Et le gagnant est...

Et le gagnant est...

Certaines choses me fatiguent. En fait, certaines choses me fatiguent tellement qu'en y pensant, je sens la colère monter en moi. Ce qui me fatigue est de recevoir, plusieurs fois par semaine, les nouvelles de vins israéliens qui ont remporté des médailles à ce que les consommateurs sont censés croire être des concours prestigieux, tandis que le nombre de ces concours internationaux augmente sans cesse.

L'élément déclencheur de mon début de colère a pris la forme d'un communiqué de presse que j'ai reçu et qui annonçait que le producteur israélien de vin Adir vennait de remporter deux médailles à La Muher Elige : une médaille pour le Adir 2007 et une autre pour le Shiraz 2008.

Un petit tour vers l'Argentine

Ce concours a eu lieu dans la ville de Mendoza en Argentine et le nom officiel de la compétition est « Concours international de vins et de spiritueux – Sélection féminine.» La question est la suivante : pour quelle raison tout ceci me dérange et m'amuse en même temps ? À vrai, il y a plusieurs raisons.

Pour commencer, je souris en apprenant que l'organisateur et directeur exécutif de ce festival semi-annuel est Raul Castellani. Je suis persuadé que, comme Brutus, M. Castellani est un homme honorable et ma seule objection, c'est qu'il a construit une industrie de concours de vin. De fait, c'est lui qui organise le concours de Terravino [concours international annuel qui a lieu en Israël], mais également un nombre de compétitions qui dépasse largement le nombre avec lequel je pourrais rester informé.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que ces concours ne sont pas tellement en faveur du monde du vin, mais plutôt qu'ils possèdent une vue bien spécifique sur les profits qu'ils peuvent en retirer. Après tout, il est beaucoup plus facile de parrainer et d'organiser des concours que d'ouvrir un établissement vinicole !

Deuxièmement, je me demande pourquoi tant de vignobles israéliens estiment nécessaire de se constituer une véritable collection de médailles. Après tout, combien de petits autocollants représentant une médaille d'or peut-on placer sur une bouteille avant que le vin ne commence à ressembler à une parodie de lui-même ? De plus, certains établissements vinicoles participent chaque année à deux, cinq, six ou même plus de ces compétitions.

Pour les fabricants de vins, participer à ces compétitions n'est pas toujours bon marché. À La Muher Elige par exemple, les fabricants de vins qui n'étaient pas argentins devaient soumettre quatre bouteilles de chaque vin inscrit dans la compétition. Cela signifie que si vous aviez six vins en compétition, vous deviez envoyer vingt-quatre bouteilles. De plus, l'expédition internationale n'est pas bon marché et envoyer ces bouteilles représente un véritable budget.

Comme si cela ne suffisait pas, pour chaque vin inscrit il fallait payer une taxe de 115 euros. Si vous parveniez à gagner une médaille d'or ou d'argent (les médailles de bronze ont à peu près disparu ; la raison en est sans doute que l'or et l'argent sont considérés comme plus précieux), vous deviez payer pour obtenir les petits autocollants que vous pouvez maintenant poser sur vos bouteilles de vin.

Troisièmement, je trouve plutôt surprenante la nouveauté d'avoir une compétition dans laquelle tous les juges sont des femmes. Comprenez-moi bien : il n'y a rien de mal à voir des femmes siéger en tant que juges. En fait, il se pourrait qu'elles soient de meilleurs dégustateurs que les hommes! Ce qui m'amuse, c'est ce que je considère un peu comme un « gadget », c'est-à-dire un élément de nouveauté qui pourrait être comparé à un grand restaurant chic qui déciderait de mettre comme plat principal à son menu du... pop-corn !

Dans la mesure où le secondaire semble devoir prendre la place du principal dans un avenir pas trop lointain, nous verrons sans doute dans les compétitions des juges qui portent tous un pantalon rouge ou qui ont une taille minimale de 1m90. Si on réfléchit un peu, les possibilités sont sans limite. En ce qui concerne les sites potentiels pour de telles compétitions, je suis également certain que les possibilités sont nombreuses : Brindisi, Ulan Bator, Jersey City ou Tachkent.

Quatrièmement, en allant sur le site internet de la compétition précédemment citée, j'ai été un peu surpris de constater que même si la compétition s'est terminée le 22 octobre et que le site affirme que les résultats complets seront affichés avant le 1er novembre, les résultats ne sont pas encore affichés. En fait, les résultats des concours de 2006 et de 2008 ne le sont pas non plus ! Lorsqu'on essaie d'afficher ces résultats, un simple message saute aux yeux : « Nous sommes désolés, nous travaillons sur la page.» Tant qu'à être complet je ne veux pas oublier de dire que la liste des juges et leurs titres de compétence n'étaient pas encore affichés.

Revenons à nos moutons (israéliens) et je n'oublie pas que notre propre compétition internationale de grande classe, notre « Terravino » approche à grands pas (elle aura lieu du 17 au 27 novembre 2010). J'avoue avoir un minimum de curiosité et attendre avec impatience la conclusion et les gagnants.

Daniel Rogov

P.S. : Je ne voudrais pas oublier les deux vins Arir qui ont remporté des médailles (je ne sais pas encore précisément laquelle). Ces deux vins méritent sans l'ombre d'un doute des commentaires positifs. Quant à savoir s'ils sont dignes de deux médailles d'or, je laisse le soin aux lecteurs d'en décider.

Adir, Platon, 2007: Un mélange de fûts de chêne, Cabernet Sauvignon, avec environ 8% de Shiraz. Entre moyennement corsé et corsé, avec des tanins doux et caressants. Lors de l'ouverture de la bouteille, une forte odeur de framboise et de cassis ; l'odeur laisse rapidement la place à une autre : celle de myrtilles, sur un fond légèrement épicé. Riche et long. À boire maintenant. Note : 87.

Adir, Shiraz, 2008: Moyennement corsé, avec de généreux tanins et des notes de cèdre épicé. À l'ouverture, une forte odeur de baies rouges et de prunes, qui laisse ensuite la place à des notes de mûres et d'écorces d'agrumes sur un fond de cuir. Les tanins prennent plus d'importance à moyen et court terme de la dégustation. Peut être bu maintenant, mais sera meilleur entre le milieu de 2010 et jusqu'en 2015. Note 89.

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