Danger mortel (4)


(Conclusion de la série d'articles à propos des dangers de la philosophie)

Les limites posées à l'entendement humain ont été admirablement exposées par Rabbi Na'hman de Breslev, dans le Liqouté Moharan (I, 62:2). Je vous propose aujourd'hui une traduction de ce texte :

“En vérité, il est une grande mitswa d'aiguiser notre intellect afin de connaître les limites qu'Hachem a imposées à l'entendement humain. En ce qui concerne ceci, il est écrit (Avoth 2:14) : “Sache quoi répondre à l'hérétique.” De fait, il existe une différence fondamentale parmi les questions qui représentent un défi à notre intelligence.

Il existe des questions dont nous pouvons comprendre les réponses. En ce qui concerne ces questions, il est écrit : “Sache quoi répondre à l'hérétique.” D'autre part, il existe des questions dont il nous est impossible de comprendre les réponses. C'est uniquement dans le Monde futur que ces réponses seront révélées.

Il est interdit pour une personne d'approfondir ces questions et de chercher longuement leurs réponses. À propos des individus qui font confiance à leur intelligence pour étudier en profondeur ces questions, il est écrit (Proverbes 2:19) : “Aucun de ceux qui vont chez elle ne revient, incapable de retrouver le chemin de la vie.” La raison est qu'il est interdit de dépendre de sa propre intelligence pour essayer de résoudre ces difficultés. Plutôt, nous devons nous en remettre à l'émouna (la foi.)

De plus, même en ce qui concerne les questions pour lesquelles nous pouvons trouver des réponses, il peut arriver qu'à l'occasion, les chemins de l'intelligence soient bouchés. Dans ce cas, une personne se trouve incapable de répondre à ces questions. Lorsque cela se produit, la personne reçoit une certaine dose d'hérésie et elle ne sait pas quoi répondre aux questions auxquelles il est pourtant possible de trouver des réponses.

Le type d'hérésie que chaque personne reçoit lui est spécifique : elle peut comprendre plus ou moins [c'est-à-dire : selon le niveau intellectuel de chaque personne, une pourra trouver la réponde à la question, tandis qu'une autre pourra chercher longtemps sans la trouver.]

Chaque personne doit servir Hachem avec ses deux penchants : le mauvais penchant et le bon penchant ; le premier étant dominé par le second. Ceci correspond à l'enseignement de nos Sages à propos du verset (Deutéronome 6:5) : “Tu aimeras l'Éternel, ton D-ieu, de tout ton cœur.” Du mot “tout” [qui semble superflu] la Guémara (Berakhoth 54a) apprend que nous devons servir Hachem avec nos deux penchants.

Cela signifie que notre cœur doit être entier avec l'Éternel, notre D-ieu. En aucun cas il ne doit y avoir de disputes ni d'arguments entre nos deux penchants. Notre cœur ne doit pas être divisé, ce qui correspondrait à (Osée 10:2) : “leur cœur s'était partagé, ils en portent la peine.”

En vérité, si nous savions de tout notre cœur que (Isaïe 6:3) : “toute la terre est pleine de Sa gloire [de D-ieu]”, que le Tout-Puissant se tient à nos côtés à l'heure de la prière et qu'Il écoute notre prière, il est évident que nous prierions avec un grand enthousiasme. Nous ferions attention à nous concentrer convenablement en prononçant chaque mot de la prière.

Cependant, parce que nous ne savons pas cela avec tout notre cœur, nous ne sommes pas très enthousiastes à l'idée de prier et nous ne faisons pas très attention à rester concentrés. L'enthousiasme et l'attention de chaque individu dépendent des limites de son intelligence et de son savoir.

Savoir cela [que la terre est remplie de la gloire de D-ieu] trouve son origine dans le bon penchant qui réside en notre cœur. D'autre part, le fait que ce savoir nous soit caché provient du mauvais penchant dans notre cœur. C'est précisément la dissimulation de ce savoir qui explique notre hérésie et nos interrogations. C'est le mauvais penchant qui fait succomber notre cœur devant le mauvais penchant. Cela correspond à ce qui est écrit (Proverbes 28:14) : “Qui endurcit son cœur, tombe dans la malheur.”