Paracha Vayé'hi - Rabbi Nathan de Breslev


« Ya'aqov vécut dans le pays d'Égypte dix-sept ans... » (Genèse 47:28)

Nos Sages ont expliqué dans le Midrach et dans le Zohar que les dix-spet années que Ya'aqov vécut en Égypte furent les jours les plus importants de sa vie. Également, il est dit que c'est durant ces années que le Patriarche éprouva la plus grande joie ainsi que le plaisir le plus intense de son existence en ce monde.

On peut être surpris par cet enseignement. De fait, comment peut-on expliquer que les années précédentes – pendant lesquelles Ya'aqov vivait en Terre d'Israël (Eretz Israël) – ne furent pas celles de son plus grand bonheur ici-bas ? Ne semblerait-il pas évident que c'est en vivant sur la terre qu'Hachem nous a donnée que le Patriarche aurait du ressentir la plus grande sérénité d'esprit ?

Notre surprise peut être encore plus grande lorsqu'on réalise que l'Égypte représente une terre où l'esprit d'impureté spirituelle règne d'une façon généralisée et que les dix-spet années du séjour de Ya'aqov représentent également le début de l'exil d'Eretz Israël du peuple juif. Ainsi, c'est spécifiquement dans le pays où la terrible amertume de l'exil se fit sentir que le Patriarche éprouva la plus grande sérénité ?! Cependant, tout cela correspond au concept de : « ils auront retrouvé allégresse et joie ; adieu peines et soupirs. » (Isaïe 35:10)

Notre véritable nature : un cœur brisé

De fait, nous devons savoir que l'aspect essentiel de la véritable joie se trouve uniquement en Hachem ; c'est en Lui qu'il est possible de trouver notre véritable vitalité. C'est pour cette raison que lorsque nous nous sentons accablés par la douleur et le besoin de nous lamenter, nous devons réagir le plus vite possible et trouver en nous la force d'être joyeux, réellement.

L'essentiel consiste à changer la véritable nature des événements qui remplissent notre vie et de percevoir comme joyeux, ce que nous aurions de bonnes raisons de considérer comme triste et douloureux. Cette approche cognitive de la vie doit nous guider durant toute notre vie.

L'aspect le plus important du Service divin de nos Patriarches a consisté en cela : inverser leur sentiment de douleur et de chagrin en une véritable joie afin de révéler et de prendre conscience de l'existence de la Présence divine en ce monde. Lorsqu'on parvient à réaliser cet exploit, on connaît alors la véritable joie et notre vitalité en est redoublée.

La difficulté qui réside en cette attitude volontaire – qui consiste à toujours inverser la douleur en joie – est symbolisée par l'exil que subit depuis bientôt deux mille années le Peuple juif. C'est sans aucun doute parce que notre âme se trouve extrêmement éloignée de sa racine céleste que nous éprouvons autant de difficultés à nous sentir réellement joyeux. En réalité, nous pouvons affirmer que l'aspect essentiel de notre exil est notre tristesse.

Si à cause de nos nombreuses fautes, nous sommes toujours des exilés en ce monde, nous devons à plus forte raison prendre exemple sur la forces des Justes qui, à l'image de nos Patriarches, parviennent à trouver la joie chaque instant de leur vie.

En l'absence d'un sentiment de joie, nous ne pouvons pas décerner le bien du mal. Également, nous ne pouvons pas lutter d'une façon efficace contre la douleur, la peine et les autres difficultés de notre vie.
Ainsi, pour le Patriarche Ya'aqov, deux possibilités s'offraient à lui. D'une part, il pouvait se désespérer d'avoir quitté Eretz Israël, de devoir aller vivre sur une terre réputée pour sa grande impureté spirituelle, d'être le témoin vivant du début du très long exil du Peuple juif... D'autre part, il pouvait inverser la nature négative de ces sentiments est réaliser que c'était principalement en Égypte – avec l'aide de son fils Yossef – qu'il allait pouvoir continuer à respecter les commandements que D-ieu lui avait donnés et atteindre la fin de sa vie en toute quiétude.

C'est ainsi que les années pendant lesquelles Ya'aqov a résidé en Égypte ont été les plus heureuses de sa vie. Il revient à chacun d'entre nous d'en tirer les leçons qui lui correspond et de toujours inverser le sentiment de tristesse en joie.

(Traduit et adapté du Liqouté Halakhoth de Rabbi Nathan de Breslev, Ora'h 'HaïmHilkhoth HodaaHalakha 6:51)