Un casque d'or a disparu


Daniel (nom fictif) était âgé de onze ans. Chaque matin, avant que le lever de soleil illumine les plaines de Samarie dans lesquelles j'habite, les cheveux blonds de Daniel éblouissaient mon regard. Ces deux peyottes de 'hassid étaient deux feux flamboyants qui annonçaient le cercle de feu qui se levait doucement à l'horizon. Pendant onze années, le Ciel m'a donné le bonheur de voir ce casque d'or avant ma prière matinale.

Les forces du mal sont impitoyables

L'autre jour, le casque d'or de Daniel a quitté ce monde. « Maître du monde ! Ai-je vécu un jour plus sombre dans ma vie ? Ai-je laissé couler autant de larmes en si peu de temps une seule fois de ma vie ? » Lorsqu'on me fit l'annonce de sa disparition, je ne le crus pas. Pourtant, lorsque je vis le visage de l'ange, la vie l'avait quitté. Pourquoi les forces du mal ont pris ce qui avait de plus précieux en moi ?

Le casque d'or de Daniel gisait par terre. Atteint par un instrument en fer, le combat était perdu d'avance. Pas de sang, pas de trace de combat ; tout simplement une absence de vie insupportable. Le Saint était à terre et sa vision était trop belle de cruauté. Je fus submergé par le sentiment que des tonnes de Sainteté venaient de quitter ce monde, tandis que ma lourdeur et mon éloignement du Divin continuaient leur vie ici-bas. Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi la pureté et pas l'impur ? Pourquoi ?

« Maître du monde ! De quelle façon aurais-je accepté que tu me prennes : de tout mon cœur ! Pourtant aujourd'hui, je suis encore de ce monde, tandis que Daniel l'a quitté. S'il te plait, fais-moi connaître au moins une raison à cela. Je sais que Ta justice est parfaite ; je Te demande seulement de m'éclairer un peu pour me permettre de continuer à vivre. »

C'est peut dire que je ne comprends rien de ce monde, ni de la façon dont Tu le diriges. Chaque minute, je m'étonne de voir l'opposé de ce que j'attendais voir : chez moi et chez les autres. Que me valent ces années d'étude pour arriver au constant terrifiant que je ne connais rien, que je ne comprends rien et que le casque d'or de mes aurores a disparu ?

Sans doute les forces du mal s'attaquent-elles avant tout à ce qui est chargé d'un haut niveau de Sainteté. Dans ce cas, je comprends mieux les raisons pour lesquelles Daniel n'est plus de ce monde. Dans Ta compassion, Tu m'as donné le privilège de voir ce Feu saint pendant onze années. J'aurais tant aimé avoir ce plaisir pour l'éternité ! Mais qui suis-je pour me plaindre ? Ce qui est donné est donné, ce qui est pris est pris.

Ma bouche a de la difficulté à s'ouvrir et à prononcer ses prières quotidiennes. D'autre part, mon cœur est à vif et une fine brise suffirait pour l'emporter. L'espoir de revoir un jour ce casque d'or me permet de continuer mon service habituel. Ce que Tu as pris, Tu peux le redonner. Je t'en prie : ne me fais pas attendre longtemps. Ma santé n'est pas très forte et je voudrais le revoir au moins une fois avant de quitter ce monde.

Nous vivons dans ce monde en pensant que nous sommes chez nous, tandis que nous sommes seulement Tes invités. Lorsque le Maître de maison fait signe, l'heure de partir est définitive. À cet instant, nous sommes surpris de notre fragilité inhérente. Nous l'avions tellement ignorée, oubliée ! L'heure a sonné il y a peu et je n'ai plus trop envie d'être un invité. Moi aussi, j'ai envie de partir.

« Maître du monde ! Accorde-moi cette chose : remplis mes yeux de cette Vision sainte dorée encore une fois dans ma vie. Je veux tant revoir ce casque d'or. Je te donne tout ce que j'ai en ce monde pour y parvenir : c'est à dire rien, ma vie. Toi seul peux parler aux forces du mal et leur imposer cet échange désavantageux pour elles. Je Te demande ce service sans le mériter. Je Te le demande car Tu ignores nos fautes pour notre bien et parce que ce coin de terre aurait tout à gagner de ce surplus de Sainteté.

S'il te plait, entends ma voix.