Selon la Tora, les morts votent !


Une des notions importantes à connaître est que « D-ieu a fait correspondre l'un à l'autre » (Ecclésiaste 7:14). Ceci nous apprend que chaque idée qui existe du côté de la Sainteté existe également du côté des forces de la mort et de l'impureté. Ainsi, s'il n'est pas bien vu de compter ses sous de trop près (avarice, du côté des forces de la mort), il est certainement recommandé d'utiliser avec sagesse chaque euro que nous possédons car – en fin de compte – il nous a été donné par le Créateur (gérer son budget avec intelligence, du côté de la Sainteté).

On peut citer également l'exemple de l'effronterie qui est un trait de caractère abominable et qu'il faut fuir à grandes enjambées. D'autre part, il existe aussi le culot saint : celui qui nous permet de nous adresser directement au Créateur lors de nos prières. Qu'on y pense : ouvrir notre bouche pour formuler nos demandes au Maître du monde ! Cependant, il existe des concepts du côté de l'impureté qu'il semble difficile d'imaginer du côté de la Sainteté. Un de ces concepts est celui du vote des morts, si chers à nos politiciens.

Dans la Tora, les morts votent aussi !

La Guémara (Sanhédrin 43a) nous enseigne que le verdict d'un condamné à mort (du temps où le Temple se dressait à Jérusalem) pouvait être révisé dans certains cas. Un de ces cas est celui où un des disciples des juges – présents lors des délibérations – pensait avoir trouvé une raison valable pour faire acquitter le condamné dont le verdict venait d'être prononcé. Lorsque cela se produisait, ce disciple se joignait aux juges du tribunal et exposait ses arguments avant qu'un nouveau vote fut organisé.

La Guémara pose la question : que faire si ce disciple meurt subitement après avoir exposé ses raisons, mais avant d'avoir pu voter ? Selon Rabbi Yosé Bar 'Hanina, malgré son décès, le vote du disciple était comptabilisé – en faveur du présumé coupable – lors du vote subséquent que devaient organiser les juges. En d'autres termes, la Tora aussi fait voter les morts !

Cela doit être une source d'humilité pour nos politiciens : en faisant voter les personnes disparues depuis longtemps, ils n'ont rien inventé. Cela se passait déjà dans la Royaume d’Israël, il y a plus de 2 000 années ! Cependant, l'honnêteté nous force à relever une différence fondamentale entre ces deux comportements et qui explique la raison pour laquelle le comportement des politiciens est à classer du côté de l'impureté, tandis que celui du tribunal rabbinique doit être rangé de celui de la Sainteté.

Lorsqu'un politicien fait voter les morts, cela est pour le servir : son avidité du pouvoir lui fait perdre toute forme d'éthique et il n'hésite à se servir des âmes défuntes pour assouvir sa soif de victoire. Ainsi, son intention est mauvaise et s'opère aux dépends de la justice et du bien public. La situation est totalement opposée en ce qui concerne les cours de justice du droit biblique.

Dans ce cas, c'est bel et bien l'intérêt commun qui motive ce vote : celui de ne pas condamner à tort un membre de la communauté d’Israël. C'est pour la communauté que les juges n'hésitent pas à revenir sur leur propre décision, au risque de paraître indécis. La vie d'un individu est trop chère pour ne pas prendre toutes les mesures afin de la sauver. Ceci est un aspect fondamental de la Justice divine : la vie doit prévaloir aussi longtemps que possible. L'injustice est trop grave – surtout lorsqu'il est question de la vie d'une personne – pour ne pas prendre en considération le moindre doute. Tout ceci nous permet de mesurer la distance qui existe entre la justice biblique et le monde dans lequel évoluent nos hommes et femmes politiques.

C'est sans doute pour nous protéger de ce personnel peut recommandable qu'il est écrit (Avoth 3:3) : « Prenez garde au pouvoir car rien ne le rapproche de l'homme hormis son intérêt ; il apparaît amical tant qu'il en profite, mais n'accorde aucun soutien à l'homme au moment de sa détresse.» Nous ferions bien de ne pas oublier cet enseignement.