Paracha Vayétsé - Rabbi Nathan de Breslev


Ya'aqov embrassa Ra'hel et il l'éleva la voix en pleurant.” (Béréchith 29:11)

S'il est bien un épisode difficile à comprendre dans la Tora, il s'agit de la rencontre entre Yaa'qov et Ra'hel. De fait, lorsque le Tsadiq vit celle qui deviendrait quelques temps plus tard sa femme, il ne s'embarrassa d'aucune manière et… “embrassa Ra'hel.” Voilà un geste pour le moins surprenant lorsqu'on connaît la retenue habituelle des Sages de la Tora !

Ce passage de la Tora révèle ses secrets si nous comprenons la signification réelle de la rencontre entre Ya'aqov et Ra'hel et les enjeux véritables qui prirent place à ce moment.

Des symboles vivants

Même si les personnages bibliques ont bel et bien existé, ils représentent également des symboles et leur vie fut chargée de signes – envoyés du Ciel – qui sont autant d'enseignements précieux à propos de la Volonté divine. Ainsi, s'il ne fait aucun doute que Ya'aqov épousa Ra'hel et qu'il devint le père originel du peuple juif, sa rencontre avec sa future femme est également celle de deux symboles important du judaïsme.

D'un côté, Ya'aqov représente le Tsadiq, c'est-à-dire l'homme de vérité et de Tora. Ya'aqov est le Tsadiq qui étudie la Tora pour satisfaire la Volonté du Créateur et uniquement pour cela. Ainsi, son étude est pure et parfaite. C'est la nature de cette étude qui rend le Tsadiq la source de toutes les richesses – spirituelles et matérielles – que nous recevons dans le monde. C'est pour cela que Ya'aqov représente la Richesse sainte, celle qui est envoyée directement par Hachem, et qui est destinée à enrichir les individus qui le méritent.

En face de Ya'aqov, se trouve son oncle : Lavan. Ce qu'est Ya'aqov en Sainteté, Lavan l'est dans les forces du mal et de la mort. Selon le principe bien connu que pour toute chose en Sainteté existe son équivalent de “l'autre côté” (c'est-à-dire du côté des forces du mal), Ya'aqov se tient dans la Sainteté, tandis que Lavan se trouve de “l'autre côté,” du côté des forces du mal.

Dans la mesure où Ya'aqov représente l'étude pure de la Tora et la Richesse sainte, Lavan représente l'étude malfaisante et la richesse à fuir. Cette étude, c'est celle qui est faite pour un objectif précis : gagner plus d'argent, obtenir un plus grand respect de son entourage, être appelé “Rav”, nuire à l'intégrité des Sages d'Israël… On comprend les disputes potentielles entre ces deux mondes : entre le monde de la Sainteté et celui des forces de la mort.

C'est pour cette raison que Ya'aqov a voulut s'enfuir de chez Lavan en lui soutirant la plus grande de richesse. Évidemment, Ya'aqov n'avait que faire de l'aspect matériel de cette richesse. Plutôt, son objectif était de ruiner Lavan, c'est-à-dire d'ôter à son oncle toutes les forces du mal qu'il possédait. Ainsi, l'enrichissement de Ya'aqov doit être compris comme un ajout de Sainteté dans le monde, tandis que l'appauvrissement de Lavan représente l'affaiblissement des forces du mal.

Entre les deux se trouve Ra'hel. Celle-ci est le symbole du récipient spirituel qui permet de recevoir en ce monde la richesse pour laquelle le Tsadiq travaille si durement. Dit autrement, une personne peut avoir soif et avoir à une quantité importante d’eau qui tombe sur elle. Cependant, si elle ne possède pas de verre pour le remplir d’eau et étancher sa soif, toute l’eau ira à perte. Dans le domaine spirituel, la femme représente le récipient qui permet de recevoir – et contenir – les bénédictions du Ciel.

Lorsque le Tsadiq étudie la Tora et qu’il éclaircit les points obscurs de la halakha, il élève la Tora de ce monde vers les sphères supérieures célestes. Cela équivaut à une embrassade entre le monde inférieur et le monde supérieur. Cette embrassade est celle de Ya’aqov et de Ra’hel. Grâce à elle, les bénédictions célestes peuvent nous atteindre.

(Traduit et adapté du Liqouté Halakhoth de Rabbi Nathan de Breslev, Hilkhoth Réchith Haguez, 5:3)