Le goût de l'interdit


La Guemara Nedarim 91b raconte une histoire que Marivaux aurait appréciée :

Un adulteur se trouve en compagnie de sa maîtresse. Le mari de cette dernière rentre chez lui d'une façon inattendue. N'ayant pas le temps de s'échapper, l'adulteur se cache derrière un rideau du salon.

Dans cette pièce, se trouvaient quelques feuilles de cresson sur lesquelles un serpent avait laissé son venin pendant que le mari était à l'extérieur. Le mari désirait manger ce cresson à l'insu de sa femme. Avant que le mari commette l'irrémédiable, l'adulteur le prévient : “Ne mangez pas les feuilles de cresson car un serpent les a goûtées avant vous !”

Le plaisir interdit

Une fois remis de ses émotions, le mari se trouve maintenant devant un dilemme : la présence de l'homme dans sa maison le porte à croire que sa femme l'a trompé. Cependant, le fait que celui-ci lui a sauvé la vie semble indiquer qu'il n'a rien commis de mal. Après tout, s'il avait réellement commis un adultère, il aurait sans doute préféré voir le mari mourir et garder sa femme pour lui ! Rava offre une réponse : le fait que l'étranger ait sauvé la vie du mari signifie effectivement qu'il n'a pas commis d'adultère; autrement, il aurait bel et bien laissé mourir le mari.

La Guemara s'exclame : “Cela est évident !” Et de donner une explication riche d'enseignement : Rava a pris la peine de nous informer de l'innocence présumée de l'étranger car autrement, il aurait été naturel de croire que d'avoir sauvé la vie du mari ne signifiait pas qu'il n'avait pas commis l'adultère. De fait, on aurait dit qu'il a sauvé la vie du mari pour que sa maîtresse continue à lui être interdit et donc... plus attrayante !

Cette Guemara nous rappelle un principe important dans le Service divin. Ce qui est interdit devient plus séduisant que ce qui est permis. Le mauvais penchant fait miroiter sous nos yeux une chose interdite et il ne désespère jamais de nous attirer à enfreindre cette interdiction. Conséquemment, ce que nous désirons faire – si nous écoutons notre mauvais penchant – nous semble attrayant par sa nature interdite plutôt que par sa nature intrinsèque.

Il est important de nous souvenir de cela lorsque nous sommes tentés d'agir d'une façon que le Créateur désapprouve. Nous pouvons penser qu'avec un nombre inférieur d'interdictions, nous serions plus à notre aise dans notre service divin : après tout, nous aurions une liberté de mouvement plus grande !

Cette logique ignore la nature du mauvais penchant. Ce dernier a été créé afin de nous tester dans notre foi et notre amour de D-ieu. Peu importe le nombre d'interdictions, le mauvais penchant essayera toujours de nous éloigner du Créateur. À l'opposé, D-ieu nous a donné un nombre importants de mitswoth (commandements) pour nous donner des occasions multiples de Lui montrer notre amour.

Lorsque nous nous sentons attirés par quelque chose d'interdit, ce n'est pas le goût de la liberté qui nous attire, ni la nature spécifique de ce que nous voulons faire. Plutôt, c'est le goût de l'interdit. C'est à cet instant précis que la foi est importante. C'est l'instant où D-ieu nous juge.

Puissions-nous mériter de réussir nos tests et nous rapprocher du Maître du monde.