Se convertir au judaïsme ? (1)


Le sujet d'une conversion au judaïsme n'est pas toujours facile à aborder et rempli de pièges et d'écueils.

Si je déconseille le plus souvent aux aspirants de se convertir, on me reproche d'être dédaigneux et hautain. D'autre part, si j'essaie de conseiller ceux et celles qui ont déjà entrepris un processus de conversion, on me fait remarquer les nombreuses difficultés et embuches afin d'y parvenir, l'attitude qui semble trop stricte des autorités rabbiniques, la longueur excessive de la conversion (plusieurs années) ... En d'autres termes, peu importe si je déconseille ou si j'essaie d'accompagner, la satisfaction de l'éventuel converti est rarement de paire avec mon action.

D-ieu, moi et les rabbins

Le premier aspect que je désire aborder à propos de ce sujet (d'autres suivront, avec l'aide de D-ieu) est celui de l'attitude que je conseille à adopter face aux rabbins qu'un converti potentiel doit rencontrer. D'après mon expérience, la situation peut être comparée à un couple à trois dans lequel – évidemment – un élément est de trop ; en l'occurrence, cet élément est le rabbin.

Voici le mode habituel de penser d'une personne qui désire se convertir : « Maintenant que j'ai pris ma décision de me convertir au judaïsme, il me suffit de recevoir mon certificat de conversion d'un rabbin afin de pouvoir réellement me définir comme juif.» Considéré sous cet aspect, le rabbin est perçu comme un office notarial dont l'utilité est uniquement de délivrer un formulaire. Toute entrave que cet office peut dresser semble être un obstacle entre le converti potentiel et D-ieu.

Il n'est pas difficile de comprendre que ce mode de pensée ne peut guère faire naître un sentiment de joie et de satisfaction pendant la durée du processus de conversion. À chaque question ou remarque posée par le rabbin, on s'étonnera de son intérêt à propos de ce sujet, de son intransigeance apparente, de sa liste infini d'exigences... Les couples à trois ne sont pas les meilleurs au monde dans lesquels il fait bon vivre.

Une telle attitude est vouée à un sentiment de frustration pour deux raisons, qui sont autant d'erreurs de la part du converti potentiel : 1) au seuil d'établir une relation forte entre le Créateur et lui, l'individu en question pense d'abord à lui, avant de penser à Hachem. Cela n'est certes pas la meilleure preuve d'amour à envoyer à D-ieu ; 2) en donnant le mauvais rôle au rabbin, la personne fait preuve d'une méconnaissance totale de la Volonté divine : n'est-ce pas le D-ieu qui a demandé au rabbin de tenir ce rôle ?

La première erreur est celle de l'orgueil. Vouloir se convertir, c'est dire à Hachem : « Je Te veux, je Te désire ! Je suis prêt à faire un grand pas en Ta direction ; dis-moi simplement ce que je dois faire pour entreprendre ma marche vers le Divin.» Certes, cette déclaration est belle et émouvante ; cependant, si celui qui la prononce déclare ensuite : « D-ieu, laisse-moi définir les limites de l'intervention du rabbin ; autorise-moi à lui dire ce qu'il est en droit de me demander et ce que je peux refuser de lui dire», les limites de son amour pour le Maître du monde apparaissent rapidement.

Désirer avancer vers Hachem exige un minimum d'effacement de soi (en hébreu : bitoul ). Si l'éventuel converti se pose en législateur de ce qui est permis face au rabbin et de ce qui ne l'est pas, il a renversé les rôles que chaque individu est censé tenir dans cette relation. Logiquement, rien de positif ne pourra sortir de cette relation obligatoire.

Il est important de réaliser que lorsqu'on s'adresse à un rabbin dans le but d'une conversion, on s'adresse à un professionnel et un expert dans ce domaine. La moindre des politesses serait alors de se placer dans la peau d'une personne qui cherche à apprendre, à comprendre et à poser les questions qui lui permettra de suivre la bonne direction. Imaginerait-on un élève en première année de lycée donner la leçon à son professeur ?

Ensuite, il faut prendre conscience que c'est le Créateur Lui-même qui teste le converti potentiel sur son émouna (foi) en lui demandant de s'adresser à un rabbin. N'est-ce pas la Tora qui investit nos Sages de leur pouvoir ? N'est-ce pas le Maître du monde qui nous demande de leur faire confiance, de les écouter et de faire de notre mieux pour suivre leurs conseils ? N'est-ce pas Lui qui défini les paramètres de ce qui doit être demandé, exigé, conseillé... ?

Si à l'instant où une personne qui n'est pas juive attire sur elle l'Attention divine afin de le devenir et qu'en même temps, elle rejette d'un revers de main l'autorité que D-ieu accorde aux rabbins, elle n'a sans doute pas compris ce que le Créateur désire réellement d'elle. Plutôt que de considérer le rabbin comme un empêcheur de tourner en rond, il est certainement plus intelligent de le percevoir comme l'expression en ce monde de la Providence divine.

En conclusion, il me suffit de dire que vouloir se convertir au judaïsme revient à vouloir remplir le désir du Maître du monde. Afin que le processus de conversion de déroule dans les meilleures conditions, il est indispensable de revêtir ses vêtements d'humilité et d'élève, plutôt que ceux du donneur de leçon.

Dans un prochain article, j'aborderai le sujet de l'obligation de vivre au sein d'une communauté juive afin de se convertir.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Nathan ben Miriam.