Une juive à Oswiecim, Pologne (1)

Une juive à Oswiecim, Pologne (1)

Selon certaines sources il n’y a pas une personne juive vivant à Oswiecim (Pologne). Faux. Depuis 8 août 2006, une juive y vit. Différents articles ont été publiés dans : La Stampa, Le Jerusalem Post, La Croix et dans d’autres médias y compris polonais.

Cheana M : Quelle idée de s’installer à Oswiecim ?

Chantal : Il faut être Meshugue, j’en conviens. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant : si j’allais m’installer à...Oswiecim ? C’est plus complexe que cela. C’est la suite logique de ma petite vie.

L'héritage de la Shoah

Cheana M : Héritière de la Shoah ?

Chantal : Oui, mais pas seulement,si j’ose. Après la libération des camps, ce ne fut pas terminé pour certains survivants. Ceux qui rentraient à l’Est, allaient, peu de temps après, vinrent d’autres pogroms, purges. Sans parler des biens spoliés. À leur retour, ils n’avaient plus rien. Certains leur en voulant d’être vivants. Mon grand-père est sorti seul. Où plus exactement il est rentré seul ! Il faut par la suite victime de la fureur des Bolcheviques.

Cheana M : Si je comprends bien, ce que les nazis avaient commencé les bolcheviques voulaient le terminer ?

Chantal : Oui ! Il y eut quelque chose d’imprévu.

Cheana M : Ce qui veut dire ? Vous semblez avoir des choses à dire. Mais n’y arrivez pas...

Chantal : Oui. En parler calmement, sereinement, reste impossible. En résumé... après la seconde guerre mondiale, il restait de ma famille un grand-père et mes parents. En 1953, juste après la mort de Staline – j’ai attendu sagement avant de débarquer sur la planète – je suis née. En pleine époque Bolchevique. Il me semblait être née dans une grande famille. Nous étions quatre. Après la fureur Bolchevique, je restai la seule. Peut-être mon père ? ?Qu’est-il advenu de lui ??? Les antisémites disent : il est devenu un membre du KGB, comme tous les Juifs. Si ce fut le cas, c’est forcé et contraint. Peut-être est-ce grâce à cela si je suis vivante et libre !

Cheana M : Prendre à bras le corps la Shoah n’est-ce pas une façon d’oublier votre propre histoire ? Vous avez été témoin ?

Chantal : Oui j’étais présente. Affronter la Shoah est une façon d’apprivoiser la suite. Mais ce fut ma façon de rendre hommage à mon grand-père. Et à toute ma famille.

Cheana M : Comment s’est déroulée votre arrivée ?

Chantal : Il y eut une conférence sur la Shoah. Je ne voulais pas faire cette conférence. Refus et incapacité de parler de la Shoah. C’était un progrès en Roumanie (je suis Juive hongroise de Roumanie.). Il n’était plus interdit d’en parler. Il y a un paradoxe que je ne comprends pas. À savoir Iliescu (et son gouvernement) interdisait le sujet. Iliescu était l’Homme de Moscou. Durant trois mois, j’ai visionné, lu, tout ce que je trouvais sur la Shoah. À en vomir. Durant trois mois non-stop. Ensuite une pause et encore trois mois. C’est le temps qu’il m’a fallu pour arriver à prononcer certains mots sans cette haine viscérale.

La conférence s’est super bien passé. Ensuite il y eut un voyage organisé avec l’Évêque greco-catholique pour un groupe de séminariste et prêtes ici à Auschwitz, Birkenau et aussi à Wadowice. Tout à démarrer avec cette conférence. Je suis venue à Oswiecim, je ne connais rien, ni personne. N’avait aucune idée où se situait le KL Auschwitz, Birkenau. On a souvent la certitude qu’Auschwitz est au milieu de nulle part. Ce fut un choc – électrochoc- de découvrir cette ville. Il y eut la « première fois à Auschwitz et Birkenau.» J’y ai fait une rencontre du III e type.

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