Les 19 lettres (2b) : l'approche adéquate


Voici la suite de la correspondance fictive entre deux amis, dont un a fait téchouva.

Benyamin,

Je te disais en début de lettre que notre passé commun dans les universités ne doit pas être oublié. C'est un peu grâce à lui que j'ai fait téchouva ! Je continue ci-dessous ma lettre.

Juger le judaïsme

Selon toi, le but ultime de l'être humain est d'être heureux et joyeux et c'est sous cette perspective que tu juges durement le judaïsme. « Que de lois, d'obligations, d'interdictions » t'écrie-tu ! Permets-moi de te demander ce qui t'a amené à penser que le bonheur est la notion ultime que l'homme doit atteindre ici-bas ? Si cela est réellement le cas, nous devons admettre la diversité de définitions du bonheur. Quoi : tout le monde devrait-il penser la même chose ?

Ainsi, que dirais-tu à celui qui se fait plaisir à battre sa femme ? De même, sur quelle base t'opposeras-tu à celui qui s'enivre tous les jours ou qui se drogue ? Un autre ne vivra que pour le sexe et ruinera sa vie – financièrement et physiquement – pour satisfaire ses plaisirs malsains. Aurait-il tort ? Selon toi, certainement pas dans la mesure où tel serait son plaisir ! Pourtant, tous ces objectifs sont-ils ce que l'homme peut faire de mieux sur terre ? Serions-nous donc que des animaux ?

Voici ta définition du plaisir : celle donnée par chaque individu. Autrement, tu acquiesceras avec moi qu'il est impossible d'imposer un plaisir à une tierce personne. En même temps, ne crois-tu pas qu'il est important – pour chaque personne – d'essayer de devenir meilleure, chaque jour un peu plus et de vouloir amoindrir ses traits négatifs et parfaire ceux qui sont positifs ? Cependant, selon ta définition du plaisir, nous ne devrions rien avoir à reprocher à une personne qui s'enfonce dans les excès, les produits toxiques, les abus physiques...

Également, tu sembles ignorer toutes les personnes de ton entourage qui ne sont pas heureuses. Si elles ont fait de ce concept l'objectif principal de leur vie, que leur est-il arrivé ? Regarde-donc autour de toi ! Combien de personnes stressées, inquiètes et tristes connais-tu ? Les fabricants de tranquillisant font fortune grâce à elles ! Comment cela est-il possible si tout le monde poursuit du matin au soir le bonheur ?

Benyamin, tu es né juif, comme moi. Si tu désires véritablement savoir ce que dis le judaïsme à propos du bonheur, de la joie et du but ultime de l'homme en ce monde, ne penses-tu donc pas qu'il faille se relever les manches et commencer à étudier la source même du judaïsme, c'est-à-dire la Tora ? Voici au moins un principe commun que partagent l'université et notre tradition : aller aux sources est une démarche indispensable afin d'avoir une vision juste et honnête d'un sujet. Sans étudier sérieusement la Tora, comment peux-tu la juger ?

Ne me dis pas qu'en voyant quelques juifs religieux, tu peux connaître la Tora. Cela serait aussi illusoire que de se promener sur les Champs-Élysées et vouloir découvrir la complexité de la société française ! Dans les deux cas, ce sont des années d'étude qu'il faut consacrer. Dans le premier cas dans les yéchivoth et dans le second cas dans les département de sociologie des meilleures universités.

Maintenant, permets-moi de te poser une question : de quelle façon lis-tu un livre qu'un de tes professeurs à l'université te demande de lire ? Certainement, avec envie et plaisir. C'est avec la même envie et le même plaisir que nous devons étudier et lire la Tora ! Tu sais aussi bien que moi combien il est facile de contredire un auteur que l'on n'aime pas : on lui trouve tous les défauts et aucun de ses arguments peut nous convaincre. Il en va de même avec la Tora ; si c'est avec appréhension qu'on l'étudie, on ne pourra pas s'y identifier et commencer à apprécier à sa juste valeur ce qu'elle nous enseigne.

Voici la réflexion qui a été la mienne ces dernières années et qui m'a amené là où je suis aujourd'hui. Curiosité et honnêteté intellectuelles, ouverture d'esprit et absence de la peur de l'inconnu. Est-ce trop te demander ? Je ne pense pas, te connaissant. Voici ce que je te propose : ouvre la Tora – notre Tora – et commence à la lire avec toute la fraîcheur et le dynamisme qui sont les tiens lorsque tu étudies pour l'université.

Si tu suis mon conseil, je suis déjà certain que notre courrier prendra rapidement une nouvelle direction : celle des interrogations profondes et des propositions modestes qui nous permettront d'avancer à notre allure.

À te lire.

Naftali.