinement épanouies dans le domaine de la Tora. La Yéchiva les a aidés à structurer leurs pensées, leur a appris à partager aussi.

Elle leur a permis, pour ceux qui l’ont quittée ensuite, d’affronter la vie en mettant le maximum de chance de leur côté.

Qui va piano va sano

Par contre, d’autres personnes ont eu moins de chance.

Elles n’ont pas supporté le rythme effréné, la force de l’étude quotidienne. Elles auraient pu s’en sortir, si elles avaient eu un enseignement plus adapté, plus sensible à leurs vrais besoins. Car la Tora est le remède de l’âme, mais comme tout remède, il faut faire attention aux quantités. Il y en a qui supportent avec joie, mishnayoth sur mishnayoth, daf sur daf de guémara !

Mais il y en a d’autres qui n’ont pas la même sim’ha et les mêmes capacités dans l’étude.

Gare à la saturation !

Le danger est donc que ces néchamoth finissent par tout rejeter. Comme le dit Chlomo hamélech : « Si tu as trouvé du miel, consomme-en modérément, de peur que ton coeur ne finisse par le rejeter.»

Car quel drame si d’un côté, on assiste à une jeunesse en perdition, à la recherche de repères que la société ambiante est bien incapable de leur transmettre et si de l’autre, des âmes plus fragiles prennent le prétexte de la Yéchiva pour tout rejeter par la suite ! Dans les deux cas, quel héritage leurs enfants de la génération suivante recevront-ils ?

Une marge de manœuvre bien étroite

Il est donc clair qu’il est impossible de brader totalement un enfant et en même temps impossible de le laisser gâcher sa vie dans un laxisme absolu. Dans cette génération proche de la venue du Machia’h, tous les Sages de la génération étant formels, il devient urgent de sensibiliser les parents sur l’importance des valeurs de la Tora, seule garante de la survie d’Israël en golah.

Oui pour l’étude de la Tora !

La Tora, oui ! Mais pas dans l’angoisse !

La Tora, oui ! Mais pas dans la peur !

Réussir à transmettre à ses enfants l’enthousiasme et la sim’ha de la Tora, c’est avoir remporté la moitié de la victoire !

Aux parents qui n’ont pas eu la chance de recevoir une transmission, je leur dit : il n’est pas trop tard !

Chaque juif, chaque juive, a une part dans la Tora.

Et même si le dialogue parent-enfant a été jonché d’incompréhensions et de rancune, il n’est jamais trop tard, pour une fois de plus, recommencer. Commencer une nouvelle fois.

Autour d’une question. Et petit à petit, parvenir à injecter l'émouna et le retour à la Tora.

Tout effort n’est jamais perdu !

Sachez qu’aucun effort n’est vraiment vain.

De toutes nos tentatives, il reste toujours quelque chose. Un petit point lumineux qui brille, et qu’il ne tient qu’à nous de raviver. À ceux qui sont loin de la Tora, je leur dis : rappelez vous de votre Créateur !

Et à ceux qui sont penchés sur leur guémara, du matin au soir, je leur dit : n’oubliez pas vos frères et soeurs dans les ténèbres, qui n’ont pas eu cette chance de se connecter à l’héritage si riche du Sinaï !

Chmouel Darmon

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Alexandre ben Elisa.