Une belle et tendre histoire (2)

Une belle et tendre histoire (2)

(Ceci est la deuxième partie d'un article publié récemment)

Abraham Potezman est né en 1922 à Pinczow. Durant toutes les années d’après-guerre, il ne s’est pas assimilé. Il n’a pas abordé son projet de film tel un professionnel de la technique ; il n’a pas requis de personnes étrangères qui ne comprennent pas ce qui se passe dans le cœur d’un survivant de la Shoah ; un technicien étranger ne peut pas connaître les dizaines d’institutions qui ont existé à Pinczow où plus de la moitié des habitants étaient juifs.

Un devoir de mémoire

La famille Potezman a rassemblé des documents sur l’histoire de Pinczow avec toutes ses institutions culturelles, cercle dramatique, bibliothèque, les premiers pionniers sionistes, Betar, Hashomer Hatzaïr, Keren Hayessod, écoles, théâtres, bains rituels, marchés... tout cela fut réalisé par les habitants de Pinczow durant des centaines d’années.

Sur l’écran défilent les noms des morts sans pierres tombales. Un proverbe dit que « le jour se lève sur Pinczow » bien avant d’autres endroits, ce qui voulait dire qu’il était temps de se mettre à l’ouvrage. Lorsque la guerre a été déclarée, personne n’était prêt à ce désastre, ni à Pinczow, ni dans les autres villages polonais. Presque toute la population juive a été anéantie, on a pris leurs biens, incendié les synagogues, détruit les lieux saints. Ceux qui par chance sont restés en vie, désirent revoir l’endroit où ils sont nés, ont grandi, été au Cheder, prié à la synagogue, joué à la balle et rêvé à un meilleur futur.


Abraham Potezman m'a écrit : « Grâce à l’insistance de mon fils, nous sommes allés à Pinczow. Le conservateur du musée local, Jan Gorecki, avait la clé de la vieille synagogue de Pinczow. Voyant le désastre à l’intérieur de celle-ci, j’ai senti que je devais agir. Mais quoi faire ? Je n’en avais aucune idée. En bref, Jan Gorecki a surgi comme un sauveur. Il y a 62 ans, nous fréquentions la même école, étions dans la même classe et il m’a offert d’importantes photos de personnalités juives d’avant-guerre et d’autres documents. Il m’a confié que la synagogue appartenait à la ville de Kielce car classée comme monument historique.

La réalisation de mon documentaire a nécessité 3 années de travail, en collaboration avec mon épouse Sarah et mon fils Gerszon. Ce film vidéo est imprégné de Yiddish, par la musique et chants qui l’accompagnent. Il me faut ajouter que c’est un film dédié à la mémoire et ainsi pouvoir se souvenir des victimes, des lieux saints et donner aux morts leurs derniers repos. »

Madame Hoffmann ajoute : « En regardant cette cassette vidéo pour la deuxième fois, je me suis mise à pleurer. Je n’ai pu me retenir. J’ai compris que c’était un vrai documentaire yiddish, fait par un survivant de la Shoah, avec la parole et la chanson juive, avec des yeux de juifs et où l’on comprend cette immense perte du judaïsme. Je suis étonnée que la famille Potezman ait eu le souci de chaque détail et c’est ceci qui fait la différence, cette famille juive dévouée corps et âme. »

À Pinczow, les boulangers juifs ne feront plus de 'haloth pour Chabatt, de matzoth pour Pessa’h ; le bedeau n’appellera plus les juifs pour aller à la synagogue. Les enfants n’iront plus au cheder. Les jeunes ne rêveront plus d’un monde meilleur. Il ne reste rien du Shtetel de Pinczow... juste un film vidéo.

Dans les livres publiés en Pologne à propos des Juifs de Pologne, la restauration de la synagogue y est mentionnée, mais les noms d’Abraham et Sarah Potezman n’y sont pas mentionnés.

Le centre juif d’Auschwitz, y emmène des visiteurs sans mentionner la très belle histoire de cette restauration, celle du combat d’Abraham.

Je ferai comme je l’ai promis à Abraham et Sarah encore et encore des copies de ce film.