Paracha Vayichla'h - Rabbi Nathan de Breslev


“J'ai séjourné chez Laban et prolongé mon séjour jusqu'à présent. J'ai acquis bœufs et ânes, menu bétail, esclaves mâles et femelles ; je l'envoie annoncer à mon seigneur, pour obtenir faveur à ses yeux.” (Béréchith 32 :5-6)

Pour quelle raison Ya’aqov envoya-t-il des messagers vers ‘Essav afin de lui faire part de la richesse qu’il avait acquise ? Si Ya’aqov désirait faire la paix avec ‘Essav, cela n’était certainement pas la chose la plus intelligente à faire ! Celui-ci deviendrait jaloux de son frère et cette nouvelle éveillerait de plus belle son hostilité envers Ya’aqov.

Dans ce monde, chaque personne désire acquérir plus d’argent. Non seulement nous adorons l’argent, mais nous aimons également les personnes qui en possèdent énormément. Ceci correspond au verset (Proverbes 14 :20) : “Même pour son intime le pauvre est un objet d'antipathie ; mais nombreux sont les amis du riche.”

La source spirituelle qui permet d’expliquer cet amour pour les riches est que l’âme de ces derniers provient d’un endroit céleste extrêmement élevé. De fait, il s’agit du même endroit d’où provient l’argent.

La Sainteté de l’argent

En effet, l’argent est une chose doté d’une grande Sainteté. Celle-ci prend l’aspect d’argent seulement lorsque sa lumière spirituelle touche ce monde. C'est la raison profonde pour laquelle nous désirons posséder de l’argent : notre âme sait qu'il provient d’un endroit élevé qui est identique à celui de l’origine de notre âme.

Cependant, nous ne devons pas désirer l’argent pour lui-même ; plutôt, nous devons aimer l’endroit élevé de son origine. C’est pour cela qu’il est écrit dans la Guémara ‘Érouvin : “Rabbi (Yéhouda HaNassi ) respectait les personnes riches.” De fait, Rabbi Yéhouda HaNassi respectait l’endroit spirituel élevé d’où provenait l’argent de ces personnes riches.

Dans la mesure où chaque personne juive est extrêmement sainte – et que chaque juif provient du même endroit élevé que celui de l’argent – il semblerait évident que chaque juif soit riche. Pourtant, cela n’est pas le cas. Quelle en est la raison ?

Ce qui empêche la richesse d’atteindre une personne juive est la colère. Lorsqu’il a été décidé au Ciel qu’une personne doit recevoir une certaine quantité d’argent, les forces du mal incitent celle-ci à se mettre en colère… ce qui lui fait perdre l’argent qu’elle devait recevoir. La raison en est que la colère et la richesse possèdent la même source spirituelle : guévoura (sévérité).

Lorsque nous sommes censés recevoir de l’argent – qui correspond à la guévoura spirituelle – nous sommes liés au canal spirituel de réception de cette guévoura. Cependant, la guévoura possède de nombreuses facettes ; une de ces facettes – dans le monde physique et matériel dans lequel nous vivons – est de prendre la forme de l’argent, de la colère ou d’autres nombreuses formes.

Lorsque nous nous mettons en colère, nous recevons cet attribut du canal spirituel de la guévoura. De la sorte, le canal se trouve dans l’impossibilité d’envoyer en même temps la richesse que nous devions recevoir. (…)

Nous pouvons maintenant mieux comprendre la raison pour laquelle Ya’aqov désirait montrer sa richesse à ‘Essav. Ce dernier était l’archétype de la colère. ‘Essav était un meurtrier, trait de caractère qui se nourrit du sentiment de colère qu’un individu éprouve envers un autre. Ya’aqov a prévenu ‘Essav de sa grande richesse afin de lui faire comprendre qu’il maitrisait à la perfection son attitude de colère. Dit autrement, la grande richesse de Ya’aqov était la preuve qu’il se maitrisait parfaitement.

Ainsi, Ya’aqov désirait dire à ‘Essav : “Je n’ai plus peur de toi, l’archétype de la colère. Ma grand richesse est l’équivalent d’un mur qui me protège de toi qui essaie de porter atteinte à mon âme.” De fait, la richesse est comparée à un mur, tel qu’il est écrit (Proverbes 18 :11) : “La fortune est une place forte pour le riche, un rempart tutélaire, à ce qu'il s'imagine.” C’est également la raison pour laquelle Ya’aqov avait tenté d’accumuler une grande richesse de Sainteté pendant son séjour chez Lavan.

(Traduit et adapté du Liqouté Halakhoth de Rabbi Nathan de Breslev, Hilkhoth Si’herouth Po’alim 4 :7)