Se rapprocher de D-ieu ? (1)


David-Yits'haq,

À propos du but ultime des commandements qui est – selon vous – de se rapprocher d’Hachem.

Je ne peux m’empêcher de citer un commentaire du grand Rabbin Goldman allant dans votre sens :

« D’une part, D-ieu pourvoit toujours à nos besoins matériels et d’autre part, pour la partie spirituelle de notre existence, ce qui compte, c’est de savoir s’inspirer de la Parole divine pour suivre la bonne voie : 'Maintenant, Israël, que demande de toi l'Éternel, ton D-ieu, si ce n'est que tu craignes l'Éternel, ton D-ieu, afin de marcher dans toutes Ses voies, d'aimer et de servir l'Éternel, ton D-ieu, de tout ton cœur et de toute ton âme'. (Deutéronome 10:12 ) Ce passage donne en fait tout son sens à l’ensemble de nos engagements religieux.»

Vous avez illustré vos propos par entre autres la mitswa des arba minim (et souligné le prix important de l’étrog pour honorer cette mitswa), du devoir de procréation (avoir donc une famille nombreuse). Je comprends votre logique qui est cohérente et conforme au précepte énoncé juste avant.

Une piège à éviter

Néanmoins, je souligne un piège qui est que les « familles » peuvent se doter ainsi de critères d’évaluation du niveau de rapprochement avec Hachem avec leurs voisins ( « Combien as-tu payé ton étrog », « Combien ont-ils d’enfants ? » …) À partir de là, le lachon ara' (la médisance) n’est plus très loin … L’idée du rapprochement d’Hachem est dangereuse pour les relations entre les hommes qui tendent eux, à ne plus forcément se rapprocher.

Le seul objectif du « rapprochement vers Hachem » peut amener à des comportements ou à des rites qui peuvent être exacerbés. Cela peut créer des différences de tendances au sein du judaïsme et amener à des clivages, que D-ieu nous préserve. Vous avez souligné en revanche d’autres notions plus subtiles auxquelles j’adhère bien plus, à savoir : rendre sa femme heureuse.

Même si cela n’est pas codifié « in extenso dans les 613 mistwoth » … vous avez ici approché une notion qui me semble fondamentale. Je ne suis pas un donneur de leçon, ma femme hausserait les épaules si elle lisait ceci ! Paradoxalement, cet objectif me semble proportionnellement peu développé par rapport à l’ensemble de la littérature religieuse juive : je veux parler de l’amour de son prochain.

Je pense que cette dernière notion est peu développée dans le judaïsme car elle est très difficile à atteindre.

Ma thèse concernant le but des mistwoth se propose d’être différente de la vôtre, et sera (ou « est ») axée d’une part sur le devoir de « transmettre son judaïsme » à ses enfants et d’autre part sur « l’amour de son prochain. » Si Hachem ne cherche pas vraiment à ce qu’on se rapproche de Lui, il attend néanmoins à ce que nous L’aimions, puisque ce sont les premiers mots du « Chéma' Israël ». Si on L’aime, forcément on est un peu proche de Lui … et là je vous rejoins. Quelque part, je ne suis pas fondamentalement différent de vous !

Nous devons aimer Hachem car Il nous laisse le choix dans nos décisions, dans notre libre-arbitre. Dans le quatrième des « 10 commandements », il n’est pas marqué que nous devons « aimer nos parents », mais que nous devons « les respecter ». Car en fait ces derniers ne nous laissent pas souvent le choix de notre éducation. Par la suite, nous les aimons, même sans forcément être proches d’eux. Hachem, nous devons L’aimer, et nous pouvons le faire : Il nous laisse libre de faire ce que l’on veut après avoir donné les « règles de vie ».

Recentrons-nous sur le but de la Tora. Je cite un commentaire que vous connaissez probablement déjà. « Le dernier mot de la Tora se termine par la lettre « lamed », tandis que le premier mot commence avec un « beth ». Ensemble, ces deux mots forment le mot hébreu « lev » signifiant «cœur. » Cela nous enseigne qu'à travers tout le message de la Tora, c'est notre cœur que D-ieu nous demande en priorité.

Mais pourquoi avoir écrit le mot « lev » à l'envers ? (...) La réponse est que c'est pour nous inciter à lire et à relire le message de D-ieu dans tous les sens, en ordre et en désordre pour en extraire l'essence et nous en imprégner toujours.» (Une règle de vie, par le Rabbin Jean Schwarz).

J'ajouterai personnellement plus simplement que le message de la Tora se résume en un seul mot : le cœur. Je cite l’introduction du livre « Vivre chaque jour » du Rav Abraham Twersky : « La Tora n'a été donnée à l'humanité pour nul autre objectif que d'affiner les individus. Cette affirmation ne dit pas que l'un des objectifs de la Tora est d'affiner les gens mais que son unique but est l'affinement du caractère. Ce principe est également énoncé par Na'hmanide sur l'interprétation du verset 'Vous serez saints pour D-ieu' (Lévitique 19: 2). Le Rambam poursuit qu'accomplir les gestes conformes de la Tora ne suffit pas. On peut être vulgaire tout en enfreignant aucun commandement de la Tora sur le plan technique.»

Enfin, je vous laisse sur cet autre maxime que vous connaissez aussi : « Rabban Yo’hanan ben Zakaï dit à ses élèves : 'Sortez et cherchez quel est le droit chemin auquel l’homme doit s’attacher.' Rabbi Eliézer répondit : 'Un oeil bienveillant.' Rabbi Yéhochoua : 'Un ami bienveillant.' Rabbi Yosséi : 'Un voisin bienveillant.' Rabbi Chimon dit : 'Celui qui distingue ce qui va naître.' Rabbi Eléazar dit : 'Un bon coeur.' Le maître répondit à ses élèves : 'J’apprécie les paroles de Rabbi Eléazar ben Erakh, car elles contiennent toutes les vôtres'. » (Pirqé Avoth, chapitre 2, Michna 9).

Pour conclure, je dirais que je ne peux m’opposer longtemps à l’idée que le but des mitswoth est selon vous « le rapprochement de D-ieu », car c’est vrai, c’est en plus écrit dans le ‘Houmach. Cependant, j’ai peur des excès, des dérives. Je ne peux m’empêcher de dire qu'au niveau humain ou personnel, les autres piliers de la règle de vie sont : « la transmission de ses valeurs ou de son judaïsme », et « l’amour de son prochain. »

Avec mon cordial Chalom,
Yossef Muller.

Yossef, je répondrai dans quelques jours à vos remarques pertinantes. David-Yits'haq Trauttman

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