Se rapprocher de D-ieu ? (2)


Yossef,

Je vous remercie pour votre lettre, ainsi que pour la réflexion qu'elle suscite. Lorsque deux âmes juives discutent Tora, le Créateur en ressent un plaisir immense. En échangeant nos idées, nous poursuivons une des activités les plus riches que deux personnes peuvent mener ensemble. Je vous suis reconnaissant de m'en offrir la possibilité.

Regarder vers le haut ou vers le bas ?

S'il me fallait résumer votre lettre, je dirais que selon vous, le rapprochement avec D-ieu est un aspect essentiel de notre Service divin, mais que les dangers que cette notion peut entraîner (la comparaison entres individus, jalousie, orgueil...) la rend problématique. Ainsi, vous pensez qu'il est préférable de parler du « message principal de la Tora : le cœur.»

Je suis en accord avec vous sur un aspect de votre exposé : il est toujours possible de comparer notre Service divin avec celui d'autres personnes et les risques auxquels vous faites référence existent d'une façon évidente. Cependant, j'estime qu'il serait une erreur de notre part de laisser à d'autres personnes la possibilité de nous faire dévier de notre chemin, à cause de leur attitude fautive.

S'il est une donnée essentielle de notre relation avec Hachem, c'est celle qui nous interdit la comparaison. Il n'y a aucune exception à cette règle : dès l'instant où nous comparons ce que nous faisons à ce que font d'autres individus, nous commettons une faute grave. Sa gravité réside en ses conséquences : l'orgueil (de nous penser plus avancé qu'une tierce personne), la médisance (qui nous fait juger le comportement d'une autre personne), la déprime (de constater notre faiblesse par rapport aux autres)...

Ainsi, plutôt que de regarder vers le bas (ce monde), il est préférable de regarder vers le haut (la Volonté divine). Le Maître du monde n'attend qu'une chose de Ses créatures : qu'elles fassent un pas vers Lui, le plus souvent possible. Nous faisons un pas vers le Divin chaque fois que nous faisons une mitswa dans la joie. Chaque personne étant unique, elle possède sa façon spécifique de servir D-ieu. Cependant, nous possédons tous un point commun : une âme qui désire retrouver ses Racines saintes. C'est elle qui fait naître en nous l'envie de nous élever spirituellement et d'être véritablement la fierté du Créateur.

Peu importe les mitswoth que nous préférons faire... et les autres. Toutes nous ont été données afin de nous permettre de faire un pas dans la bonne direction. En aucun cas, le risque d'être la victime du regard des autres doit nous ralentir dans notre envie de nous élancer vers D-ieu. C'est pour nous faire comprendre ce message que le Tour – dans ses premières lignes – nous recommande d'être téméraire comme un tigre dans notre Service Divin. Le Rama (1:1) explique : afin de ne pas être affecté par les commentaires de personnes mauvaises qui pourraient se moquer de nous en nous voyant faire des mitswoth. Ne dirait-on pas que ces ouvrages s'adressent directement à vous ?

Le 'Hayé Adam commence son livre en écrivant que le rapprochement avec Hachem (dévéqouth) est une mitswa positive biblique. Il cite en référence le verset (Deutéronome 10:20) : « C'est l'Éternel, ton D-ieu, que tu dois révérer ; c'est Lui que tu dois servir ; attache-toi (tidbaq) à Lui seul.» Penser à D-ieu, Le voir à chaque instant de notre vie, diriger toutes nos pensées vers Lui... voilà l'objectif ultime de chaque personne.

C'est pour cela que je suis en désaccord avec vous lorsque vous écrivez qu'« Hachem ne cherche pas vraiment qu'on se rapproche de Lui. » Sans doute, s'agit-il simplement d'une question de formulation plutôt que de principe car vous ajoutez immédiatement qu'« Il attend néanmoins qu'on L'aime. » Cela n'est-il pas la même chose ? Peut-on aimer réellement sans se rapprocher ?

Pour conclure, je retiens de vous et moi que ne disons pas fondamentalement des choses différentes. Votre crainte vous fait réfléchir à deux fois avant d'accepter entièrement la notion de rapprochement. Si vous me permettez de vous donner un conseil, je vous suggère de laisser votre crainte de côté et de faire du rapprochement avec D-ieu la notion la plus importante de votre vie : chaque heure, chaque minute et chaque seconde. Heureuses sont les personnes qui placent leur désir aussi haut : le Maître du monde s'en réjouit d'une façon qu'il nous est pas donnée de comprendre !