Mon 14 juillet

Mon 14 juillet

La Révolution française avait des objectifs enviables : donner le pouvoir au peuple et libérer les personnes de toutes les sortes d'esclavages dont elles étaient les victimes. Nous n'entrerons pas dans le débat de l'authenticité de ces objectifs. De fait, selon certains historiens, la Révolution française a été plutôt une révolution des bourgeois qui se désespéraient de l'importance du pouvoir royal. Nous retiendrons seulement la beauté de l'image conservée par l'histoire : la liberté individuelle espérée et recouvrée.

En France, le 14 juillet est le jour de la célébration de la Révolution française. Laissons les défilés, les spectacles et autres activités non juives auxquelles nous ferions bien de ne pas nous mêler (a-t-on déjà pensé inviter son voisin non juif au Séder de Pessa'h ?) ; à chaque peuple ses occasions de fêter ses évènements. Notre âme est juive et le Mont Sinaï devrait revêtir plus d'intérêt à nos yeux que la prise de la Bastille.

Rabbi Na'hman de Breslev nous a appris qu'il est de notre obligation de trouver de l'intelligence dans tout ce qui nous entoure ainsi que dans tout ce qui fait notre vie. Par conséquent, il serait regrettable de laisser passer les célébrations du 14 juillet sans en retenir une leçon particulière.

La naissance d'un peuple

La prise de la Bastille représente la naissance du peuple français, sous sa définition moderne. C'est ce jour-là – selon l'histoire – que le peuple français a dit : “Assez !” à un pouvoir royal qui niait trop souvent ses plus simples aspirations à la liberté. Pour le peuple juif, cette date est le 15 du mois juif de nissan, c'est-à-dire la date à laquelle les juifs sont sortis d'Égypte. Ce jour-là, les individus qui se considéraient juifs ont quitté la terre où ils étaient des esclaves. Quant aux autres, nous connaissons leur fin.

Les différences entre les célébrations du 14 juillet français et la sortie d'Égypte sont saisissantes : d'un côté, nous assistons à des défilés militaires – une démonstration publique de force – des rassemblements sur les places publiques et une exubérance typique des grandes foules.

D'un autre côté, le peuple juif célèbre sa “révolution” en famille, autour de la table. Lors de cette soirée, nous racontons l'histoire fondatrice de notre peuple – plutôt que de regarder des militaires défiler – et nous réaffirmons notre lien avec D-ieu – plutôt que de passer la soirée à boire.

Chaque année, notre 14 juillet doit en être un personnel, celui pour lequel nous réaffirmons notre détermination de poursuivre la révolution sans fin qui a lieu en nous. Cette révolution est symbolisée par notre désir de nous détacher de ce monde – chaque jour un peu plus – afin de nous rapprocher d'Hachem. Nous aussi avons notre Bastille à prendre : nous-mêmes !

Cette Bastille personnelle contre laquelle nous devons livrer bataille, c'est notre tendance à l'égoïsme, au manque de sensibilité et à notre oubli de nos racines saintes. Les forces de ce monde sont cruelles et sans pitié : combien d'entre nous ne sentons même pas le vide spirituel dans lequel nous vivons ?

Ce vide spirituel se révèle par notre habitude à penser, parler, manger et agir comme des personnes non juives. S'il est une révolution qui mérite notre attention, c'est bien celle-ci : changer notre ego pour la véritable vie : la reconnaissance entière et joyeuse de notre héritage, celui de Moché Rabbénou, du Mont Sinaï et de la Tora. Laissons l'héritage des nations du monde – Michael Jackson, le football, leur mode de pensée… – à qui il appartient réellement. Si nous réussissons ce pari, nous aurions réussi à prendre notre Bastille.

Pour de bon, cela mériterait un défilé !