Moi, le roi !


L'histoire est celle d'un grand érudit en Tora qui prend de l'âge. Sentant ses capacités intellectuelles faiblir, il consulte un médecin qui l'informe qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer, que D-ieu nous protège. Pendant les premiers mois de la maladie, l'érudit passe d'un moment où sa mémoire fonctionne normalement, à un moment où celle-ci ne fonctionne plus.

Lors d'un moment où ses facultés lui permettent de se rendre compte qu'il perd tout doucement la mémoire, ce grand érudit s'exclame : “Toute ma vie j'ai pensé être celui qui la dirigeait, maintenant, je me rends compte que j'ai perdu le contrôle de ma vie et que je n'en détiens plus les clés.”

Nous ne dirigeons rien

Sans s'en rendre compte, cet érudit a passé de nombreuses années en ayant une conception erronée du véritable sens de la vie. Le jour de Roch Hachana (le jour de l'an juif) sert précisément à rectifier cette faute que nous commettons régulièrement. De fait, le plus important consiste à se rendre compte que nous ne dirigeons pas la vie des autres (conjoint-e, enfants, employés…) et encore moins la nôtre.

À Roch Hachana, nous déclarons haut et fort notre volonté de remettre à D-ieu la couronne qui sied aux Rois. Ce jour-là, l'objet de la majorité de nos prières est la Royauté divine que nous reconnaissons dans ce monde et que nous acceptons de plein gré. Dans le domaine spirituel également, il ne peut y avoir deux rois. Soit nous faisons d'Hachem notre Roi, soit nous le devenons nous-mêmes, que D-ieu nous préserve.

Nous devons comprendre l'étendue de la Royauté divine. Rien ne se passe sur terre – et dans l'univers – sans que D-ieu ne le désire. Rien ne nous parvient, sans avoir reçu au préalable le “cachet d'authentification” céleste. Ainsi dans la vie, notre rôle n'est pas d'essayer d'obtenir par nos propres efforts un emploi, un partenaire pour la vie, etc. mais plutôt, de prier Hachem pour qu'Il nous accorde ce que nous désirons.

Certes, il nous revient de faire la part d'efforts nécessaires dans chaque domaine. Ce sont précisément ces efforts qui peuvent nous donner l'espoir d'obtenir la Compassion divine et ce que nous voulons. Jamais nous ne devrions commettre l'erreur de croire que c'est grâce à nos efforts que nous avons trouvé un emploi lucratif, le partenaire rêvé pour nous marier…

Regarder avec attention les évènements de notre vie doit nous rapprocher de cette prise de conscience. Que notre conjoint ait décidé une chose : pouvons-nous lui faire changer d'avis ? Que nos enfants désirent entreprendre une activité en particulier : le plus souvent, nous ne pouvons qu'être mis devant le fait accompli. Qui peut être assez vaniteux pour croire qu'il doit son emploi à ses propres capacités, plutôt que par la Grâce divine ? La liste est longue d'exemples quotidiens.

Le jour de Roch Hachana, c'est de plein cœur et avec joie que nous devons – enfin – remettre la couronne de l'autorité à qui elle appartient réellement : à Hachem. Cette remise doit être faite sans retenue et de toutes nos forces. Nous faisons tellement de fautes qu'il serait ridicule de vouloir conserver une parcelle d'autorité. Le plus nous reconnaissons le rôle de dirigeant suprême à D-ieu, le moins nous nous laissons la possibilité de faire des dégâts importants dans notre vie.

Heureuse la personne qui s'efface totalement et qui laisse laisse les clés de la direction à D-ieu. Puissions-nous au moins prier Hachem pour qu'Il nous aide à nous rapprocher de ce niveau.K'tiva V'Hatima Tova, Amen !