Paracha Béréchith : le sel de la vie

 

« L’Éternel-Dieu donna un ordre à l’homme, en disant: "Tous les arbres du jardin, tu peux t’en nourrir, mais l’arbre de la science du bien et du mal, tu n’en mangeras point car du jour où tu en mangeras, tu dois mourir! » (Genèse 1:16-17)

« Mais à Caïn et à son offrande Il (Dieu) ne fut pas favorable ; Caïn en conçut un grand chagrin, et son visage fut abattu. » (Genèse 4:5)

Le sel de la vie

Nous commettons souvent l'erreur de penser qu'un certain jour – proche ou lointain – tous nos problèmes seront réglés et que nous pourrons alors commencer sérieusement et longuement à servir Hachem.

Qui n'a pas pensé au moins une fois dans sa vie : « Lorsque ma femme (ou mon mari) finira par me laisser tranquille, je pourrai me concentrer sur mon étude de la Tora, sur la qualité de mes prières ! » ; « Lorsque tous les enfants seront mariés et que la maison aura retrouvé un certain calme, je pourrai alors être sérieux dans mon Service divin. » ; « Dès l'instant où ma situation financière sera meilleure, je retournerai aux cours de Tora à la synagogue. »

La liste est longue des motifs et raisons que nous nous donnons pour toujours reculer au lendemain la décision que nous devrions pourtant prendre immédiatement.

Croire en un jour meilleur dans lequel les contrariétés seront inexistantes et les défis à relever absents peut certainement être un rêve, mais il est important de savoir que cela le restera. Si nous pensons réellement que cette situation idyllique peut se concrétiser, nous fonçons tête baissée vers un mur et le choc risque d'être violent et de laisser des séquelles pour de longues années.

Vous pouvez penser que je me trompe et que je suis pessimiste. Vous pouvez croire que nous pouvons espérer vivre en symbiose avec les membres de notre famille, nos amis, nos relations de travail... En d'autres termes : vous pouvez croire que la vie peut ressembler à un long fleuve tranquille.

Si cela était le cas, Hachem n'aurait pas planté l’arbre de la science du bien et du mal dans le jardin d'Eden (le Gan Eden). De fait, quelle est la logique de planter un arbre dont la consommation des fruits est interdite ? Quel peut être l'utilité d'un tel arbre ?

La réponse est évidente : c'est en étant testé que l'homme est jugé. C'est lorsqu'une personne est mise devant une difficulté ou un interdit que le Maître du monde jauge sa capacité et sa volonté à respecter la Volonté divine.

Dit simplement, la vie consiste à faire les bons choix – c'est-à-dire ceux qui respectent ce que le Créateur attend de nous – le plus souvent et à prier énormément afin d'éviter de tomber dans les pièges que nous tend le mauvais penchant (Yetser haRa). En recevant avec joie les difficultés et en faisant notre possible pour les surpasser, nous remplissons à la perfection notre rôle ici-bas.

La Volonté divine devient la mienne

Lorsque Caïn offrit son sacrifice à Hachem, le Maître du monde le refusa. Selon Rachi, la raison du refus se trouve dans la piètre qualité des produits que Caïn avait amenés pour être offerts. Caïn « en conçut un grand chagrin et son visage fut abattu.»

Peu importe si l'intention de Caïn était totalement pure ou pas ; peu importe également si Hachem avait une autre raison pour refuser ce sacrifice. Dans tous les cas, Caïn se trouva dans une situation à laquelle il ne s'attendait pas : le Créateur lui avait fait comprendre que ce que désirait Caïn ne correspondait pas à ce qu'Il désirait. Ce qu'avait fait Caïn n'avait pas reçu le sceau d'approbation de Dieu et Caïn en était penaud.

La vie est remplie de contrariétés, comme nous l'avons indiqué précédemment. Celles-ci peuvent être minimes ou d'une dimension bien plus grandes. D'un magasin devant lequel on se présente et qui vient de fermer ses portes il y a à peine cinq minutes à un accident grave – qu'à Dieu ne plaise – notre passage sur terre peut ressembler à une longue litanie d'événements contraires à notre volonté, à ce qui nous aurait fait plaisir.

Le problème avec cette attitude est que nous plaçons notre volonté en haut de notre liste de souhaits et que seulement après, nous nous posons la question de la nature de la Volonté divine. Sans le moindre doute, là réside notre erreur.

Si nous prenons conscience que c'est Hachem qui nous a envoyé en ce monde afin de nous juger en rapport à l'importance que nous accordons dans notre vie à Sa volonté, ne ferions-nous pas mieux de penser à Sa volonté avant de penser à la nôtre ?

Une notion importante dans le judaïsme est celle du bitoul (annulation de soi). Selon ce concept, la personne s'efface – s'annule – dans le but de faire la Volonté divine et seulement la Volonté divine. Dit autrement, l'objectif ultime de la vie n'est pas de faire ce que nous voulons, désirons, aimons... mais plutôt de faire ce que le Créateur attend de nous.

Selon cette perspective, il existe deux niveaux. Le premier consiste à se faire violence et à déployer tous les efforts afin de lutter contre notre ego afin de laisser la place à Hachem dans notre vie et nos actions. Niveau extrêmement honorable.

Pour autant, le niveau supérieur consiste à faire nôtre la Volonté divine et parvenir à désirer ce que le Maître du monde désire et rejeter ce qu'Il rejette. Il s'agit-là d'un niveau extrêmement plus élevé et – on le comprendra aisément – qui n'est pas facile à atteindre pour le commun des mortels.

La faute de Caïn est d'avoir voulu quelque chose, sans se demander auparavant si telle était la volonté de Dieu. Notre faute est d'agir régulièrement de la sorte dans notre quotidien.

En ce début d'année juive, puissions-nous mettre la Volonté divine au sommet de notre liste de tâches à accomplir. En vérité, cette liste devrait comporter une seule ligne : « Je désire suivre et faire mienne la Volonté divine. »

Que le Maître du monde nous aide à atteindre cet objectif. Amen !

David-Yits'haq Trauttman