Être juif et végétarien ?


"David-Yits'haq, je lis dans la Tora (Genèse 1:29) : " Et Di-eu dit: 'Voici, Je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture. " Ma question est : comment se fait-il que l'homme se soit mis à manger de la viande, alors que le premier commandement sur la nourriture relève, en quelque sorte, du végétarisme? Merci, si vous trouvez le temps de me répondre. Amicalement." (Sarah Levy, France)

Cela surprendra sans doute de nombreuses personnes, mais à sa création, l'humanité était effectivement végétarienne. De fait, vous avez entièrement raison de citer le verset de la Genèse, lorsque D-ieu s'adressa à Adam pour l'informer de ce qu'il pouvait manger sur terre et  lui dit (Genèse 1:29) : « Je vous accorde tout herbage portant graine, sur toute la face de la terre et tout arbre portant des fruits qui deviendront arbres par le développement du germe. Ils serviront à votre nourriture. » En d'autres termes, il fut commandé à l'homme d'être végétarien.

Un changement d'importance

Plusieurs siècles plus tard, le Créateur s'adressa en ces termes à Noa'h (id. 9:3) : « Tout ce qui se meut, tout ce qui vit, servira à votre nourriture ; de même que les végétaux, Je vous livre tout. » En addition des fruits et légumes, c'est la viande qui devint soudainement accessible à l'homme. Le bœuf bourguignon, le hamburger et le steak tartare pouvaient désormais enrichir nos repas.

Depuis l'autorisation céleste accordée, la viande fait partie intégrante des jours de fêtes et des moments de joie juifs. Un repas de Chabath digne de ce nom inclut forcément un plat de viande et qui oserait encore inviter ses amis à un mariage ou à une bar-mitswa en servant un repas sans viande rouge ou blanche ? De plus, c'est le Maître du monde Lui-même qui semble prendre plaisir à nous avoir autorisés à manger de la viande. N'est-ce pas Lui qui nous a dit à propos des sacrifices qui étaient offerts au Temple de Jérusalem (Deutéronome 27:7) : « Tu y feras des sacrifices rémunératoires et tu les consommeras et tu te réjouiras en présence de l'Éternel. »

Que s'est-il passé entre Adam et Noa'h pour que la viande soit autorisée à la consommation ? Plusieurs explications existent, mais il est impossible de savoir à coup sûr la Raison divine. Selon certains auteurs, à l'origine, Hachem ne désirait pas que l'homme puisse tuer les animaux pour s'en nourrir, car il s'agit d'un acte cruel et qui peut laisser se développer certains traits négatifs chez l'homme. Cependant, avec la génération de Noa'h, l'homme attint un niveau spirituel inférieur et bien des choses changèrent. Selon d'autres, la viande est un aliment qui procure un plaisir intense à l'homme, ce qui lui en rend difficile sa consommation en Sainteté. Ainsi, lorsque l'homme pouvait atteindre des niveaux spirituels élevés, il était préférable qu'il ne puisse pas manger de viande. Cela aussi changea avec Noa'h.

Cette notion est un aspect important à retenir car l'acte lui-même de manger a tendance à nous éloigner de D-ieu, si nous n'y prenons pas garde. Placés devant une glace à la chantilly ou une pizza accompagnée de frites, il faut avouer qu'il devient difficile de rester concentré sur des idées élevées (au moins dans mon cas !). C'est sans doute pour cela qu'il est écrit dans le Zohar que chaque repas est une véritable guerre : celle entre notre mauvais penchant qui désire nous noyer dans le matérialisme et notre bon penchant qui essaie toujours de nous lier à la Sainteté.

Voici un aspect sur lequel notre esprit doit être clair : s'il est permis de ne pas manger de viande parce que cela ne nous tente pas ou parce que nous désirons manger peu d'aliments gras, il est strictement interdit de dire que nous ne mangeons pas de viande afin d'être compatissant envers la gente animale. Une telle attitude ressemble à une forme d'hérésie, celle qui consiste à s'opposer à la Volonté divine qui nous a autorisé à manger de la viande, sans énoncer de restrictions d'aucune forme. La personne qui affiche un certain trait de caractère dont le Créateur est dépourvu n'est sans doute pas dans la bonne direction de son Service divin.

Pour conclure, il suffit de dire qu'en autorisant à l'espèce humaine la consommation de viande, Hachem a ouvert la porte à une nouvelle façon de manger : celle d'honorer nos jours de fêtes et de repos hebdomadaires par des plats que nous aimons et qui sont une source importante de plaisir. D'autre part, une personne a tous les droits d'être végétarienne si cela la tente. Dans ce cas, elle doit simplement se garder de penser qu'elle affiche – par son attitude – son amour inconditionnel des animaux.

Bon appétit !