S'arracher du matériel


Notre attachement au matériel est une question de degrés et de variations. Entre les deux extrêmes, le nombre de différences est illimité. D'un côté, la personne qui est entièrement soumise au matériel est celle qui ne parvient pas à prendre le recul nécessaire dans les situations habituelles de la vie qui concernent – le plus souvent – la nourriture, l'achat de vêtements, son choix de voiture… Nous éviterons de parler d'autres domaines par respect de nos lecteurs, mais nous savons tous et toutes ce qu'un homme peut penser à la vue d'un corps de femme habillé légèrement.

Les personnes qui sont dépendantes de leurs désirs et passions sont les véritables esclaves de leurs corps. Ces personnes peuvent paraître honorables de l'extérieur, mais elles sont des animaux à deux pattes. Placées devant une assiette, une vitrine ou une femme, elles ne parviennent que difficilement à se contrôler, lorsqu'elles y arrivent.

À l'autre extrême, se trouvent les personnes qui ne dérivent aucun – strictement aucun – plaisir physiques de ce monde. La vue d'une portion de gâteau garni de chantilly (ou d'un splendide plateau de fromages) ne les atteint pas, un peu à la façon d'un américain moyen mis devant un morceau de Roquefort. Lorsqu'elles doivent acheter des vêtements, ces personnes agissent d'une façon bizarre : elles achètent un vêtement fonctionnel, sans se soucier de la marque, de la mode et d'autres considérations de ce type.

Mises en contact avec des personnes du sexe opposé, ces hommes exceptionnels ne pensent qu'à une seule chose : dire ce qui doit être dit, sans plus. Peu importe la taille, forme ou les habits que porte la femme à qui ils s'adressent, parler à un morceau de viande leur ferait le même effet.

Entre les deux...

La plupart d'entre nous nous trouvons entre ces deux extrêmes. Il n'y a pas de quoi s'étonner. En fin de compte, nous essayons du mieux que nous pouvons de ne pas être des animaux, mais nous ne sommes pas pour autant des saints. Loin de là !

Il faut cependant relever qu'un certain nombre de personnes pensent qu'aussi longtemps qu'elles n'agissent pas comme des animaux, il n'y a rien de mal à aimer tel plat de viande à un autre de poisson, telle forme de pantalon à une autre, les plats sucrés plutôt que les salés… Cela est inexact et il est important de le dire.

Si nous ne sommes pas des anges, il serait regrettable de ne pas vouloir pointer vers cette direction. Ainsi, idéalement, nous ne devrions retirer aucun plaisir physique de ce monde. À l'heure du repas, peu importe ce qu'on nous sert : un plat salé ou sucré, du bœuf ou du poisson… tout cela devrait avoir sur nous le même effet. Nous devrions en profiter pour remercier le Maître du monde de nous offrir de quoi manger et apprécier notre privilège de pouvoir nous remplir la panse lorsqu'elle celle-ci est vide.

L'achat des vêtements est un défi à relever. Achetons-nous un vêtement parce que nous avons vraiment besoin ? Certes, la vingtième paire de chaussures ne ressemblera à aucune que nous possédons déjà. Pourtant, ne pourrirons-nous pas nous en passer ?

Il existe une expérience riche d'enseignement à mener d'une façon régulière. Prenons deux situations très différentes : selon la première, nous imaginerons que nos toilettes se sont bouchées et qu'il nous faille rendre visite à un plombier pour lui demander de venir nous dépanner. Dans la seconde situation, nous devons aller faire les vitrines afin d'acheter une tenue d'été. Dans les deux cas, notre disposition d'esprit est-elle la même ? Pour quelle raison devrions-nous éprouver plus de plaisir à aller acheter des vêtements que d'aller chercher un plombier.

Pour finir, un peu de courage. Même si notre plaisir est plus grand en enfilant notre plus récent costume, nous ne devons pas oublier qu'il nous faut relativiser – un peu plus chaque jour – ce plaisir pour l'amener idéalement à ce qu'il doit être : inexistant. Tout un défi !