Paracha Béchala'h - Rabbi Nathan de Breslev

Crossing the Red Sea

Le véritable secret

Les secrets de la Tora sont appelés en hébreu : Kabala. La traduction de ce mot est « transmission », en effet les secrets de la Tora se transmettent de génération en génération par l’intermédiaire de nos sages.

La nature de cette transmission est d’être voilée, ainsi les premiers maîtres du sod (secret) se transmettaient leurs enseignements sous forme d’histoires et de paraboles que seuls les initiés étaient à même de comprendre. Par la suite Rabbi Chimon bar Yo’hai reçut de Dieu la permission de mettre par écrit ces secrets, ce qui constitua un dévoilement majeur pour notre peuple, germe avant-gardiste de la Tora de Guéoula (délivrance finale). Néanmoins ce dévoilement fut relatif car le Zohar de Rabbi Chimon demeura hermétique pour le commun des mortels. Là encore seuls les initiés y trouvaient leur compte.

Néanmoins ce voilement n’était pas sans signification. Dans la mesure où un enseignement de Tora n’a de sens que s’il peut être vécu et dans la mesure où le temps de la délivrance n’était pas encore arrivé, le sod ne pouvait pas encore apparaître au grand jour. Cela aurait suscité une trop grande accusation sur le peuple juif, en outre si les secrets étaient tombés sous la main d’individus aux mauvaises intentions ; ils auraient pu nous nuire encore plus qu’ils ne l’ont fait sans connaître en profondeur ces secrets.

Il y a environ 500 ans le Ari hakadosh reçut à nouveau une permission divine et ses écrits expliquant le Zohar constituent encore de nos jours les textes de base des mékoubalim, ceux qui étudient la Kabala. Néanmoins là encore l’enseignement demeura extrêmement voilé. Jusqu’à l’apparition du Ba’al Shem Tov, père fondateur de la ‘Hassidout dont la prétention fut d’enseigner en termes très simples les plus grands secrets afin qu’ils puissent être étudiés et vécus par le commun des mortels. Ce dévoilement se produisit car la Guéoula commençait à poindre à l’horizon.

Depuis, la Tora de la délivrance n’a cessé de se répandre et de fleurir, à l’image de la terre d’Israël qui refleurit sous nos yeux, végétalement et humainement. Certes il demeure encore une réticence de certains de nos sages en face de ce dévoilement, réticence parfois justifiée par certains débordements, mais le train de la Guéoula est en marche et même eux le reconnaissent honnêtement. Et en vérité ils constituent justement cette contre force nécessaire à la réussite du projet divin parce qu’ils veillent à maîtriser les débordements. Ainsi aujourd’hui la Kabala est dévoilée au grand jour.

Mais revenons sur le sens du mot Kabala, hormis la « transmission » il signifie aussi la « réception ». Le verbe lékabel veut dire « recevoir ». Quel est donc le lien qui unit la notion de secret à celle de recevoir ?

Dans l’enseignement 172 du Liqouté Moharan de Rabbi Na’hman de Breslev, il est enseigné : « Tous les manques de l’être humain proviennent de l’être humain lui-même. Car, de Son côté, D-ieu envoie continuellement une lumière d’abondance et de bénédictions. Cependant à cause de ses mauvaise actions, l’être humain projette une ombre sur lui, qui l’empêche de recevoir la lumière divine ».

Avec ces quelques lignes, Rabbi Na’hman détruit une fausse vision, résultante de l’exil, de notre relation avec le Créateur. Certains pensent que D-ieu est penché sur leur cas et en fonction de leurs bonnes ou mauvaises actions, Il décide de donner ou de ne pas donner. Il en résulte une certaine amertume lorsqu’ils manquent de ce dont ils ont besoin. Et il faut bien avouer qu’il est difficile d’aimer un tel D-ieu, même si l’on reconnaît que Sa décision de ne pas donner est certainement justifiée. Difficile de l’aimer car on L’imagine comme un roi éloigné de nos préoccupations.

Cette idée est complètement fausse car de Son côté, Dieu ne cesse de nous envoyer abondances et bénédictions, et Rabbi Na’hman explique par ailleurs qu’Il souffre lorsque nous souffrons. Imaginons alors Sa souffrance lorsqu’Il devine à l’intérieur de nous ce sentiment d’injustice qui nous fait penser qu’Il ne nous aime pas vraiment alors qu’en vérité nous sommes pour Lui ce qu’Il a de plus cher. Preuve en est qu’Il n’a pas cessé de nous donner et encore donner. Seulement c’est nous qui n’avons pas su recevoir. Et cette erreur a eu lieu depuis la faute originelle. Adam partit du jardin d’Eden, sûr que Di-eu ne l’aimait plus. Pourtant les sages enseignent que s’il avait simplement demandé à rester, D-ieu aurait accepté. Pourquoi ? Par amour tout simplement.

Nous comprenons alors que l’aspect le plus tragique de la faute est de nous séparer du Créateur à un point où on n’arrive plus à croire à Son amour. Et quand on n’y croit plus, on ne Lui laisse pas la possibilité de l’exprimer tel qu’il est. On le voile dans des lois de la nature qui ne nous réussissent pas toujours, même si à la fin du compte tout se transformera pour le bien. En attendant il est tellement dommage d’avoir autant souffert, aussi bien nous que Lui.

C’est la raison pour laquelle les secrets de la Tora sont appelés Qabala qui signifie recevoir. Parce que la délivrance finale consiste à apprendre à recevoir, à ne plus L’empêcher de donner et à Lui permettre enfin d’exprimer dans les faits Son amour infini et gratuit. Ainsi on comprend mieux pourquoi les sages enseignent que la délivrance finale se réalisera grâce à l’amour gratuit.

Cette perception de l’amour divin infini fut ressentie de manière quasi extatique par le peuple d’Israël lorsqu’il traversa la mer, perception commentée par nos sages qui disent que même la plus simple des servantes a vu plus que le prophète Yé’hezkel lors de la traversée.

Alors à nous de faire vivre cet amour en aimant gratuitement, soi-même, les autres, la Tora, notre terre et surtout D-ieu. Ainsi on arrivera à ressentir qu’Il nous pardonne toujours, qu’Il donne toujours et on pourra enfin recevoir la réalisation de toutes les promesses qu’Il nous a faites. Cela ne dépend que de nous et c’est le véritable secret.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Ya'aqov ben Audrey.