Le vase brisé


Il peut s'agir d'une déception sentimentale ou d'une mauvaise nouvelle au bureau. Également, un examen médical pessimiste ou l'éducation des enfants qui s'avère plus difficile que prévu. Dans tous les cas, nos forces nous échappent et en un clin d'œil le noir devient notre compagnon de route. Pour quelques heures, quelques jours ? Quelques fois plus. Pour certaines personnes, cela peut se transformer en danger mortel, que D-ieu nous préserve. Hier, tout semblait bien aller et maintenant...

Un vase brisé

Maintenant nous sommes brisé, cassé. Nous n'avons plus la force de rien faire, de rien dire ; même penser devient difficile. Pourquoi ? Pour quoi ? Le Maître du monde prend-Il plaisir à nous voir ainsi ? Nous pourrions même Lui demander la raison pour laquelle Il nous laisse atteindre cet état. Dans ces conditions, Le servir devient presque impossible !

Déchiffrer notre malheur n'est pas chose aisée. Pour autant, il existe certaines pistes que nous pouvons emprunter et qui peuvent nous permettre d'y voir plus clair. Bien sûr, il n'est pas certain que la vision que nous y ferons corresponde à ce que nous aurions aimé, anticipé. Cependant, si nous désirons réellement sortir du trou – et éviter d'y retomber de plus belle – il serait intelligent de prêter attention à ces signaux.

La première question à se poser consiste à savoir si la raison de notre déception recevait le signe approbateur du Ciel. Ainsi, une personne peut se désoler d'avoir perdu son emploi dans un magasin... où elle travaillait le Chabath ! Une autre se désespère d'avoir perdu l'homme de sa vie... qui était marié avec une autre ! Dans ce type de cas, il ne faut sans doute pas chercher très loin l'enseignement que désire nous faire comprendre le Créateur. Sans doute, il faut commencer à faire le ménage dans sa façon de vivre avant de se désoler (et je n'ai pas dit que cela est facile).

Si ce qui nous désole était approuvé par le Ciel, on désire peut-être nous faire comprendre que notre chemin se trouve tout de même ailleurs. Il est bien connu que la personne sans émouna (foi) vit dans les statistiques, tandis que celle qui a l'émouna vit dans les prières. Cependant, le plus important est de réaliser que l'obstacle principal à notre rapprochement avec D-ieu est notre orgueil. Le Maître du monde le sait (n'est-ce pas Lui qui nous a formés ?) et Il sait ce qu'il faut faire pour le combattre.

« Les sacrifices à D-ieu, c'est un esprit contrit ; un cœur brisé et abattu, Ô D-ieu, Tu ne dédaignes point. » (Psaumes 51:19) Le Roi David ne pouvait pas mieux le dire : lorsque notre cœur saigne, nous offrons en réalité des sacrifices à D-ieu. Qu'on réalise : le monde à été créé pour révéler la gloire d'Hachem et c'est précisément ce que nous faisons lorsque – submergé pas le désespoir – nous nous tournons vers Lui afin de Lui lancer un S.O.S.

Voilà l'instant crucial de l'âme juive : dans le désespoir, dans cette fragilité du moment, où trouve-t-elle refuge ? Si Hachem l'a créée fragile, c'est pour qu'elle se souvienne de Lui. Si elle en tient compte, nous apprendrons à vive allure les enseignements riches de l'expérience de vie. Autrement, les crises se suivront, les unes après les autres, sans que nous les comprenions et nous remettant éternellement sur la case de départ.

« Voilà pourquoi je pleure : mes yeux, mes yeux ruissellent de larmes, car Celui qui peut me consoler et réconforter mon âme est loin de moi. » (Lamentation de Tiqoun 'Hatsoth) Si nous ressentons l'amertume de la vie – à cause d'une personne, d'un événement ou de toute autre chose – c'est que nous sommes loin de notre source de vie. Peu importe si nous l'avons oubliée ou si personne nous l'a apprise. Notre cœur brisé est le Doigt divin posé à l'endroit où cela fait mal. Grâce à lui, nous pouvons revenir à la vie, la vraie.

Puissions-nous tous vivre dans la joie et le bonheur. Si une douleur survient – qu'à D-ieu ne plaise – ne fermons pas les yeux devant le rappel à l'ordre. En peu de temps, nous deviendrons une personne différente, vraiment différente de celle que nous étions hier encore. Plus proche de la vérité, de nos racines et de l'éternité.